L'ennemi, c'est les autres

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L'ennemi, c'est les autres

Message  Laena le Dim 06 Sep 2009, 13:28

Laena

Laena était morte. Elle aurait pensé qu’une fois de l’autre côté, la souffrance s’arrêterait. Peut-être était-ce réservé aux êtres vertueux, qui avaient mérité une place dans la Lumière ; ce n’était pas son cas.
Elle avait l’impression d’être allongée sur le dos d’un animal. Il ne bougeait pas, mais elle sentait son odeur. Une odeur de fauve, forte et légèrement désagréable. Elle ouvrit les yeux et ne vit… rien. Juste une lumière crue qui l’éblouit et la força à refermer ses paupières.
Son corps tout entier lui faisait mal. Elle tenta de soulever une main, mais ce ne fut que pour ressentir davantage de douleur. Elle avait peur : elle savait ne pas avoir été à la hauteur, mais passer l’éternité à souffrir dans le noir ? Elle se mit à pleurer ; même ça lui faisait mal.

Elle sentit quelque chose bouger à proximité. Un démon ? En tout cas, son attaque ne se fit pas attendre, un tentacule flasque (ou une antenne ? ou une griffe ?) s’immisça entre les dents. Laena sentit couler dans sa gorge un liquide visqueux, qui avait la consistance du sang. Elle voulut le repousser, ou au moins éloigner sa tête, mais ne parvenait pas à bouger. Elle sombra dans l’inconscience.


5ème jour
Elle avait repris conscience plusieurs fois. Et à chaque fois qu’elle ouvrait les yeux, les environs étaient plus nets. Une pièce dont les murs étaient décorés de peau d’animaux, une table couverte de fioles et d’instruments à l’aspect inquiétant, une lanterne partiellement couverte qui diffusait une lueur diffuse. Pas vraiment l’idée qu’elle s’était faite de l’après-vie.
« Dumal debooba, wech ? »
Une créature entra dans la pièce. Un troll, le visage bestial déformé par un rictus malsain.
« Ne fuego echubatu Volhamy, o ibum jatta. »
La mâchoire de Laena lui faisait encore trop mal pour qu’elle puisse parler… ou appeler à l’aide. Elle était impuissante, à la merci de la bête. Elle ne pouvait non plus relever la tête pour surveiller le troll, penché à présent sur son corps. Le monstre dut le sentir, car il se mit à charcuter vicieusement sa jambe gauche. Les gémissements plaintifs de la prêtresse ne firent qu’encourager le troll à poursuivre son travail macabre, et rapidement elle sentit le liquide chaud couler sur sa peau. Les larmes… encore.
Ce qui semblait être de l’eau fut versé entre ses lèvres. Une bonne partie coulait à côté, mais la soif était trop forte pour s’interroger sur le vrai contenu. La créature disparut.


19ème jour
Elle n’était pas en enfer, mais la situation n’était pas plus reluisante. En vie… et aux mains des ennemis de son Ordre, de l’Alliance et de la civilisation. Ils la maintenaient de toute évidence en vie pour… pour quoi exactement ? Elle n’avait connaissance d’aucun secret militaire, d’aucun projet secret de son Primat, et elle doutait de sa valeur comme monnaie d’échange.
Pourtant, le troll devait avoir besoin d’elle pour quelque chose. Quand enfin elle fut capable de se redresser, elle put constater avec dépit son état : son corps était couvert de bandages, et dégageait une odeur âcre de plantes broyées. Elle avait tenté d’ôter l’une des bandes, ce qu’elle vit était moche. Les blessures étaient trop importantes et trop anciennes pour qu’un soin magique suffise, et le troll avait déjà usé de sa magie primitive pour accélérer sa guérison naturelle. Elle devait l’avouer, il était doué, mais il lui faisait peur. Il repassait chaque jour, il palpait ses blessures, il la nourrissait, sans jamais se départir de son rictus. Il semblait attendre son heure, attendre qu’elle se rétablisse assez pour être interrogée.


