Mandior

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Mandior

Message  Mandior le Mar 08 Sep 2009, 18:37

Qui suis-je ? C’est une question justifiable et, avouons-le, tout à fait justifiée, dans le cas présent, d’autant que j’aurais moi-même du mal à vous répondre avec certitude. Je vais néanmoins tenter de le faire.

Je suis Mandior, Chevalier de la Lame d’Ebène ; il n’y a pas si longtemps, j’étais un Sbire du Roi-Liche, ramené dans le monde des vivants par ses soins et pour le servir. Par servir, vous pouvez entendre massacrer ses ennemis sans broncher, protester ou même hésiter. Et c’est ce que j’ai fait ; sur ma lame et mes mains repose le sang de nombreux humains : certains étaient innocents, d’autres probablement moins. Qu’importe, l’acte demeure. Le plus troublant, dans cette histoire, c’est que, quoiqu’embrumé par la servitude à laquelle était soumise mon esprit, je me souviens de chaque détail de ce passage de ma vie qu’à l’évidence, j’eus préféré effacer. En sus d’être à mon esprit aussi évident que ce que j’ai fait à l’instant — en l’occurrence, commander une bière, ce qui explique que ma langue se délie si facilement — j’ai beau revenir sur ces délicates réminiscences, je ne me souviens pas d’avoir eu le moindre sentiment et, encore aujourd’hui, je ne ressens rien à ce propos. Ne vous y trompez pas, je regrette évidemment ces actes et si c’était possible, reviendrais sans hésiter dessus ; cela est impossible. Ce que je veux dire, c’est que les visages des morts dont ma mémoire est envahie ne m’évoquent que du regret. J’ai cherché en moi de plus profondes émotions, en vain. Je suppose que le voyage dont je reviens, étant passé entre les griffes de la Mort et sous la coupe de celui qui la défie sans crainte, ce voyage ne peut s’achever sans un prix à payer. Voila, vous savez ce que je suis : un guerrier fourbu qui ne sait comment se placer. Certes je regrette mais suis-je responsable d’actes que je ne pouvais maîtriser, n’étant pas moi-même ? Est-ce moi qui les ai commis ? Je suppose que c’est ainsi qu’il faut considérer la chose.

Je devine dans vos yeux la question qui s’ensuit : qui étais-je ? Ne niez pas, j’ai beau être las, je ne suis ni fou, ni stupide. Laissez-moi le temps de reprendre une bière, je n’ai plus l’habitude de parler. C’est donc une autre question intéressante à laquelle il n’est pas spécialement plus aisé de répondre. Je ne peux qu’amèrement constater que les souvenirs de ce que fut ma vie sont comme noyés dans les eaux sombres d’un lac dont on croit parfois percevoir le fond avant de réaliser qu’il ne s’agit que d’une impression tragiquement trompeuse. Aussi enfumés par ma mort que mes crimes sont clairs à mon esprit. Diablement ironique, ne trouvez-vous pas ? J’ai effectué quelques recherches et les ayant confrontées aux bribes de souvenirs dont je dispose, je vais vous dire ce que je sais avec certitude et ce que je soupçonne. Mon vrai nom n’a que peu d’importance, il semblerait qu’à la fin de ma vie, je me faisais déjà surnommer « Mandior ».

Je ne peux affirmer avec exactitude mon lieu ou l’année de ma naissance. Il est fort probable que je sois originaire de Baie-du-Butin ou du moins de cette région. Je n’ai pas le moindre souvenir de mes parents aussi vais-je devoir abréger l’histoire de mon enfance. Etant donné que je devais avoir approximativement quarante ans lors de l’invasion du Fléau, il est probable que je sois né une vingtaine d’années avant que ne se déclenche la Première Guerre contre les Orcs et, par conséquent, que j’ai combattu lors de celle-ci. De quoi fut faite ma jeunesse ? Le manque de souvenirs précis me force à spéculer mais il est probable que je fus membre, sinon d’une compagnie de mercenaires, d’un quelconque équipage de pirates. Ne prenez pas cet air horrifié, tout le monde n’a pas la chance de naître dans les quartiers aisés de Hurlevent. La première trace écrite que j’ai trouvé concernant mon existence — sous la forme des bribes d’un journal que je tenais vraisemblablement — indiquent que j’ai pris part aux premiers affrontements contre les Orcs. Je déduis de cela plusieurs choses : que je me suis rangé d’un bord plus honorable et que, au cours de la vie que je menais auparavant, qu’elle quelle fut, j’appris à écrire et j’eus une éducation à peu près correcte — j’en veux pour preuve que, de manière assez naturelle, je tiens un discours bien plus fourni qu’un quelconque quidam : c’est pourquoi la thèse du mercenariat me semble plus satisfaisante que celle de la piraterie. Le journal étant quasi-intégralement détruit, je n’ai qu’une poignée de détails sur ce qui m’arriva ; la seule chose dont je suis certaine, c’est qu’après la Seconde Guerre, je me retrouvais de nouveau en marge. Pourquoi ? On ne le saura sans doute jamais, à moins que ma mémoire daigne cesser de se jouer de moi. Il n’y a plus guère pour la décennie qui suit qu’une demi-douzaine de pages, généralement pauvres en informations. Ayant migré vers le nord, je fus semble-t-il mercenaire puis bandit de grand chemin, entre autres. La dernière page mentionne la mort de Terenas — j’étais semble-t-il au sud de Lordaeron, à ce moment-là. Mon décès semble remonter à cette période, sans plus de précision possible. Oui, je sais, j’en parle de manière un peu froide mais je m’y suis fait et je ne compte pas me lamenter sur mon sort éternellement.

Evidemment, cette discussion ne peut se clore sans que vous me demandiez ce que je compte faire et je vois le soupçon dans vos yeux ; sachant mes antécédents, loin d’être héroïques, vais-je reprendre mes anciennes activités — dont, je vous le rappelle, je n’ai guère de souvenirs et qui me préoccupent bien moins que celles que j’exerçais il y a peu sans pouvoir réagir. Pour être franc, je n’en sais rien. Ne nous voilons pas la face, ma nature et celle des actes qui me sont attribués — à juste titre ou non, c’est une question que je ne parviens à résoudre — me donne bien peu de prestige auprès de la majeure partie des gens, aussi vais-je aller où mes pas me mènent. Quant à ce qu’il adviendra de moi et bien… seul l’avenir nous le dira.

Veuillez m’excuser mais mon gosier étant désespérément encrassé, je me vois forcer de vous abandonner au profit d’une nouvelle pinte. Peut-être nous recroiserons-nous, vous fûtes d’agréable compagnie et c’est chose rare, dit-on, par les temps qui courent.

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