La dernière plume du corbeau

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La dernière plume du corbeau

Message  Narcìsse Vesper le Ven 17 Juil 2009, 17:36

[Note : j'invite les participants au RP lié à répondre s'ils le souhaitent de manière RP à la suite de ce post, pour donner les visions de leurs personnages.]

Voici les derniers mots de cet homme en gris que deux ouvriers retrouvèrent, un soir d'été, recroquevillé sur lui-même et caché derrière des matériaux de construction dans un coin du chantier naval, à Hurlevent. Il s'avère que sa mort a été causée par la prise d'une trop grande quantité de Songe des Marais, une herbe rare que les taurens d'Âprefange utilisent dans leurs rituels chamaniques pour tomber en transe onirique. Le parchemin froissé sur lequel le mort s'est affalé est trop peu soigné pour être destiné à quelqu'un ; manifestement, ce sont plus des notes personnelles qu'une lettre. On peut remarquer à certains endroits de rares traces de larmes, et le texte s'embrouille au fur et à mesure qu'il avance, perdant de son sens. Les dernières lignes sont presque illisibles, comme si elles avaient été écrites à l'orée d'un sommeil très difficile à contenir.

Ca y est... je l'ai fait. Je n'ai pas réfléchi. J'ai bien fait, d'ailleurs... si j'avais trop pensé, je n'en aurais pas eu le courage. Le courage... on va dire que je suis un lâche, que c'est une fuite. Oui, c'est une fuite. Je fuis la douleur, cette douleur que je connais trop bien, qui m'a accompagné toute ma vie. Je suis seul, absolument seul, comme je l'ai toujours été. Ca ne justifie pas tout, c'est vrai... mais je n'ai pas de vie. Je n'existe pas... j'étais une illusion qu'un souffle de vent va bientôt dissiper.

30 ans... Ha ! Comme c'est ridicule... en 30 ans je n'ai rien fait, et maintenant je meurs. J'ai bien fait... je me hais, je me devais bien ça. Je suis si imparfait... Dégoutant... Oui je me dégoute profondément... Une succession d'échecs, tous pires que les précédents... ça commençait avec ma mère, puis ça a été l'Académie... je ratais déjà tout. Et puis Haramad... il a bien vu l'absurdité de tout ça... En suite il y a eu Bois-aux-Corbeaux... et j'ai appris qu'elle était morte en mon absence. Héroïquement... j'ai trouvé que j'étais un monstre, j'avais raison... A Grishnath, on ne m'aimait pas. On me trouvait utile, mais ils ne m'ont jamais aimé, aucun d'entre eux. Certains m'ont peut-être admiré, au mieux... ceux-là sont bien dans l'erreur...

Et puis il y a eu Vargoth. Pfff... Vargoth... ce qu'il m'a fait, je ne le pardonnerai jamais. A cause de lui tout le monde me hait, à Dalaran... j'ai dû me cacher, reprendre la vie de mon père. Skath'iss, lui aussi, il se fiche de moi... je suis quoi, un outil ? Un associé, peut-être... Sûrement pas l'ami qu'il prétend, en tout cas. Il ne me comprend pas, il ne le peut pas, je suis un humain. Un "être sans plume"... Il n'est pas honnête, c'est sûrement pour m'amadouer. Et tous les serviteurs de Sar'this... eux ils sont pire, encore... je crois qu'ils n'hésiteraient pas à me tuer, sans Skath. Quant à Sar'this lui-même, n'en parlons pas... "le Maître", comme ils l'appelaient... moi je ne sers personne, surtout pas quelqu'un qui reste dans l'ombre, comme lui.

Les elfes aussi, ça a été un échec. Je suis trop bizarre... étranger... parfois je me demande si je n'ai pas calqué sur les Arakkoa ma façon de penser. Je me sens mieux chez eux que chez les hommes... c'est un comble. Les autres, je leur suis trop différent... je me sens étranger. Je ne les comprends pas, et eux non-plus. Pourtant j'ai essayé... et eux-donc ! Ils ont essayé, sûrement. Mais ils ont mieux à faire.

