La vie trouve toujours son chemin

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La vie trouve toujours son chemin

Message  Mystiruis Hedson le Lun 23 Fév 2009 - 14:36

Chevalier de la mort, Zielakhmon ne s'y ferait jamais.

Il se sentait dans une enveloppe étrangère. Les souvenirs remontaient à la surface comme des bulles qui éclataient dans sa tête, sans ordre ni méthode. Au début tout était flou. Et puis, lentement, ils s’étaient fait insidieux, pernicieux. Un peu comme pour lui rappeler tout ce qu'il avait perdu.

Il revoyait une sorte de masure pleine de lumière. Il entendait des rires. Il arrivait presque à sentir l'odeur du pain chaud et revoyait une femme aux cheveux blancs, sa peau douce, son sourire enchanteur.

Et puis, un matin tout avait basculé. L'armée était arrivée, réquisitionnant vivres, bétails et chevaux. Akhy avait réussi à protéger un peu de ses biens au mépris de la colère de l'officier commandant la troupe. La folie des hommes, la peur, la guerre qui s'annonçait, autant de facteurs à ajouter au sentiment de danger qui le rongeait depuis un moment déjà. Non pas qu'il soit un lâche mais sa jeune femme, sa terre, ses gens étaient pour le jeune homme bien plus important qu’une guerre lointaine et presque étrangère. Quand le roi rappela l’arrière-ban en renfort, il ne put qu'obéir, la mort dans l'âme. Il donna quelques pièces d'or à ses quelques domestiques, distribua le peu de ressources qu’il avait pu soustraire à la réquisition et partit mettre sa jeune épousée en sécurité. Du moins le crut-il. Les terres de Tanaris lui avaient semblé loin de tout danger, au sud de ces terres noires et fertiles où ils étaient nés et avaient passé leur enfance. Ils y avaient grandi dans l'insouciance, ne craignant que les bêtes des marais et les esprits malins. Bien plus tard, après leur exode face aux hommes de l’Est, ils s'étaient dit oui dans la plus pure tradition des tribus du désert. Mais ce jeune marié n'avait d'yeux que pour sa jeune femme aux yeux clairs. Elle était tout pour lui.

Akhy serra son poing contre son arme, un éclair de rage au fond des yeux.

Quel idiot il avait été ! Quand les nécropoles envahirent le monde, Tanaris ne fut pas épargnée. Il mena à un train d'enfer les quelques hommes que le chef de tribu avait placés sous son commandement. Toutes ses pensées allaient à sa douce qui tenait sa place parmi les autres. Il ne sentait ni la fatigue, ni la faim, seul lui importait de gagner du temps, de gagner des batailles et de se libérer au plus vite de l’horreur qui les oppressait… jusqu’à ce soir maudit... Il assista en spectateur à la manœuvre tournante. Un piège. Ils étaient enfermés. Une douleur glacée lui broya le cœur. Il refusait de croire que tout était fini, qu'il était trop tard.

Alors... un espoir fou lui traversa l'esprit, un dernier recours, une ultime chance de survie : ignorant des combats qui se livraient autour de lui, il passa un pacte avec la Mort, avec le Néant, avec le Mal. Leur vie au service du roi liche. Peu importe comment ils s'en sortiraient, mais il voulait vivre, et il ne concevait pas cette vie sans sa tendre aimée.

Il vit tomber ses hommes un à un comme dans un rêve, et aperçut sa petite Naphrat qui se battait pied à pied sous la nécropole, tournoyante, virevoltante. Sa lourde lame tailladait, trucidait l'ennemi sans cesse plus nombreux. Il lut dans ses yeux la surprise quand une lame la transperça de part en part, et se jeta sur elle pour la protéger de son corps, avant de sentir son propre sang s’écouler. Puis le noir, le vide, une voix caverneuse au fond de sa mémoire. « Ton pacte est le mien. Obéis et vous vivrez ».

Tous deux survécurent, mais à quel prix ? Contrairement à beaucoup d'autres, ils étaient vivants. Le traitement subi dépassait l'entendement. Akhy serrait les dents, luttait contre ses propres envies. Il se faisait violence, se laissait dominer en apparence et dans les moments où l’obscurité l’engloutissait, il se raccrochait au sourire de sa jeune épouse. Pour et par elle, il savait qu'un jour il trouverait le moyen de fuir, de les libérer tout les deux.