23ème jour
« Shu'halo ishha'ro lakotanka pawne »
Le tauren avait un corps immense et solidement bâti, et de toute évidence une force suffisante pour faire exploser le crâne de Laena d’un seul coup de poing. Il se dressait dans la cellule, dans une attitude menaçante. A ses côtés se tenait le troll, les yeux fixés sur elle, avec son éternel sourire moqueur.
« Je… je ne vous comprends pas. Je m’appelle Laena Æswynd, dites moi ce que… dites moi pourquoi vous… Vous comptez me tuer ?
- An'she echerybru sahte waka ! »

Le tauren pointa le doigt dans sa direction, frappa verticalement sa paume gauche de son poing droit, puis mima ce qui semblait être une bataille. Les yeux rouges de rage contenue, il enchaîna des gestes représentant violence, combat, et autres signes indéchiffrables.
Laena se recroquevilla contre le mur, tremblante de peur. Elle savait qu’elle aurait du lui tenir tête, fixer la bête dans les yeux et montrer sa détermination, mais la théorie s’effritait en situation réelle. Elle n’était après tout qu’une ex-prêtresse, lâche et craintive, bredouillante, seule et blessée. Une bien piètre représentante de la race humaine et de son Ordre.
« Je vous en supplie, trouvez au moins quelqu’un qui… qui parle ma langue. Je ne… Je ne sais pas ce que vous voulez. Je ne suis qu’une… » Laena s’arrêta. Elle avait failli répondre prêtresse, par réflexe. « … une de vos ennemis, c’est sans doute ce que vous pensez, n’est ce pas ? »
Le tauren lui lança un regard mauvais. Au moins, la réponse à sa question était claire. Voilà deux ans qu’elle avait rejoint les rangs de l’Ordre, deux ans qu’elle menait bataille après bataille pour ce qui était juste. Deux ans qui avaient rendus Laena méconnaissable pour certains… et méprisable pour d’autre. La Mortelle Onction avait été comme une bouée de sauvetage, une cause à laquelle s’accrocher avant de sombrer. Mais une femme comme elle ne pouvait espérer une vie longue dans un tel climat.
« Tau ! Parahjo arikache !
- Je vous répète que… JE NE COMPRENDS PAS ! »

Elle regretta immédiatement son éclat de voix. Ses deux geôliers se turent subitement et la regardèrent, surpris. « Mojaka raje’mani » 300 kilos de muscle se jetèrent sur son corps aux os déjà fragilisés, et elle ne dut qu'à l'intervention surprise du troll pour ne pas être frappée. Laena ferma les yeux, alors que ses deux ennemis s'invectivaient.
Une porte claqua. A priori, elle avait gagné quelques heures de répit. Laena était à nouveau seule.


43ème jour
Dès qu’elle commença à tenir sur ses deux jambes, ils la transférèrent dans une nouvelle cellule, encore plus exiguë et garnie de solides barreaux de fer. Ils avaient stoppé leurs tentatives pour communiquer avec elle, se contentant de lui apporter chaque jour un bol de gruau et un peu de viande.
Ils venaient toujours à deux pour lui apporter sa nourriture. Au temps pour son plan d’évasion, elle peinait déjà à utiliser les sorts de contrôle, alors avec deux esprits… Elle n'avait jamais été douée avec l’Ombre de toute façon, par un choix qui lui avait semblé noble autrefois, mais qu'elle regrettait amèrement aujourd'hui.

Loisir et occupation se faisaient rares dans sa cage. Elle avait voulu se réfugier dans la prière, mais les cantiques les plus glorieux sonnaient faux quand on savait que la mort était derrière sa porte. Elle se forçait à quelques exercices de rééducation pour réhabituer son corps au mouvement, stoppant dès que ses blessures la faisaient trop souffrir. Au-delà de cela, elle ne pouvait que se réfugier dans ses pensées : ses parents, ses frères, sa formation de prêtresse, son départ en aventure, ses amis disparus, ses premiers amours, sa dépression, la trahison, son départ de l’Eglise,... Toute sa vie, elle avait servi la Lumière. Et pour ne pas perdre pied, elle s'était raccrochée à la seule chose qu'elle connaissait, aux seuls qui l'acceptaient encore.

Elle s'était opposée à leur décision au début, s'attirant l'ire d'Esseth, la consule de l'époque. Mais d'inacceptables, ces choix devinrent un mal nécessaire. De mal nécessaire, une conséquence mineure. De mineure, leurs batailles devinrent à ses yeux un bien pour l'humanité. Puis, une nécessité. Les membres de l'Ordre devinrent ses seuls amis, alors que les anciens s'éloignaient d'elle. Ou plutôt, qu'elle s'éloignait d'eux. Avait-elle fait une erreur ? Peut-être, mais sans doute ne le saurait-elle jamais. Elle allait mourir aux mains de le Horde, et le passé resterait regret.