En suite j'ai fui ce monde infernal. Toute ma vie est une fuite. Déjà ma mère, je la fuyais... et Kirin Var, combien de fois ai-je rêvé d'en partir et de ne jamais revenir ? Je l'ai fait, d'ailleurs. Maintenant, ils sont tous morts... tous, tués par l'un des Six, quel comble... et moi je m'en sors ? C'est injuste... Mais il n'y a pas que moi. L'archimage, lui aussi... j'aurais préféré mourir et le laisser vivre... mais nous deux ensemble ? Il a tout détruit, c'était bien pire.

Heureusement il y a eu Mac Allister. Mais il est vieux, maintenant... dans sa tête, en tout cas. Avec le Fléau, la Dame Noire, tout le reste... il a préféré me donner ce qu'il me devait et se débarrasser de moi. Je ne l'ai pas embêté plus longtemps... je suis parti et j'ai commencé à vraiment vivre, du moins c'est ce que je voulais. Quelle ironie... la solitude totale. Ah, que c'était agréable... agréable, et horrible en même temps. Je n'existais pas... on n'existe qu'à travers le regard des autres, voilà la réalité. C'est pour ça que j'ai fini par me décider à fonder la Compagnie. Je ne voulais plus être seul... je voulais une famille, des gens qui me considèrent comme l'un des leurs, malgré ma stupidité, ma tristesse, ma bizarrerie, mon côté solitaire...

J'ai cru que c'était le pire échec de ma vie, en tout cas c'était celui de ma nouvelle vie, et là encore j'ai voulu fuir. Mais il y avait Cléo. Je l'aimais, non... je l'aime. J'aurais tout donné, pour elle... Cléophée... Qu'il est doux d'écrire ce nom. Parfois je le prononçais en boucle, seul sur le pont, au milieu de la nuit, pour chasser les angoisses. Cléophée... J'ai accepté de tout lui sacrifier, même la chair... la chair, je peux m'en passer. Je l'aime, et c'est tout ce qui compte... Au début j'ai un peu douté, je me suis dit que je n'arriverais pas à tenir une année entière sans la toucher, mais j'ai compris plus tard que j'en étais capable, pour elle.

Ca y est, je m'endors... je sens cette vague d'un seul coup, c'est doux, c'est lent... je vais dormir, tout est fini. Les chamans avaient raison, c'est vrai ce qu'ils disaient... C'est gris, et doux. Je veux vite finir... je ne sais pas si j'aurai le temps... bah, tant pis, je n'ai rien achevé comme je le voulais, dans ma vie... Je t'aime, Cléo... Je sais qu'elle ne lira jamais ces lignes, et c'est tant mieux... elle ne saura jamais que j'ai fait ça, que j'ai pris les herbes, que j'ai abandonné le combat. Je ne pouvais pas lui faire ça, je devais me cacher, pour la protéger... si elle l'apprenait, elle aurait si mal... non, j'ai bien fait de me cacher. Et maintenant, je vais mourir seul, dans un coin, comme une larve. Je suis une larve.

Elle m'a giflé, je ne comprends pas, j'ai tout fait pour elle, je voulais bien tout lui sacrifier, c'est ainsi qu'elle me remercie, j'ai mal, je n'ai pas de mot pour le décrire... ça me brûle, c'est intolérable, cela devait s'arrêter, et cela va s'arrêter, oui, quelle ironie, moi qui vivais dans le rêve, je vais crever en rêvant... les chamans disaient que c'était doux, qu'on ne souffrait pas avec ces herbes, j'espère qu'ils ont raison... oh, j'ai froid... j'ai si froid... je suis seul... je veux des bras pour me réchauffer... et voilà, je pleure, je crois, comme je suis idiot... je vais mourir... je ne voulais pas mourir... j'ai bien fait de ne pas réfléchir, si j'avais réfléchi je n'aurais pas eu le courage... maintenant, je ne souillerai plus le monde de mon imperfection... je suis une balafre, mais je vais guérir... vivre, c'est être malade.

