Dague émoussée et laine rouge

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Dague émoussée et laine rouge

Message  Thadius le Ven 21 Mai 2010, 10:47

J’ai chaud, la tête me tourne, et mes paumes me démangent, tous les ingrédients réunis pour une catastrophe dans les règles de l’art. Les signes qui me préviennent que je risque d’y rester dans les secondes qui vont suivre. Certains diront que ce ne sont que les superstitions d’un idiot, mais je dois ma peau à ces craintes, à ces petits rituels sans queue ni tête, à eux et ma paranoïa sans doute. Je n’ai jamais fait confiance à personne, jamais, j’en suis incapable. On ne peut pas savoir ce que les gens décideront, et pour peu qu’un jour ils choisissent de vous planter une dague entre les omoplates, mieux vaut ne pas leur en laisser l’occasion, non ?

Ce n’est pas un de ces débuts de soirée chaud et bercé par un soleil couchant orangé, ni une nuit orageuse digne des mille apocalypses qui auraient du détruire Azeroth sans l’intervention héroïque de trois blondinets en armure dorée, simplement un après-midi comme tous les autres dans la Marche de l’Ouest, un banal ciel bleu marqué par quelques nuages épars. Malgré cette normalité, je sais que quelque chose cloche, mes hommes aussi d’ailleurs. Jim et Marcus, deux solides gaillards dans la fleur de l’âge comme diraient certains, des tas de muscles demeurés pour moi. L’univers du premier se limite à ses poings et au prochain visage sur lequel il les abattra, tandis que le second est persuadé que Strangleronce est un fruit rouge en forme de patate. Ils ont leur utilité pour récolter le butin du racket fait aux fermiers alentours ou cogner quelques têtes, le reste du temps, ils se contentent de me taper sur les nerfs avec leurs grands débats sur celui qui pisse le plus loin. Et pourtant, aujourd’hui, je ne me séparerais d’eux pour tout l’or des mines de Dun Morogh.

Depuis deux semaines, la nouvelle s’était répandue comme une traînée de poudre au sein de la Confrérie, Van Cleef était mort, et le projet Mortemines était parti en fumée avec lui, d’un claquement de doigts, à cause de quelques gêneurs trop chanceux. C’est un joyeux bordel à présent, les chefs influents s’entretuent pour savoir qui lui succèdera, et d’autres comptent bien profiter de la situation pour régler leurs vieux comptes.

J’ai installé ma planque au Sud de la région, au fond d’une petite gorge, de façon à voir arriver de loin tout fouineur assez idiot pour approcher de trop près, et lui réserver un bon accueil. Le reste de ma bande, en tout et pour tout huit hommes, est dispersé à plusieurs lieues d’ici, bien trop loin pour arriver à temps et éviter le massacre.

Les « envahisseurs » n’ont même pas pris la peine d’approcher en silence, ils paradent presque. La bande du Coutelas Dentelé au grand complet, reconnaissable au tatouage en forme de couteau qu’ils portent au dessus de l’arcade gauche, avec à leur tête Wyatt Stolston, la pire pourriture jamais déféquée sur cette terre. Mon groupe et celui de Stolston n’ont jamais pu se voir, d’une part pour des raisons de territoire, nos domaines sont côte à côte et les frictions sont courantes, et, d’autre part, parce que je n’ai jamais pu supporter ce petit crétin prétentieux qui ne pense qu’à se remplir les poches. Même pas un vrai Défias, juste un arriviste borné prêt à tout, même à s’en prendre à d’autres membres de la Confrérie, en l’occurrence : moi. Il laisse ses gars passer devant, stupide mais pas fou, encore trente secondes avant qu’ils n’atteignent le sentier qui serpentent vers les reliefs et commencent l’ascension jusqu’au repaire, au total, moins de deux minutes avant le premier sang.

Je resserre le masque en laine rouge autour de mon visage, si ces fils de porc me veulent, ils devront en baver, et pas qu’un peu ! Marcus arme déjà sa vieille arbalète échangée à un gnoll contre un sac d’os de poulets, le bois usé grince lorsqu’il arme un trait. Jim, lui, se tient en embuscade derrière un rocher, lames au clair, prêt à fondre sur le premier qui passera. Je dégaine mes propres armes, mon bon vieux couteau de lancer et une dague raccourcie par des années de limage, émoussés, usés jusqu’à l’os, je n’ai jamais voulu en changer, les habitudes, encore et toujours.

Stolston crie, sa voix nasillarde et hautaine se répercute dans tout le défilé.

-« Sors de ton trou Thadius, tu n’as aucune chance et tu le sais ! Descends, et je te promets que tu ne souffriras pas ! »

Je serre les dents, le pire dans tout ça, c’est qu’il est persuadé que je vais obéir.

-« Viens me chercher, saloperie de chiure de kobold ! »

Même à cette distance, je peux voir son visage porcin s’empourprer alors qu’il ordonne l’assaut. Une vingtaine de Défias qui progressent aussi vite qu’ils le peuvent dans ma direction. Un bruit de ressort, Marcus vient de tirer, droit au but, un assaillant de moins. Ses doigts balourds peinent à réarmer l’engin, il tremble comme une feuille.

J’entends Jim crier, les tripes à l’air, il n’a même pas réussi à en avoir quelques uns avant de se faire écharper, il s’effondre, bredouille, supplie pour qu’on l’épargne, avant d’être égorgé comme un porcelet. Ils ne sont plus qu’à une quinzaine de mètres, ils jubilent déjà, des vautours qui se pressent autour d’un animal à l’agonie.

Je ne veux pas mourir, pas comme ça, je tourne les talons et court à toutes jambes jusqu’au fond de la gorge, la paroi n’y est pas trop abrupte, il est possible de l’escalader puis de filer vers le Sud par les montagnes. Marcus me suit du mieux qu’il peut, à bout de souffle, sa bedaine le gêne dans ses mouvements, il tire un dernier carreau vers nos poursuivants, les ratant de beaucoup.

La roche est poreuse ici, pleine de petites niches et prises possibles, mon épaule gauche me fait mal, encore et toujours mes articulations meurtries. Mes ongles se retournent pendant que je grimpe, mon comparse suit juste en dessous, et à peine trois mètres plus bas, Stolston et ses sbires nous talonnent de près.

-« Patron, ils nous rattrapent, qu’est ce qu’on fait ?! »

-« On improvise ! »

Je lui décoche un coup de pied monumental en pleine tempe, sonné, il lâche et chute sur les autres, les entraînant avec lui. J’entends des os craquer, il est mort, ou le sera bientôt. Un sacrifice pour que je survive, amplement le temps de disparaître, de me faire oublier quelques temps…

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