[Lumière Aveugle] Une course épique au pays du soleil

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[Lumière Aveugle] Une course épique au pays du soleil

Message  Endherion le Dim 9 Aoû - 21:20

Quand Mystiruis s’éveilla, le lendemain matin, la lumière du soleil plongeait loin dans les profondeurs de sa suite, filtrée par les persiennes restées entrebaillées. Enfilant rapidement une nuisette de mousseline arachnéenne, elle s'avança d'un pas léger sur la large terrasse de marbre encore fraîche de la nuit écoulée. L’oasis grouillait de monde. D'un sourire elle répondit aux salutations de deux jardiniers qui lui adressaient des signes de respect en contrebas. Plus loin, par delà des hautes murailles de l'Alhambra, la rumeur montait, joyeuse, trahissant l'animation qui envahissait la vallée. Les caravanes, arrivées tout au long de cette dernière semaine, s'étaient entassées dans un désordre grandissant, cherchant les meilleurs places comme autant de spectateurs passionnés. La masse la plus nombreuse s'agglutinait autour des portes de la citadelle au sein de laquelle serait donné le départ et serait proclamée l'arrivée de la plus formidable course de chevaux de tout Tanaris. Désormais bien réveillée, la prêtresse sentait monter en elle une sourde excitation, et même un peu de trac. Il lui tardait que la course commençât. Elle avait dû user de son charme auprès de son époux pour obtenir le droit de concourir. Les femmes ne montaient pas lors de la grande course, bien que cela ne corresponde à aucune interdiction formelle. Il ne s'était simplement jamais trouvé de candidate. A force de persuasion, elle était parvenue à ses fins. Et puis qui mieux qu’elle pouvait amener Satan à la victoire ?



Elle secoua la tête en souriant pour repousser ses cheveux emmêlés quand une des servantes entra pour lui apporter un petit déjeuner. Elle n’avait vraiment aucune envie d’absorber quoi que ce fut et hâta ses servantes pour l'apprêter. Un peu plus tard, un petit groupe de commissaires, reconnaissables à leurs toges colorées et leur air docte, s’approcha de l’étalon auprès duquel elle se tenait fièrement, comme chacun des cavaliers qui avait trouvé place dans les grandes écuries. Tsion’Hebb était parmi eux, en qualité de maître des lieux. Il s'avança vers elle dès qu’il l’aperçut.

- "Ce ne sera pas long, le départ sera donné avant que le soleil ne devienne trop chaud." Il lui avait pris les mains et ses yeux brillaient de désir. Elle lisait dans son regard l'envie qu'il avait de l’embrasser, trahissant sa passion. Mais il se retint, désireux de ne lui transmettre qu'un peu de son calme légendaire.

"Méfie toi de l’alezan, Sangar. C'est un grand destrier des royaumes d'Orient. Ne te méprends pas, il est bougrement endurant et rapide, pas moins que nos chevaux fins. Son maître connaît le terrain et possède déjà quelques-unes de nos juments qu'il tient de victoires précédentes. Son ultime désir est de vider nos écuries... puisqu’il ne peut posséder la femme" ajouta-t-il, malicieux, tout en laissa ses mains glisser hors des siennes. Elle sourit, un rien nerveuse.

Les commissaires ne firent pas de difficultés, se contentant de relever formellement l'identité de la cavalière et de sa monture.

Elle avait déjà une idée de la façon dont elle mènerait la course. Dans le secteur montagneux, les autres auraient l’avantage à cause de leur habitude du parcours. Mais elle ferait une course d’attente. Elle tiendrait Satan tout près des chevaux de tête jusqu’au terrain plat. Là, à travers le désert et la plaine sablonneuse commencerait vraiment l’épreuve. Trois semaines que l'étalon se contentait de courtes promenades et se nourrissait d'avoine. Il était une véritable bombe qui piaffait nerveusement d'impatience. Enfin les portes des écuries s'ouvrirent.