Cléo me manque... je l'aime... je l'aime, je l'aime vraiment... je ne comprends pas... j'ai tout fait pour elle, elle dit qu'elle m'aime, pourquoi elle m'a fait ça ? Je voulais qu'elle ne souffre pas, j'ai si mal, je veux me relire, mais je ne dois pas, je n'ai plus le temps, je dois écrire pour penser, pour rester réveillé, pour vivre encore un peu, un instant, oui le ciel est beau, il est blanc, lumineux, il me manquera peut-être, qu'est-ce qu'il y a, après la mort ? Est-ce que je regretterai ? Est-ce que je souffrirai ? Je ne veux pas souffrir... je ne veux plus, je ne peux plus, je ne peux plus souffrir, c'est trop dur, pitié... Rêver, juste, oui, c'est doux, je suis dans les vapes, c'est bon... je veux m'évader de mon corps, je l'aime pas, je ne m'aime pas, je me déteste, être autre chose, ou n'être rien, pitié, c'est tout ce que je demande, un peu de perfection...

Pardon... je ne voulais pas abandonner, je ne devais pas, je l'ai fait pourtant, mais c'est comme ça, je devais bien finir un jour, je ne pouvais pas toujours fuir... alors voilà, c'est mon ultime fuite, mais maintenant, je me rends, la mort peut me prendre...

On va me retrouver là, je serai mort... j'espère que personne ne souffrira, Cléo, pourvu qu'elle ne voie rien... j'espère qu'elle ne saura rien, jamais, qu'elle croie que je suis parti loin, qu'elle me déteste, mais qu'elle ne souffre pas. Je veux qu'on m'oublie, qu'on oublie tout ! Je suis un enfant, je ne veux plus souffrir, je n'en peux plus, je ne veux pas choisir, je ne veux pas être responsable, je veux passer inaperçu, que personne ne se moque de moi, me juge, me méprise... que ce serait doux, l'insouciance... oui... l'insouciance...

C'est bon... je l'aime... c'est ça, je... que... _ oui _ je _ t'aime _ tu _ es _ douce _ serre _ moi _ j'oublie _ j'oublie _ tout _ mes _ yeux _ se _ ferment _ je _ t'aime _ Cléo _ serre-moi _ c'est _ fini _ tout _ est _ fini _ je _ adieu, _ adieu


Dernière édition par Narcìsse Vesper le Dim 01 Nov 2009, 22:36, édité 7 fois

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Re: La dernière plume du corbeau

Message  Narcìsse Vesper le Ven 17 Juil 2009, 22:36

Chantier naval de Hurlevent, le 17 juillet, 18h40.

Les deux dockers étaient rustres et peu cérébraux, mais ils étaient humains. C'est par un hasard total qu'ils avaient retrouvé le corps, et l'effroi fut leur première réaction. Un homme tout en armure, à l'aspect sombre, était arrivé quelques instants après. C'était écrit dans les runes, affirmait-il stoïquement. Il fut vite envoyé chercher un garde, tandis que les comparses revenaient de leur choc.

Ils durent attendre un certain temps au dessus de la silhouette grise. Allongé à même le sol, sur le flanc, Narcisse gisait en position foetale. Henri et Phil avaient besoin de dédramatiser, aussi commencèrent-ils à émettre diverses hypothèses peu crédibles sur les circonstances de sa mort, mais la discussion dériva rapidement vers des sujets moins sérieux.

Bientôt, deux chevaux se cabrèrent au détour du monceau de lourdes planches derrière lesquelles s'était caché le marchand pour expirer son dernier souffle. Celui ténébreux d'Alderran était en tête, suivi de près par l'étalon carapacé de la garde, sûrement encore adolescente. Une jeune fille discrète accourut derrière eux, peut-être attirée par la curiosité ou par l'inquiétude : la personne qu'elle cherchait ne se trouvait nulle part... Vêtue simplement d'une chemise rouge faîte pour valoriser les formes, elle portait paradoxalement en dessous de celle-ci des bandages très serrés, suffisamment pour la faire ressembler à une enfant malgré sa vingtaine d'années.