52ème jour
« Ogar mog ! »
Laena esquiva de justesse le projectile. Celui-ci éclata sur le mur de la cellule, répandant une odeur d'excrément sur sa couche. Ils n'étaient encore jamais été aussi loin; ils n'étaient que deux, des membres assez jeunes de leur race, mais c'était la première fois qu'ils entraient dans la battisse.
« KAGH ! ». Laena sursauta alors que le premier orc frappa violemment sur les barreaux de sa prison. La porte tenait bon, heureusement pour elle. L'orc crachait, la menaçait de son bâton, mais dut bien vite abandonner. La clé était toujours entre les mains de son soigneur troll, mais celui-ci n'avait pas donné signe de vie depuis plusieurs jours. S'il avait péri, si le grand tauren était devenu le nouveau maître des lieux, elle ne... Laena soupira, troll, orc ou tauren, tous finiraient par l'exécuter de toute façon. Restait à espérer une mort pas trop douloureuse.


57ème jour, 17h13
Elle poussa. La porte s'ouvrit. Laena la referma aussitôt: pas tout de suite, pas alors qu'il faisait jour ! C'était impossible, elle rêvait, ou ils lui tendaient un piège. Certes, le tauren avait eu cette expression bizarre sur le visage, mais cela ne pouvait suffire à justifier une telle erreur !


57ème jour, 23h07
Laena courait d'ombre en ombre. Son coeur battait la chamade, ses mains étaient moites, elle s'imaginait à chaque pas les cris d'alerte, les gardes accourant vers elle, et l'épée qui s'enfonçait dans son vendre. Elle se jura que, si elle en réchappait, elle supplierait Amhras et Cymbelîne de lui donner une formation. Si déjà elle restait en vie une minute de plus...
La voix d'une femme. Laena se propulsa derrière une tente, manquant de peu de hurler. Rester calme, respirer un grand coup, arrêter de paniquer... et regarder où l'on marche ! Elle était... dehors ?
Sous la lumière d'une lune naissante, la neige à perte de vue. Pas une seule construction, qu'elle soit ennemie ou alliée. Elle était seule, sa bure arrêtait mal le souffle glacé du vent, sa tête lui faisait encore mal, mais elle était libre. Il lui restait bien sur à éviter de tomber sur des patrouilles, des monstres affamés ou des morts-vivants errants la nuit, mais elle était confiante: sa bienfaitrice était dans son coeur, elle l'avait sorti de l'enfer, la Lumière la ramenait chez elle.

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Message  Laena le Dim 06 Sep 2009, 13:28

Tamok

J-23
« Encore des nains ! C’est pas vrai, même en fer ils sont aussi collants que les vrais ! »
Maniant des deux mains son imposante masse, Tamok exécuta un puissant balayage droite-gauche. Le coup percuta le crâne du premier nabot, faisant voler des morceaux de cervelle métallique. Cela ne suffit pas à arrêter le mouvement de la masse, qui continua sa course en emmenant le corps brisé et l’envoya percuter le second adversaire, stoppé en pleine charge.
Le guerrier tauren se mit à la recherche des adversaires suivants, mais ses alliés s’en occupaient déjà. Un groupe de six nains étaient cloués au sol par la foudre et le feu magiques qui leur tombaient dessus, d’autres tentaient de fuir avec une jambe ou une tête en moins. Même les soigneurs de la troupe avaient sorti le panel de sortilèges d’attaque pour ne pas se tourner les pouces. Et comme à chaque fois que la situation était sous contrôle… « Alisza, aide-nous au lieu de commencer à piller les corps ! »

L’elfe de sang fit un geste grossier en direction du tauren. « Lâche-moi un peu. Vous vous débrouillez très bien sans moi ; en plus je nous fais gagner du temps, je suis pressée de rentrer au chaud. Bon alors, du fric, un vieux bracelet moisi, et…. Oooooooh, juste quand on comptait partir, on touche le gros lot ! »
A ces mots, tous les yeux se tournèrent vers la voleuse. Faisant preuve de plus de force que ses membres délicats laissaient supposer, elle déblayait un amas de lourdes pierres aux formes étranges.
« Un cadavre. Trop frais et pas assez décomposé pour être un réprouvé…
- Espèce de…, grogna Hryx
-… alors ça doit être une humaine. Une allianceuse en moins, c’est toujours ça. Pour le butin, sortez les dés, c’est la fête aux prêtres : un bâton de soin, manifestez-vous les intéressés. J’ai aussi un capuchon en tissu, on avait convenu que le prochain serait pour Dhaziel je crois ? Et une robe, déjà enchantée et sertie, mais couverte de sang. Il faut juste que j’arrive à eeEEERKKK ! »