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Message  Endherion le Lun 10 Aoû - 19:40

Le roulement rythmé des tambours résonna jusque dans la plaine, couvrant le bruit des hommes et des bêtes. Impressionné, l'un des chevaux se cabra en sortant des installations. Tous clignèrent des yeux dans la lumière aveuglante que déchiraient d'innombrables oriflammes aux vives couleurs mollement agités par le vent. Le petit groupe de cavaliers, douze précisément, complétèrent au pas un tour de la première cour de l'Alhambra dont le périmètre constituerait à la fois le départ et d'arrivée. Tout autour, la foule, autorisée à pénétrer pour l'occasion car il s'agissait à cet endroit essentiellement de dignitaires et de notables, manifestait son enthousiasme et encourageait son candidat. Au delà des hautes portes, des femmes venues d'une tribu de l'ouest se mirent à chanter et à battre des mains. Un peu plus loin des hommes dansaient en sifflant et en criant, jetaient des sabres effilés qu'ils rattrapaient avec adresse pour mieux les relancer de l'un à l'autre. Partout derviches, marchands, diseuses de bonne aventure, cracheurs de feu, jongleurs et troubadours amusaient la foule de leurs jeux répétés au milieu des rires et des chants. Le martèlement des sabots soulevait sur le sol de petits nuages de poussière. Les commissaires s'écartèrent et montèrent au sommet de la barbacane, laissant les cavaliers s'avancer jusqu'à la corde tendue ornée des foulards bigarrés que chaque cavalier y nouait en symbole de sa participation. Celui qui récupèrerait le sien en premier au terme du parcours gagnerait, selon la coutume, le droit de prélever jusqu'à dix chevaux, dont cinq juments au plus, dans l'élevage de n'importe lequel des perdants. Mystiruis avait accepté de porter une tunique sombre ceinte d'une large ceinture noire et un turban noué sur ses cheveux et autour de son front de sorte à ne laisser voir que le bleu de ses yeux. L'ensemble était complété de larges pantalons et manches bouffantes de tissu solide également de couleur sombre et terminé par des bottines de cuir fin passementées de fils d'or. Passant le bras dans les rênes, elle caressa l’encolure de sa monture et remonta jusqu'à la tête fine. Satan la poussa d'un coup de chanfrein à la douceur toute relative. La Khâdin retira un foulard noué autour de son bras et l'accrocha à son tour à la corde. Noir à la croix d'or, il portait les armes de la Lumière Aveugle. Les roulements de tambours s’intensifièrent.

Tsion’hebb souleva son aimée et la hissa sur le dos de Satan avant de lui passer les rênes non sans mal tant l'animal s'agitait. Elle n'avait pas de selle. Aucun n'en possédait. Ils portaient par contre en travers du garrot le lest qui mettait les cavaliers à égalité de poids. Le sien n'était pas lourd car beaucoup de concurrents étaient de jeunes princes pressés d'en découdre et de prouver leur valeur. Les cavaliers se regardaient, se jaugeaient, et la remarquaient non sans étonnement avant d'en faire un élément de moquerie entre eux. Jamais une femme n’avait concouru. Mais le départ était proche et ils n’eurent pas le loisir de continuer les jacasseries qu'occasionnait ce baiser à travers le voile que le Shah adressait à sa bien-aimée et qu'elle lui rendit de son mieux en maîtrisant avec peine sa monture rétive. Le maître des lieux disparut lui aussi dans la fortification qui surplombait les portes et la vallée au-delà pour prendre place parmi les notables dont certains exhibaient longues-vues et téléscopes de belle facture. Il saisit délicatement la main de sa seconde épouse Nayâh et se plaça dans les gradins aux côtés de la princesse Arcània, puis se redressa et leva la main en attendant que le silence se fasse.

Satan secouait brutalement la tête et jouait avec son mors, les oreilles couchées. Tous semblaient aussi nerveux que lui. Sangar à la robe d'or fit un violent écart en face de l'animal agité. Mystiruis croisa le regard de convoitise de son adversaire qui passa ostensiblement la langue sur ses lèvres desséchées tendues d'un sourire de défi. Il voulait le cheval mais aussi la femme. Il n'en faisait pas mystère. Elle redressa la tête et lui rendit un regard fier. Satan fut pris d’un léger tremblement et lança un hennissement strident. Les autres chevaux inquiets ou excités s’agitèrent en montrant les dents. Sangar se cabra et son cavalier dû le faire reculer de quelques pas. Mystiruis manœuvrait de son mieux, empêchant son diable noir de décocher un coup de sabot tout en restant au plus près de la corde tendue qu'un commissaire avait détachée et tenait désormais en main, les yeux rivés sur le bras du Shah. Un peu plus loin en arrière, un cavalier hurla de dépit et se jeta au sol à de grands cris pour faire reculer son hongre dont la jambe blessée saignait déjà d'un mauvais coup. Le départ n'était pas donné qu'ils n'étaient plus que onze. Satan, sous les paroles douces de sa cavalière retrouva un semblant de calme.