Posant pied à terre, les deux cavaliers crurent interrompre les paroles mal placées des débardeurs du port, mais se trouvèrent moins efficaces que prévu. Il s'approchèrent promptement de l'homme décédé, et la garde l'examina avec attention, remarquant sous son épaule ce parchemin que les deux ouvriers avaient durant leur attente eu l'occasion de lire. Durant ce temps, Cléophée, puisque c'était elle, s'avança un peu plus, et se figea, blêmissant. Elle reconnut Narcisse Vesper instantanément, lui qu'elle aimait. Refusant d'accepter la réalité dans un premier temps, elle répéta plusieurs fois ce mot plein de désespoir : Non...

Amelïa, la garde, commença sa lecture du message chiffonné, tâche hardue à cause du manque de soin dans son écriture et des troubles de la concentration qu'avait apparemment subi l'auteur avant de s'affaler par dessus. Cléophée, quant à elle, s'effondra à genoux devant l'homme qu'elle aimait, et laissa de violents sanglots l'emporter...

Observant la scène sans intervenir réellement, le combattant mystérieux laissa l'amoureuse anéantie à sa peine, la sentinelle abattue à son travail, et les paysans peu malins à leurs commentaires grossiers. La jeune paladine en pleurs se releva et saisit sa lame dans un accès de rage et de peine, mais elle la lâcha bientôt pour saisir de ses mains crispées les vêtements de Narcisse, semblant si faible, recroquevillé sur lui-même comme un enfant assoupi.

Après une discussion que la garde et le tireur de runes tentèrent de rendre la plus courte et efficace possible, les deux portefaix proposèrent de transporter le corps à l'hôpital en l'attente d'une crémation ou d'un enterrement, le suicide étant évident et ne requérant par d'enquête de la part de la garde. Cléophée, en pleurs, accompagna les ouvriers, serrant dans son poing ce parchemin qu'Amelïa lui avait confié, et qu'elle n'avait pas la force de lire : il s'agissait là des derniers mots de son amant, ceux qui expliquaient son choix et déterminaient sa culpabilité. Sur leur route, le chapeau gris du voyageur tomba, et la jeune fille le ramassa, comme en un chemin de croix on ramasse le suaire du condamné.

Tous trois arrivèrent à l'hôpital dans un silence lourd. Ils furent accueillis par Däyane et Ilnéa, qui eurent la présence d'esprit de guider les artisans à la morgue puis de les laisser partir. Effondrée et détruite, Cléophée fut accompagnée jusqu'à un siège par le médecin en chef, tandis que sur l'ordre de ce dernier l'infirmière prépara une tisane tranquilisante pour calmer les sanglots saccadés de leur invitée, avant de sortir s'aérer, émue. Refusant d'abord la drogue calmante sans pour autant se douter de sa nature, Cléophée finit par se laisser faire par l'elfe de la nuit, et lui demanda de lire pour elle le message que Narcisse avait laissé avant de rendre l'âme.

Däyane s'exécuta mais refusa par la suite de laisser Cléophée lire ces mots tremblants comme de les lui résumer. Elle ne put, à son grand désespoir, empêcher les flammes de dévorer le parchemin. Que ce soit par respect pour l'homme et ses sentiments ou dans une intention moins louable, le médecin accéda au dernier voeu de Narcisse : empêcher la femme qu'il aimait de lire son message, quitte à ce qu'elle le haïsse jusqu'à la mort. Il prétexta que le voyageur avait été appelé à la guerre en Northrend et qu'il avait lâchement préféré mourir immédiatement, sans combattre.

Bientôt, selon les désirs de leur soeur adoptive et sur demande de Däyane, Malverick et Shadhi se rendirent à l'hôpital, et ils poursuivirent l'oeuvre de l'elfe, tentant de consoler leur amie et d'effacer sa culpabilité. Celle-ci se laissa faire, et, bien que des larmes coulassent encore de ses yeux innocents, elle sembla se calmer et accepter la triste réalité de la vie, au moins provisoirement.

Alors qu'Ilnéa et son supérieur hiérarchique discutaient au dehors, Cléophée les rejoint et obtint de rendre à Narcisse son couvre-chef, pour son ultime voyage, et de lui faire ses adieux seule. Ce dernier reposait en paix, mais son expression était déjà creusée par la mort, de cernes sombres et de blêmes rides. Les larmes aux yeux, la femme éprouvée embrassa ses lèvres froides, une dernière fois, et glissa son chapeau sur sa tête, en prononçant faiblement... Même dans la mort... ils ne te jugeront pas... tu n'auras pas à affronter leurs regards...

