D'une vie à l'autre

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D'une vie à l'autre

Message  Jackham le Jeu 08 Juil 2010, 22:21

(Bonjour bonjour, ce texte sera très long et fait sur le long terme, j'ai pas encore tout écrit et ça viendra pas forcément à un rythme très rapide ! il s'agit pas d'un écrit dans un journal ni d'une narration de ma part, mais de Jackham qui raconte oralement son histoire. C'est donc un monologue, ce qui explique les apostrophes et autres abus de langages qui font parties du parler naturel de chacun. Les paragraphes sont là pour rendre la lecture plus agréable. Ce texte ne sera terminé que lorsqu'il y aura les guillemets fermés à la fin du post ! Bref, bonne lecture !)


« Tu sais... Ça n’a pas toujours été évident. Ça ne l’a été pour personne. Oh bien sûr il y a nombre de personnes qui n’ont surmonté que de maigres épreuves au cours de leurs vies, et le plus souvent avec de l’aide. D’autres ont tellement rampé qu’ils en sont morts trop tôt. Mais le point important dans ce que je te dis là, c’est que la vie n’épargne personne. Alors oui, je sais, les bien-pensants et autres culs-bénis de base démarreraient au quart de tour en me rouspétant que la vie est bonne, que c’est un cadeau de la Lumière, une chose merveilleuse ou que sais-je encore de si fantastique… Foutaises. La vie n’est rien qu’une chose comme une autre. Elle est excitante quand on en est l’auteur et que le ventre de sa tendre s’arrondit, elle est précieuse quand on se retrouve coincé sur sa corniche fragile devant le précipice funeste. On la maudit quand tout va mal, on en fait l’éloge quand tout va bien. LA vie… C’est ce qui pousse l’égoïsme à son paroxysme. On a jamais vu un être vivant plus vivant que quand il essaye de survivre. Qu’est-c’que c’est, SURvivre, sinon défier la mort ? Qu’est-c’que la mort sinon une étape de cette meerrveilleuuuse vie, pour ne pas dire sa conclusion ? Tous ces fanatiques de l’existence qui jurent sur la suprématie du destin. S’ils étaient honnêtes, soit ils laisseraient la mort les emporter, soit ils surviraient mais cesseraient leur discours ridicule.

Moi, le destin, j’ai toujours tout fait pour le fuir, l’éviter, le contourner. D’une certaine façon c’était grotesque, mais d’une autre… C’était la meilleure façon de me rendre compte que c’était vain, même si parfois fichtrement utile. On dit que le sage trouve mieux son compte à ne point affronter qu’à vaincre. C’est juste, mais seulement quand le sage a le choix. Quand le destin vient à toi, tu ne l’as pas, ce choix. Et tu dois affronter, quitte à perdre. Tu te relèves, et tu repars. Ou bien tu restes au sol et tu rampes jusqu’à râper ta chair jusqu’au cœur et mourir. Comme je t’ai dis, j’ai toujours tout fait pour le fuir. Je pourrais volontiers me voiler la face et me prendre pour le héros que je ne suis pas en disant que j’ai réussi et que même la volonté divine ne peut me saisir, mais je pourrais aussi voir la vérité es choses et accepter tout simplement que mon destin, c’était de fuir. La lâcheté, la ruse, la couardise, diraient certains. C’est ce qui a régit ma vie depuis le début. Enfin depuis Jaoan. Avant j’étais un de ces jeunes cons qui courent les marchés à la recherche d’une pomme à voler. J’étais un petit rusé mais je ne fuyais pas. J’allais de l’avant, tant pis pour les conséquences. La vie m’importait peu. Je ne savais pas ce que c’était. Mon existence signifiait : s’amuser, faire ce que je peux tant que je le peux. Il n’y avait pas d’âge pour mourir. C’était ainsi, un infime moment de vie dans une éternité d’humanité. Un début et une fin. Mon début, ma naissance, était hasardeux. Alors pourquoi ma fin serait-elle différente. J’en savais très peu sur le monde, avant, et aujourd’hui je suis sur le point d’exiger que l’on grave « Heureux sont les ignorants » sur ma sépulture. Je dis ça car à cette époque je n’me posais pas la moindre question existentielle. Tu peux me croire, les plus grands malheureux de ce monde sont ceux qui savent. Appelons-les les savants. Eux, crois-moi, sont ceux qui ont le plus de chagrin, car eux constatent avec conscience éveillée le monde autour d’eux, et comprennent ce qui se passe. Et s’ils ne comprennent pas… Ils cherchent à comprendre. Oui car le savoir est comme toute autre richesse ; Plus on en obtient, plus on en veut. Certains en viennent à devenir si avides qu’ils lisent et lisent jusqu’à l’isolement total du reste du monde. Pourquoi crois-tu que les plus brillants érudits sont de vieux fous ?... D’autres deviennent cinglés et se servent de leur savoir à des fins aussi sinistres que crétines. D’autres encore sont si affamés de savoir qu’ils parcourent le monde pour découvrir et comprendre la présence du moindre grain de poussière. Je ne suis pas vieux et ne fais rien de crétin, je vois qu’il n’est pas dur de savoir de quelle catégorie je fais partie. Ennnfin… Tout ça pour dire que dans la vie, il faut savoir. Chercher, apprendre, trouver, comprendre, être curieux. On dit que la curiosité est un vilain défaut. Il faudrait que l’on me donne un exemple de défaut aimable… Et de toutes façons, c’est faux. Sans curiosité, on n’apprend moitié moins qu’avec. Il faut savoir oui, car ainsi on voit la tristesse et le chaos de ce monde, du moins de ce qu’il est devenu. La nostalgie n’a pas été inventée par les premiers êtres vivants, mais par les plus jeunes. C’est un concept moderne. Tout le monde regrette, admire, pleure le passé, et appréhende l’avenir. Inconsciemment ils expriment leur autodestruction. Elle est lente, mais irréversible. C’est pas pour rien qu’il y a autant de cultes et de croyances : pour se rassurer. Enfin pour nier et avancer aveugle… Mais aveugle ou pas, on avance quand même, sauf qu’avec les yeux bandés on ne voit pas sa chute venir. C’est pour ça qu’il faut savoir. Pour être conscient de toutes ces erreurs, de tout ce malheur, toute cette dérision… C’est en se perdant qu’on trouve sa route. C’est en se taisant qu’on entend. C’est après avoir pleuré qu’on peut rire. C’est en acceptait LE malheur qu’on peut discerner les bonheurs. C’est en ressentant l’éternité qu’on peut capter ces moments brefs de bonheur… Et réaliser que ce malheur est infime également. Être conscient du grand pour trouver le petit. Bref ! Il y a encore bien des métaphores pour l’exemple mais là ça suffit. Enfin voilà, la vie c’est ça. Rien de sublime, rien d’exceptionnel, rien de miraculeux. C’est une minuscule partie d’un tout infini. Une partie composée de petites parties. C’est tout.