Le silence gagna enfin la foule, troublé seulement par les piaffements impatients des chevaux ou l'enthousiasme débridé de quelque spectateur incapable de contenir son excitation. Le bras du Shah s'abaissa. La corde tomba. Ils partirent comme des flèches dans un indescriptible désordre.


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Message  Endherion le Mar 11 Aoû - 19:14

Mystiruis n’entendait plus rien que le claquement des sabots. Satan se pencha subitement sur la gauche puis de nouveau à gauche et brutalement à droite, s'engouffra sous la barbacane dans un bruit de tonnerre. Sa cavalière faillit tomber mais heurta de l'épaule un jeune cavalier qui n'encaissa le coup involontaire qu'au prix d'une chute précoce sur les pavés qui marquaient le seuil de la forteresse. Habituée aux hautes selles des combattants montés de l'Alliance, la prêtresse douta à cet instant de ses talents d'équitation. Elle sentait la crispation des muscles de sa bête entre ses jambes qu'elle s'efforçait de ne pas trop serrer pour ne tenir que grâce à son assiette experte faute de quoi elle savait qu'elle se crisperait et ne tiendrait pas la distance. La course s'étira le long du rempart. Un début d'ordre s'établissait sous les exclamations de la foule massée dans les fossés et sur les bas-côtés. Les rangées de palmiers défilaient à une vitesse vertigineuse. La Khâdin ne voyait plus que le terrain qui glissait sous elle comme dans un nuage. Elle pleurait dans la poussière soulevée par les premiers coureurs. Sangar était parti, comme prévu, plus rapide que la plupart mais la prêtresse se garda bien de conduire Satan à côté de l’alezan. Son galop était régulier, ample et souple, rapide. Il tenait son mors mais ne tirait pas dessus. Après une lente courbe vers la droite, ils abandonnèrent l'abri de la palmeraie pour entrer dans la plaine en soulevant de nouveaux nuages de poussière grise. Ils se rapprochaient de la montagne. Devant elle, deux jeunes princes échangèrent un instant des coups de cravache avant de se concentrer sur leur propre course.

La prêtresse les laissa gagner quelques longueurs, peu désireuse d'être blessée par l'un des innombrables cailloux que les sabots projetaient en tous sens. Le vent prenait dans ses voiles et la gênait. Elle les repoussa d'un geste du bras si bien que l'étoffe lui échappa. Derrière elle un cheval, effrayé sans doute par le mouvement inhabituel, fit un écart et la doubla, raide emballé mais... sans cavalier. Elle ne jeta un regard en arrière que le temps de voir ce dernier se relever, l'air hébété. Elle acheva de coincer le tissu noir dans sa large ceinture. Le vent glissait, déjà tiède, sur sa gorge offerte qu'elle referma de son mieux. Devant elle les deux cavaliers se disputaient encore tandis que, en avant, Sangar prenait un peu d’avance. Elle rendit un peu la main à Satan et ne put s'empêcher de sourire en sentant le cheval se donner, encouragé, et disposant visiblement d'une appréciable réserve. L’écart avec les deux batailleurs fut réduit à néant quand ils abordèrent la piste montagneuse sans changer d’allure. Elle était plus large et proposait une ascension progressive qui se resserrait entre des buissons épineux qui ne manquèrent pas d'écorcher les bras et les jambes des cavaliers. Les autres avaient ralenti, cherchant la voie la plus rapide. La prêtresse, elle, laissant les chamailleurs se disputer, se contenta de suivre la voie qu'avait choisie l'alezan. La piste devint soudain horizontale et ils entrèrent dans un long ravin bordé par de collines dont les abords se resserraient parfois en goulets étroits. Un oeil en arrière fit monter un sentiment d'exaltation dans l'esprit de la prêtresse. Un sérieux écart la mettait désormais à l'abri des jeunes loups qui s'étaient fait rejoindre par un peloton étiré dans la pente. Devant elle Sangar, et devant lui encore un superbe cheval d'un blanc presque zain monté par un cheik avisé qui n'était pas à sa première course et un jeune esclave fort doué monté sur un gris pommelé particulièrement nerveux et redoutablement véloce. Tous quatre galopaient fort et l’écume commençait à apparaître sur les robes soigneusement apprêtées. La piste les amena au bout de la série de gorges au fond de laquelle ils s'apprêtèrent à faire demi-tour pour revenir en contrehaut de la piste parcourue. Dans le virage, elle sentit Satan se ramasser et bander ses muscles puissants pour effacer le contre-haut. Elle leva les mains et il reprit encore plus de vitesse après avoir franchi la marche de pierre.