Puis elle déposa un baiser sur sa paume ouverte vers le ciel, et saisit avec douceur cette main vidée de toute force. Je t'aime... Les mots ne sortirent que d'une seule bouche, dans un murmure intime, mais ce sont deux regards, l'un clos, l'autre humide, qui se le juraient mutuellement. Voyage pour deux... Je te rejoindrai... un jour...

Du linceul mortuaire immaculé, Cléophée borda Narcisse avec le soin d'une mère, et, en recouvrant son visage, elle le caressa pour la dernière fois de son regard saphir, la lumière du jour laissant définitivement le corbeau à son sommeil...


Dernière édition par Narcìsse Vesper le Sam 18 Juil 2009, 06:50, édité 10 fois

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Re: La dernière plume du corbeau

Message  Varkh le Cherche-Guerre le Ven 17 Juil 2009, 22:48

Henri, un des portefaix ayant découvert le corps, rentrait enfin chez lui, seul. Il n'était pas marié. Pourtant ... Cette histoire l'avait profondément marqué. Il savait très bien ce qu'il l'attendait le lendemain, au travail ...

- P'tain, quand je vais racontez ça aux collègues !, dit-il en riant grassement.
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Re: La dernière plume du corbeau

Message  Klenval le Sam 18 Juil 2009, 00:43

Alderran était assis en tailleur, les yeux clos. Concentré, il plongea à nouveau la main dans sa bourse de cuir noir avant de jeter sur le sol devant lui quelques un des galets gravés qu'elle contenait. Il ouvrit alors ses yeux à la lueur de glace pour contempler les runes devant lui. Il prit le temps de déchifrer le message qu'elles apportaient. S'il était favorable, peut-être recommencerait-il une nouvelle vie. Qui sait, le Corbeau l'accepterai peut-être, lui.

Le Corbeau. La Famille. Le Barde.
La Mort. La Solitude. La Souffrance.


Cette Rune de Mort qui revenait encore.

Plus il tentait d'expliciter les symboles, plus son visage se fermait, jusqu'à ce que tout fut clair : Narcisse Vesper allait mourir, ce soir, de sa propre volonté. Il fallait faire vite.

Les sabots gelés du sombre destrier claquaient sur les pavés du port. Alderran fonçait comme il le pouvait. Personne à la boutique, elle était abandonnée depuis un moment. Les quais, les docks... le chantier de construction navale ? Un entrepot est un endroit adéquat pour mourir seul.

Alderran foullait à pied l'entrepot lorsqu'il entendit tout à coup le cri de surprise d'un docker. Il se dirigea vers la source du son, pour voir deux hommes du port penchés sur un corps. Le corps d'un homme habillé de gris, un large chapeau pointu encore sur la tête. Sa peau pâle, sa position... tout indiquait sa mort. Le chevalier runique arrivait trop tard.

...

Alderran fulminait. Pourquoi avait-il cru, un instant, en cet homme ? Pourquoi avait-il pensé un jour le rejoindre dans sa quête ? Pourquoi avait-il songé à le sauver ? Ce Narcisse avait été faible, refusant d'affronter la vie, refusant de se battre encore. Un homme qui avait de quoi être heureux, et encore une bonne partie de sa vie devant lui, s'était donné la mort. Alors que d'autres avaient tout perdus et choisissaient de vivre malgré tout – ou y étaient forcés. Sa fin était méprisable.

Cette nuit là, comme toutes les nuits, Alderran entendrait le chant des Val'kyrs résonner dans son coeur gelé.
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Re: La dernière plume du corbeau

Message  Triviax le Sam 18 Juil 2009, 02:26

On parlait d'un mort, un peu partout. Des murmures, des pleurs, des insultes, autant de sons désagréables qui résonnaient dans sa tête lorsqu'il qu'il franchit le seuil du Tord Boyaux. Là, devant, un homme tenait une jeune femme dans ses bras, tentant de la consoler. Juste à côté de la porte, une dame encapuchonnée était appuyée contre la devanture, le regard dans le vague.