La voleuse bondit en arrière, les dagues dégainées avant même que ses pieds n’atteignent le sol.
« C’est pas possible, c’est encore vivant ? »
Une épaisse croûte de sang séché recouvrait le haut du crâne et une bonne partie du visage de l’humaine. Ses membres brisés formaient des angles impossibles, et son tibia saillait de la jambe gauche. La peau qui n’était pas recouverte de sang était d’une pâleur cadavérique (NdHryx : « et alors ? Moi aussi et pourtant je pête la forme ! »). Et malgré cela, un mouvement difficilement perceptible au niveau du torse indiquait qu’elle respirait encore…

« Bon, ce n’est pas grave. Je l’égorge rapidement et on…
- Alisza, lâche cette dague !
- Euh… Chef, c’est le mieux pour elle aussi, hein ? Au point où elle en est, avec aucun allianceux dans les environs pour l’aider, autant l’achever.
- Ecoute le chef ! Moi j’dis, on la laisse où elle est, pas vu pas pris.
- Et l’butin, man ? Je pw’end’ai bien les bottes pou’ moi, elles n’ont pas l’ai’ dégueux.
- Sérieux, vous vous entendez parler les mecs ? De vrais vautours. On l’enterre au moins.
- Encore vivante ? T’es pire que Hryx toi. Je la trouvais bonne l’idée de notre elfette, elle doit souffrir alors autant l’achever.
- Ca aurait été une troupe d’allianceux trouvant l’un des nôtres, ils n’auraient pas fait preuve d’autant de compassion. Et si on essayait de…
- VOS GUEULES ! »

Le mugissement de Tamok fit écho dans la large caverne, alors que ses troupes se tournaient vers lui. Certains arborait un air contrit, d’autre une moue irrité, mais aucun ne se risqua à briser le silence que venait d’ordonner leur chef
« OUI, à sa place certains allianceux nous aurait laissé pourrir. Ca ne fait aucun doute. Mais bon sang, c’est bien là qu’est la différence entre eux et nous ! Je ne sais pas qui est cette humaine, et pour parler franchement je m’en fous. Mais si on l’a trouvé là, c’est qu’elle fait partie de la minorité de l’autre camp qui a compris qu’il y a des menaces où il faut se serrer les coudes, Arthas et les titans en tête. Faites un brancard, on la ramène chez nous. C’est un ordre ! »


J-21
Le démoniste ouvrit violemment la porte, le visage déformé par la colère, et jeta un bout de tissu au pied de son chef
« Hryx, donne-moi une bonne raison de ne pas t’expulser par la fenêtre dans les 10 secondes à venir. Ca tombe bien, je suis avec le doc’, il pourra recoller les morceaux plus tard
- Regarde ce qu’on a trouvé dans son sac au lieu de faire le mariole !
- Tu as trouvé du tissu, et alors ? Tu parles du sac de notre invitée ?
- Comme j’vous disais chef, la télépow’ter ou la mett’e sur une wyve’n est pas possible. Elle est toute cassée, j’sais même pas comment on l’a rwamené sans que…
- La ferme, troll. Elle est dangereuse ! Il faut la tuer dès maintenant !
- Il semble évident qu’une femelle quasi-morte, désarmée et seule au milieu de notre campement, est une terrible menace pour ce village. »

Tamok venait d’énerver encore plus le démoniste. Un des petits plaisirs de sa position. Il ramassa malgré tout la pièce de statut au sol, et entreprit de la déplier. C’était une sorte de tabard, aux dimensions d’une race plus petite. Presque entièrement de couleur orange, il n’avait pour seule décoration qu’un chevron doré en son centre. Tamok fronça les sourcils ; il connaissait ce symbole.
« Comment s’appellent ces fanatiques déjà…
- La Mortelle Onction ! Elle en fait visiblement partie. Laisse-moi capturer son âme, je te jure que je l’utilise pour faire notre prochain puits. Qu’elle brûle en enfer en sachant que son âme corrompu a servi à soigner des combattants de la Horde
- Non.
- Mais enfin ! Tu n’as pas entendu tout ce que j…
- J’ai dit non. Docteur, j’ai du courrier à envoyer, alors je te la confie. Mais dès qu’on peut la déplacer, fais-moi signe.
- Ca peut pw’end’e du temps, chef… »