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Message  Endherion le Mer 12 Aoû - 20:16

La sueur coulait sur ses bras et ses jambes, rendant cuisantes les éraflures tout en lui brouillant la vue. Sangar était toujours devant et elle entendait son galop régulier qui martelait le sol craquelé. C'est alors qu'elle aperçut un concurrent qui croyait bon de ne pas poursuivre jusqu'à l'épingle et s'avisait de couper court. Il lança son cheval à l'assaut de la pente rocailleuse, lequel répondit avec énergie et bondit de son mieux, le cavalier accroché à sa crinière, ballotté comme un sac, jusqu'à presque rejoindre la piste plus haute. Hélas, ralenti par les pierres qui se dérobaient sous ses pas en avalanches de poussière, il avait mal jugé de ses capacités et ne parvint à la piste qu'au prix d'un effort épuisant. Est-ce faute d'avoir encore suffisamment d'énergie après cette escalade risquée, le cheval manoeuvra trop lentement et fut percuté de plein fouet par le cheik à la monture claire aveuglé par une aiguille rocheuse qu'il contournait à toute vitesse. Dans une manoeuvre désespérée, le cheik tenta un saut improvisé qui projeta le concurrent malheureux dans la pente tandis que sa monture roulait sur le flanc, accompagnant la lourde chute du blanc que son cavalier ne sut éviter. Le drame se déroula à moins de cinquante pas comme au ralenti. L'esclave franchit le lieu de l'accident dans un fracas de sabots sans ralentir sa course. Tel était le jeu et la prêtresse s'efforça de ne pas se déconcentrer. Elle savait qu’une fois au sommet, la piste allait redescendre rapidement vers l'oasis. Passant en trombe devant les chevaux et leurs cavaliers qui se redressaient, aussi sonnés les uns que les autres, elle se contenta d’un claquement de langue, il restait deux kilomètres à parcourir pour atteindre l’arrivée et elle savait que le moindre usage de magie la disqualifierait immédiatement. Satan faillit trébucher légèrement quand ses sabots s’enfoncèrent dans un sable plus mou, puis se ressaisit et repartit en allongeant sa foulée. Au devant, l’alezan et le gris filaient comme des flèches, aux prises l'un avec l'autre. La piste suivait la lisière du désert et ils n’avaient sous eux qu'un sol sablonneux jusqu'à ce que soudain l'oasis reparaisse dans toute sa luxuriance.