Eldrick traversa le hall, le parquet craquant sous le poids de ses bottes, puis vint s'arrêter devant la grande rambarde qui délimitait l'estrade. Kylia se tenait appuyée contre celle-ci, en pleine conversation avec un homme qu'il avait déjà croisé au camp sur le port, gardant la tente bleue du temps de la Côterie.

"C'te pourri, il a tout fait pour qu'Cléo' s'sente coupable...une belle raclure, ouep !"
"J'le connaissais pas tellement..."

Eldrick arqua un sourcil. Visiblement, l'évènement funeste était dans toutes les conversations. S'avançant lentement, sa main droite posée sur le pommeau d'une de ses lames courbées, il s'adressa à l'ancien homme de main de la Côterie.

"Qui est mort ?"
"Un lâche."
"J'attendais un nom, à vrai dire."
"Narc'...Narcisse."

Eldrick compris immédiatement, sa mine s'assombrissant subitement. Narcisse Vesper, ce marchand si mystérieux qu'il avait rencontré quelques semaines plus tôt, s'était donné la mort. Tout s'entremêla très rapidement dans sa tête. Tout ceci l'intriguait au plus haut point. Cet acte, pour lui, n'avait rien de banal.

Quelque chose ne tournait pas rond.

Lors de leur première rencontre, la conversation s'était vite portée sur l'emblème de la troupe de Narcisse, ce fameux corbeau bleu. Eldrick avait entendu quelques légendes au sujet de cet oiseau hors du commun, un animal venu d'un autre monde. Il avait vite compris que, de fait, le personnage n'était pas un être comme les autres. En outre, chaque fois que son regard se posait sur la tente bleue, le malaise envahissait tout son être, comme s'il faisait face aux Ombres de son passé. Il n'avait jamais eu affaire à un corbeau bleu, et pourtant, c'était comme si le volatile faisait des rondes incessantes au dessus du campement, dispensant sa magie étrange et pesante sur les voyageurs.

Désormais, qui pouvait dire où s'étaient répandues ses plumes ? Dans un dernier envol, il s'était dirigé vers d'autres contrées alors qu'une part de lui sillonnait les esprits, ses battements d'ailes claquant en rythme avec le battement des coeurs.

On lui avait raconté que le marchand au chapeau gris s'était donné la mort après la réception d'une missive le sommant de rejoindre les champs de bataille du Norfendre. Narcisse, pris de panique, aurait préféré mettre fin à ses jours plutôt que de partir faire la guerre loin au Nord, dans les contrées gelées et mortuaires.

Vide de sens.

Le corsaire fronça les sourcils.

Ce n'est pas normal.

"Eh, Eld' ! Viens avec moi, j'ai besoin de ton aide !"

Kylia venait de sortir Eldrick de sa rêverie. Il releva la tête vers la jolie jeune femme, une expression toute autre sur le visage, son habituel petit sourire narquois en guise de réponse. Elle lui tourna gracieusement le dos puis ils sortirent de la taverne pour se mettre en route vers la place commerçante.

Ce n'est pas normal...


Dernière édition par Le Valet de Pique le Sam 18 Juil 2009, 20:36, édité 5 fois

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Re: La dernière plume du corbeau

Message  Cléophée le Sam 18 Juil 2009, 04:23

Après l'adieu a son aimé, elle fut entrainée par son frère et sa sœur, se retrouvant au Tord Boyaux, la Taverne réputée du quartier Nain de la ville d'Hurlevent. Vidée, morne, sombre... Éteinte... Elle ne ressemblait guère plus qu'a une poupée que l'on trimbale d'un endroit a un autre. Ne réagissant plus vraiment a ce qui l'entoure... Ses yeux rougis laissant, de temps a autre, couler des larmes silencieuses... Parfois elle était secouée de sanglots, mais en somme, elle restait plutôt passive, anéantie.