J
« Elle s’est rw’eveillée. »
Le prêtre troll n’était pas mécontent de lui. L’humaine était dans un état pire que critique à son arrivée, et pourtant il avait réussi à la sauver. Un mélange de magie curative, de médicaments conventionnels et d’un brin de chirurgie avait fait des merveilles. Bon, elle n’avait fait que gémir, mais déjà elle était consciente.
« On peut lui parler ?
- Euh… Non chef, peut êt’e demain. Je l’ai dw’oguée pour qu’elle se rendo’me, elle chouinait tw’op.
- OK, merci mon ami. Et navré de t’imposer ça
- Pas g’ave chef. En plus, vu son baw’da, c’est une collègue. Alo’ je la chouchoute. »



J+5
« T’as bien do’mi, sis’ ? »
L’humaine avait fini par reprendre conscience. Vu le regard qu’elle lui jetait, elle ne devait pas encore être lucide, mais Volhamy savait comment traiter ce genre de cas : avec de la patience, et en leur adressant un large sourire.
« J’suis le docteu’ Volhamy, j’suis un pw’être comme toi, et t’es en sécu’ité pou’ l’instant. Le chef pa’lewa avec toi quand t’iras mieux, faut te rw’eposer encore. »
Sourire, toujours sourire, ça apaise les patients. Ce n’était pas sur que ça marche aussi bien avec les humains, mais il n’y avait pas de raison.
« Faut que j’te change les bandes su’ ta jambe, t’es douillette ? Ca rw’isque de fai’e mal, mais sinon ça va s’infecter. J’fais vite, attention… »
D’une main experte, Volhamy souleva la jambe en lambeaux et défit le bandage. L’humaine poussa un long gémissement de douleur, pas étonnant vu l’état de la blessure. Il appliqua rapidement une bonne couche d’onguent, tout en laissant sa magie curative imprégner ses mains.
« Fini, sis’. Faut plus pleu’er, tiens bois un coup. Doucement, voilà. Et maintenant, tu do’s, j’rw’eviens demain. »


J+22
« Ca commence à jaser dans le village, ça te va comme rapport ? Bientôt deux mois qu’elle est logée et nourrie à l’œil, alors que beaucoup y voient une ennemie.
- Inutile de préciser qui leur a mis cette idée dans la tête. Un jour, je regretterai de ne pas avoir viré ce démoniste à coup de sabot. »

Le tauren soupira, et ses yeux partirent dans le vague. Alisza connaissait cette expression, quand le guerrier se faisait rêveur, son cerveau fonctionnait à plein régime, cherchant la solution qui serait la plus profitable à son groupe.
« J’ai essayé de communiquer avec elle en lui mimant ce qu’il lui était arrivé, la chute, les nains, le sauvetage, mais sans succès. On a juste eu le droit à des gémissements et des larmes.
- Mouais, je vois le genre. Ca fait la fière et ça menace quand elle est en groupe, et ça se ratatine dès qu’elle n’est plus en supériorité numérique.
- Pas sur. Elle a beau être avec un groupe de tarés, son équipement la désigne comme guérisseuse, pas comme assassin. Il n’empêche, être trop fanatique pour se rendre compte qu’on l’a sauvé, c’est… pathétique. »

Alisza répondit d’un haussement d’épaules. « Je m’en fous en fait. Mais, et maintenant ?
- On suit les consignes. On la met en lieu sur, et quand elle pourra tenir sur ses deux pieds, quelqu’un viendra la chercher pour le jugement. »



J+57
La guilde évoluait vite et bien. L’exploration de la cité des Pics Foudroyés occupait la majeure partie de leur temps, mais il y avait fort à faire : voilà plusieurs mois que la Horde (et accessoirement l’Alliance) lançait ses attaques contre Ulduar, par l’intermédiaire des nombreux aventuriers que comptait ce monde. Malgré cela, à peine 20% de la cité avait été foulé. Les récits sur leurs plus grands héros parlaient de rencontres avec des créatures informes manipulant les esprits, ou de géants de lumière imposant leur volonté aux étoiles elles-mêmes.
Tamok savait que ces défis étaient hors de portée de ses compagnons. Pour l’heure, il concentrait ses efforts dans un quartier au nord-ouest de la cité, encore relativement vierge de pillage. Certains lui reprochaient de faire preuve de trop de prudence, mais il pouvait se vanter de n’avoir perdu aucun ami au combat. Pourtant, ce n’était pas les affrontements qui manquaient : un gnome mécanique géant leur avait donné du fil à retordre dans l’après-midi. Il n’était pas étonnant que, pour construire ces aberrations technologiques, leur géniteur avait choisi la forme de ces êtres si pollueurs et si hostiles à l’équilibre naturel du monde.