Sa pire crainte : la perdre. Lentement, il la voyait changer. Il la voyait devenir comme eux tous : une machine à tuer. Son sourire se faisait rare, ses yeux perdaient leur éclat chatoyant pour cette lueur froide qu’ils croisaient de plus en plus souvent dans les regards de leurs camarades qui devenaient des rivaux. Leur survie en était là. Commettre des atrocités au service de cette folie. Mort, souffrance, cris, hurlement. Leur lot quotidien.

Alors, aussi souvent qu’il le pouvait, il s’obligeait à venir se glisser dans sa couche et la serrait très fort, l'aimait à en perdre le peu de raison qui lui restait. Il la voyait sombrer jour après jour dans un silence malsain, comme si elle le reconnaissait chaque jour un peu moins. Il la voyait fuir leurs souvenirs. Ne pas sombrer dans la folie, surtout pas, ne rien lâcher. Ils s’exhortaient à ne rien oublier… mais chaque heure apportait son lot de souffrance et leurs identités se diluaient toujours un peu plus et la violence de leurs étreintes reflétait tout à la fois cette perte de leurs égos démembrés.

Et puis un jour, des pleurs de nouveaux-nés lui glacèrent le sang. Pourquoi ? Comment ? Il l’ignorait. Ca n’était pas la première fois, hélas, qu’il boutait le feu à une ferme au sein de laquelle se réfugiait une famille entière. Il se redressa de toute sa hauteur dans un bruit de mailles épaisses et lutta contre sa propre peur, étrangement conscient de la proximité d’un événement où son destin pourrait vaciller.

Il sentit sa petite Naphrat se placer à ses côtés et remonter avec lui la pente qui les séparait de l’immense vasque au creux de laquelle brûlaient les flammes noires, glacées comme la mort. Une sensation de proximité, comme un voile qu’on soulève, les unissait vers cet appel muet, inquiétant, presque sinistre. Un Nécroseigneur officiait, et allait sacrifier d’un instant à l’autre deux jeunes âmes à peine incarnées. Akhy ferma les yeux quand les ongles ténébreux s’avancèrent pour déchirer les petits corps. La mort lui riait au nez. La peur lui mangeait les entrailles. Puis, lentement, l’entité bascula… et sembla s’évanouir dans l’atmosphère putride avant même de toucher terre en libérant un sifflement démoniaque. Dans l’ombre du seigneur de la mort, Naphrat achevait son geste libérateur.

Les cris des enfants avaient cessés. Face à lui, celle avec laquelle il se sentait encore un lien dont la définition lui échappait à nouveau semblait retenir son souffle, comme si elle attendait quelque réplique brutale, violente, définitive. Mais rien ne vint. Pour une raison inconnue le nécroseigneur n’avait pas survécu à ce coup qui aurait dû lui arracher une larme de joie à l’idée de pouvoir se nourrir des mille indicibles souffrances infligées à l’impudente qui avait osé lever sa lame runique contre lui. Le regard des amants maudits se croisa. Une force peu commune les unit en cet instant irréel. Tout deux étaient conscients d'une chose, leur destin basculait.

La suite était si terrible, qu’il refusait de reconnaître ce que sa mémoire tentait de lui imposer.

Akhy avait laissé sa compagne s'approcher des enfants, leur offrant un bien maigre rempart. Leur peau était cuivrée, leurs yeux sombres grands ouverts. Leur origine ne faisait pas l'ombre d'un doute. Ils étaient du peuple de Kalimdor. Un silence pesant régnait dans la nécropole. la sueur perlait sur le front du chevalier trahissant sa nervosité. Naphrat semblait étrangement calme.

Et l'impensable arriva. Mus par une volonté qu’ils ne se connaissaient pas mais qui était pourtant la leur… ils absorbèrent leurs âmes, assoiffés, avides... avant de tomber, foudroyés par cette pureté qui brûla leur essence corrompue et les laissa exangues, terrassés.

( à suivre)

Ldj Zielakhmon

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