Shadhi déploya pourtant tout ce qu'elle pût, pour essayer de l'aider... Malverick aussi, a sa façon... Et même Elad, le runique, un peu distant et maladroit... Mais rien, non rien de ce qu'ils essayèrent n'arrangea les choses. Cela faisait une bonne poignée d'heures qu'elle le pleurait, se vidant peu a peu de son eau, si bien qu'elle finit par s'arrêter. Les gens venaient lui parler, les inconnus ou peu connus, tous plus ou moins touchés de voir la jeune femme abattue. Mais non, tout cela lui passait au dessus de la tête, elle n'avait cure de leur gentillesse ou de leur pitié... Elle ne désirait que pleurer l'homme qui l'avait lâchement abandonné. Celui qui lui avait donné un semblant de vie normale, celui qui l'avait fait se sentir femme. Celui qui avait décidé de l'aimer. Non, elle ne comprendrait pas pourquoi il avait agit ainsi... Mais une chose était certaine, elle n'avait pas finit de le pleurer.

Sortant de cette taverne étouffante et délaissant famille et ami(s)... Elle alla errer dans les rues... Partant surement a la rencontre d'un inconscient qui voudrait s'en prendre a elle, sur lequel elle défoulerait enfin toute sa tristesse et toute cette rage qu'elle tentait de taire... Mais non, rien de cela. A la place, elle finit par revenir devant l'impasse de l'hôpital. Si engouffrant elle se laissa tombée devant le bâtiment, fixant la porte de la "morgue"... Et elle resta ainsi pendant deux... trois bonnes heures. Jusqu'à ce que Malverick la retrouve et l'entraine a leur campement familial... La tirant par la main telle une petite fille. Elle se laissa emmener, docile et surtout, passive.

Une fois au camp, elle refusa de manger, de boire... De parler. Elle murmurait quelque mots quand c'était vraiment nécessaire pour ne pas trop les agacer non plus... Oui, elle se sentait coupable de la mort de son aimé et coupable de la peine de sa famille adoptive, qui avait du mal a la regarder, impuissante... Malverick aiguisait sa lame, assit en tailleur près du feu, elle entreprit de le copier... Il s'intéressa a ce qu'elle faisait et vint pour l'aider, mais la encore elle ne désirait pas qu'on entre dans sa bulle de tristesse, reculant violemment, elle se coupa. Ce qui n'était pas plus mal, une douleur pour en apaiser une autre... Oui et contre toutes attentes, cela fonctionna.

La discussion... reprit, lente et peu fournit... Mais elle pût enfin relever les yeux et contenir ses larmes, assez longtemps pour que celles-ci s'assèchent et ne soient plus. Promettant a son frère de ne pas faire d'actes inconsidérés... Elle se releva... Prit son épée et partit... Passer sa rage sur la faune et la flore environnante? Pleurer en solitaire?... Non, rien de cela. Elle resta au bord de l'eau en murmurant une chanson a l'air mystérieux... Un poème qui en quelque sorte était la clef de la libération... Le chant de son cœur, de son âme... De son amour...

Il aimait dans ses songes, et alors qu'il se ronge
Son esprit s'en va loin, rêvant le futur lointain
Immergé et serein, Cette envie, incertain...
Il y pense et y croit, Cet amour... cet émoi?

Quel est donc cette amie? celle qui vous ôte a moi
Que veut-elle? Elle nous nuit? Ou serait-ce peut-être moi?
Vous voila bien parti... Vous révérai-je? je le crois...
Mon cœur saigne et faiblit, pourquoi donc ce trépas?

L'amour n'est pas censé, rendre malheureux,
Car aimer... c'est aussi, partager a deux.
Alors quelle calomnie trouvera tu mon aimé
Pour rester incompris, sans te faire cavalier..

Est-ce moi qui l'ai commise, ou la faute est a eux
Ceux qui jugent et tarissent, notre amour, cet aveu...
Laisse moi te regarder, te brûler si tu veux
Mais jamais de t'aimer, je ne cesserai le vœu...

Les paroles sortaient, faisant désordre, ses pensées mélangées... Mais cela venait tout seul. Quand elle eut finit, elle resta un long moment a regardée l'eau. Un druide vint la voir au milieu de la nuit, avec lequel elle discuta... La vie continuait. Et elle ne s'arrêterait certainement pas ici pour elle... Jeune, naïve, triste... Mais battante...