Mais c’est de nouveau victorieux qu’ils revinrent au village. La bonne humeur du Tauren fut toutefois de courte durée…
« J’y suis pour rien ! J’ai beau penser que c’est une excellente idée, je ne fais pas des coups dans votre dos ! Et j’étais avec vous à Ulduar !
- Ce n’est pas toi qui saoule le village avec les soi-disantes menaces que représentent l’humaine ? Ca fait deux mois qu’on la remet sur pied, je me suis arrangé pour qu’elle ait un procès convenable, et un groupe d’excités veut la pendre !
- Pas la pendre, la brûler vive. Et alors ? Un procès finirait de la même façon : sa condamnation à mort.
- Tu l’as bien regardé ? Ce n’est pas une meneuse bon sang, on aurait une chance d’essayer de comprendre quel genre de folie habite on groupe de fanatiques. Tout ce que l’on gagnerait à la tuer, c’est d’en faire une martyre et leur donner une nouvelle raison pour attaquer !
- Qu’ils y viennent, ils vont tomber sur plus fort qu’eux.
- Contre nos guerriers, sûrement. Mais s’ils se vengent su’ des civils ? J’suis d’accord avec l’chef, ça commence à puer toute cette histoire.
- Bon écoutez, je vais voir ce qu’il en est. Ne faites rien tant que je n’ai pas pris de décision, on a suffisamment de problèmes comme ça… »



J+57, 23h07
L’elfe était immobile sur le toit. Deux heures qu’elle était en planque, et le froid n’arrangeait pas son humeur. Une heure de plus, et elle retournait sous sa chaude couette, et au diable les humains.
La porte s’ouvrit enfin. Une forme sortit en clopinant, et se dirigea vers le nord. Une amatrice : elle ne faisait rien pour effacer ses traces de pas dans la neige, elle semblait faire exprès de passer sous toutes les sources de lumière qu’elle trouvait, et elle se déplaçait comme une mauvaise actrice de théâtre imitant ce qu’elle imaginait être la posture d’un assassin. Au moins, elle ne faisait pas trop de bruits, c’était déjà ça...
Sauf que cette conne fonçait droit vers un groupe de noctambules ! Alisza bondit. En cinq sauts rapides, elle était passée de toit en toit et atterrit sur la trajectoire des noctambules.
« Pas encore couchés les garçons ? Il ne vous resterait pas une bouteille à partager ? »
Le sourire de la voleuse se fit crispé. Elle espérait maintenant avoir crié suffisamment fort pour avoir alerté sa proie. Ce qui n’était d’ailleurs même pas une proie, vu qu’elle jouait les anges gardiens. La situation était ubuesque.

Elle tendit l’oreille. Le rythme des pas se modifia, et le bruit s’éloigna. Une première menace évité, cela ne devrait pas être la dernière. Mais déjà, il lui restait à régler un problème plus gênant : deux orcs abasourdis regardaient, avec un grand sourire aux oreilles, les formes d’une jeune elfe amatrice de compagnie masculine et de bière.


J+73
Des armes de rechange, quelques dizaines de fioles, assez de nourritures pour se faire un festin... Tout semblait en ordre, pour s’enfoncer aussi loin que jamais dans les ruelles d’Ulduar. Tout le monde était impatient d’en découdre, on racontait même qu’une créature à tête de poulpe aurait été aperçue dans leur secteur.

Et l’humaine ? Tamok n’eut plus jamais de nouvelles. Il avait pris une décision sur l'instant, mais était-ce la bonne ? L'humaine était-elle parvenue à rentrer chez elle ? Avait-elle appris de ses sauveteurs ? Avaient-ils réussi à la changer, à réduire sa folie ? Il ne le sut jamais.

La Mortelle Onction, elle, continua à faire parler d’elle…

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