Elle n’avait encore demandé aucun véritable effort, se contentant de suivre son adversaire comme son diable d’homme lui avait conseillé. A l’entrée de la plaine, le sol serait plus dur et elle perdrait son avantage de légereté. Il était temps de pousser son étalon tant qu'elle restait sur la piste souple dans lequel le destrier s'enfonçait devant elle profondément, soulevant de lourdes gerbes de sable et de poussière qui retombaient, lourdes devant elle. Alors, elle se pencha sur l'encolure de son étalon et claqua de nouveau la langue. L'esclave, sentant venir l'assaut, se pencha à son tour, à une encolure de l'immense Sangar, bouchant le reste de largeur de la piste. La prêtresse serra les dents, réduite à rester dans la poussière de ces deux là tandis que l'arrivée s'approchait bien vite. L'esclave poussa encore sa monture qui creusa l'écart avec une facilité étonnante et prit à son tour bientôt une longueur d'avance et ne semblait pas devoir faiblir. Puis, soudain, il se redressa d'un coup, tirant sur ses rênes avec un cri de dépit ! Dans son empressement, il venait de faire tomber son lest et stoppait sa course au plus vite pour retourner le récupérer à terre. Pour lui la course était perdue. Satan bondit à l’appel et se rapprocha de Sangar qui montrait les dents. Les muscles des deux chevaux vibraient à chaque foulée. L'étalon noir reprenait du terrain et Mystiruis serrait les dents, meurtrie par d'innombrables projectiles qui la percutaient de plein fouet. Elle baissa la tête et ne remarqua pas la foule qui apparaissait sur les côtés et criait son excitation. La distance diminuait lentement, bien trop lentement. Sur les côtés de la piste quelques cavaliers essayèrent de suivre mais leur chevaux, bien que frais, ne purent se maintenir à leur hauteur. Bientôt ils arrivèrent au niveau des remparts et allaient tourner sous la barbacane. Elle allait perdre et rageait de voir l'alezan puissant qui ne cédait rien et retrouvait un terrain dur qui lui était favorable. Elle regrettait d'avoir entraîné son Shah dans cette bravade un peu puérile... et rageait intérieurement d'offrir la victoire à ce prétendant trop imbu de lui-même mais, elle le reconnaissait, admirable cavalier.

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Message  Endherion le Dim 16 Aoû - 23:26

Elle distinguait à peine les robes de couleurs des femmes, elle ne distinguait pas son Shah dans la foule. Quelle andouille de s'être crue plus forte que tout le monde. Par sa faute elle risquait de perdre Satan, et non seulement lui mais encore neuf autres chevaux qui servaient prélevés dans les écuries. Sainte Lumière... elle était bien punie. Elle se rappela les paroles de son homme, lui qui avait tant bataillé pour qu'elle ne se risque pas : "un grand destrier". Trop grand pour son pauvre Satan qui, bien que de belle taille pour un cheval des collines, n'avait pas l'allonge incroyable de son concurrent, ce destrier impressionnant. Les foulées étaient devenus si rapides qu'on distinguait à peine les sabots des deux montures lancées à toute vitesse ! Ce destrier gigantesque était… un destrier ! Mais alors… si vraiment tel était le cas, alors le virage serré à gauche serait idéal ! D'un mouvement de hanches, elle changea de pied à l'avance sans rien céder de sa vitesse et laissa Satan se hisser de son mieux à la gauche de son concurrent. Le moment était venu !

Elle donna encore une légère claque de la main ouverte et Satan allongea encore sa foulée. Désormais botte à botte, aucun des deux cavaliers ne voulait montrer le moindre signe défaillance. Elle était si proche de l’encolure, que son corps était enveloppé dans la longue crinière et se semblait faire qu'un avec son diable noir dont elle tâchait d'encourager encore et encore, de se faire légère, d'épouser chaque mouvement du poids de son corps. Elle renouvela son appel et sentit entre ses cuisses les muscles au travail. Sangar tenta de mordre, occasionnant un écart du fier étalon noir qui fit un léger écart. Elle ne laisserait pas la corde, quand bien même il essayait de la presser au point que leurs pieds se heurtaient. Ce n'est qu'à moins de quatre foulées du virage qu'elle se redressa brutalement pour basculer son poids en arrière et faciliter le virage. Le lourd alezan, peu habile à galoper à gauche, n'eut d'autre choix que de lui céder le passage sous la barbacane pour éviter de glisser sur les pavés en croisant trop les jambes. Aux portes de l'Alhambra, sous le soleil brûlant, à quelques longueurs à peine de l'arrivée, ils se détachèrent l’un de l’autre. Mystiruis traversa dans un bruit de tonnerre le passage ombragé et émergea la première à la lumière de la cour. Elle ne se retourna, les yeux noyés de larmes et le visage recouvert d'un masque de poussière que pour remarquer le geste aussi élégant que loyal, du cavalier adverses qui levait la main en reconnaissance de son talent de cavalière. Satan, écumant, franchit la ligne en vainqueur.


*** FIN ***

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