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Re: La dernière plume du corbeau

Message  Narcìsse Vesper le Sam 18 Juil 2009, 10:22



( Musique de fond. Attention, le son saute à plusieurs reprises ; désolé pour sa piètre qualité... )





Et c'est ainsi que s'acheva l'histoire de l'homme qui était enfant et vieillard.

Au cours de sa vie, les épreuves de Narcìsse furent nombreuses, et il perdit sa force peu à peu, jusqu'à ne plus supporter la souffrance. Il accepta de se donner entièrement à un être, puis il eut la bêtise de croire qu'il l'avait perdu. Lâche, il le fut peut-être... mais ce n'était pas par manque de courage. C'était par la faiblesse de ceux dont la tête repose sur le coeur. C'était par le poison que représentait sa solitude tant chérie. C'était elle qui l'avait tué.

A présent, sa chair brûlait, dans un silence paisible. Tout était fini... Il n'allait plus souffrir, désormais. En vain, il avait tenté de n'imposer à personne la douleur de sa disparition. Il croyait naïvement que l'on retrouverait son corps sans pouvoir l'identifier. Après tout, il était si seul que personne ne saurait indiquer qui étaient ses proches. Mais le hasard ironique ou le destin cruel en avaient décidé autrement : la colère de Cléophée avait été courte, et elle avait voulu réparer son erreur, un peu trop tard, hélas.

La douleur fut grande, et elle ne s'est toujours pas évanouie. Mais maintenant, elle est calme et fraîche, comme la douce bruine qui vient recouvrir les ruines sanglantes après la bataille. Cette douleur n'est pas destructrice. Elle enseigne et purifie. La beauté de l'amour resplendit à travers elle. Cette douleur se nomme la catharsis.

La rumeur s'était répandue, déjà, ce matin. Des ouvriers, aux marins, aux passants. Le marchand itinérant était mort, oui, celui-là qui avait fêté le solstice il y a peu. Cela arrive. C'est dommage, diraient certains. Peu m'importe, répondraient d'autres. Certains ressenteraient de l'étonnement, d'autres du regret. Eidenn se réveillerait seule à bord du navire abandonné. Dolin remarquerait avec peine que son voisin était parti. Divers clients verraient que l'échoppe avait fermé, et pesteraient contre les gens malhonnêtes. Et puis, on oublierait. La vie poursuit son cours, sans attendre ceux qui ont cessé leur longue marche épuisante.

Bientôt, Ilnéa ramasserait ces douces cendres, et elle les ferait glisser dans sa main comme du sable, pour les placer dans un vase sobre. Mais là où le sable symbolise le temps qui passe, les cendres symbolisent celui qui est passé. L'un représente l'angoisse de l'avenir, l'autre la paix de l'avenu. Deux facettes de cette même pièce qu'est la mort. Narcìsse avait été un homme de sable comme de cendre. Il est parfois difficile de conserver l'équilibre entre les deux ; sa fin le montre bien.

Et c'est tout ? Oui. Maintenant, il serait oublié de tous, sauf d'un coeur. Narcìsse avait vite regretté de mourir, mais il ne mourrait pas aussi facilement. Car on n'existe que par le regard des autres, et celui de Cléophée donnait vie encore au voyageur éternel. Quelques heures plus tard, elle irait récupérer ses cendres, les serrer contre elle, peut-être. Les palper, et les respirer. Elle pleurerait, à nouveau. Mais ses larmes seraient paisibles, car leur amour était impossible sans cette séparation.

Et c'est ainsi que commença l'histoire de la femme qui était enfant et vieillarde.



( Je tiens à tous vous remercier pour ce RP très émouvant qui m'a à plusieurs reprises donné envie de pleurer ; c'est la catharsis ! Je vous invite à continuer à poster si vous le souhaitez, même si vous n'êtes pas directement impliqué dans cette histoire. Merci à tous, et à une prochaine fois, sous un autre nom ! )

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Re: La dernière plume du corbeau

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