Ma vie à moi mmmh… Ce n’est pas la plus amusante à entendre mais je ne me plains pas. Personne n’est à plaindre, c’est inutile de se plaindre et encore plus de se plaindre pour les autres. Je suis ce qu’on appelle un orphelin, un enfant non-désiré, un accident… Mais on préfèrera dire un fils de pute, et on aura raison. Ma mère était une catin et mon père… Un fils de pute lui aussi mais pas pour les mêmes raisons… Mh. Ma mère est morte en me mettant au monde. Enfin c’est ce que ce connard a voulu me faire croire, je sais que c’est lui qui l’a tuée. Bah il était important, un petit « homme d’affaires » avec sa petite influence dans le milieu… Ç’aurait été mal vu que la mère de son gosse soit une traînée. Alors il l’a éliminée, et a fait gober à tout le monde qu’il m’avait adopté. Je l’ai cru un certain moment mais les remarques de ses proches sur notre « étrange et frappante ressemblance » m’ont fait comprendre son entourloupe miteuse. Alors je l’ai tué. Pourquoi ? Car je préférais ignorer d’où je venais plutôt que de savoir que c’était honteux. Des amies de ma mère m’ont dit la vérité, sur elle, sur sa mort, et sur mon père. Alors avant qu’il s’en prenne à moi, on a organisé, les amies de ma mère et moi, un sale tour à mon cher papa. Tout d’abord on a ruiné sa réputation ; c’était facile, même s’il me haïssait, il ne pouvait pas se permettre de me tuer alors j’avais la possibilité de fouiller ses affaires. Scandale autour de mon père et ses petites affaires de pseudo-gangster… Et il était fait. La seconde partie du plan consistait à rediriger sa frustration contre moi. Un véritable succès ! Il n’y avait qu’à attendre. Persuadé que j’étais la cause de sa déchéance –sans blague, il a tenté de m’étrangler, un soir. Alors oui je l’ai tué. J’ai prit le balisong qui dépassait de la poche de sa veste et le lui ai planté dans l’œil. Il m’a lâché, je l’ai poussé, il est tombé, hurlant de rage et de douleur. Je me suis mis sur lui et ai déchiqueté son visage en l’insultant de tous les noms, puis je l’ai égorgé. Il était alors achevé, mais j’ai laissé le couteau baigner à moitié dans la plaie à vif et je rouais de coups son visage cadavérique défiguré. J’insultais ce mort. J’ai pleuré toute la nuit suivante, affalé sur son corps inerte. La rage, la tristesse, le soulagement, le choc traumatique, les nerfs… A huit ans on ne contrôle pas bien son corps. Je me suis évanoui dans mon sommeil.

A mon réveil, le premier visage que je vois est celui d’un jeune garçon presque aussi vieux que moi. Mon regard est capté par le collier qu’il porte mais très vite mon attention se porte sur son visage ravi et inquiet, qui me demande si ça va, qui pensait que j’étais mort même si je respirais. J’avais été inconscient trois jours d’après ses dires. Puis j’ai regardé autour de moi. C’était une grande pièce aux murs et décorations féminines, d’un rose pâle tirant parfois sur le lita ou allant jusqu’à une totale blancheur. Ça sentait le parfum bon marché, ceux qui se vendent en caisses et qui étouffent d’une odeur sucrée. Des produits de beauté sur une commode, ainsi qu’un miroir encadré de bougies. Ça n’était pas la chambre du garçon, peut-être celle de sa mère. C’est marrant c’est un de mes plus vieux souvenirs mais c’est clair comme de l’eau de rivière… Je lui ai demandé où on était, sans même penser à lui demander son nom. Il me dit que je suis en sécurité. Ça m’a suffit mais je voulais quand même savoir quel était ce lieu de sécurité. Alors pour le savoir je lui ai demandé où étaient les cabinets. J’ai donc suivi le petit couloir qui y menait ; un couloir étroit avec plusieurs portes identiques à celle de la pièce de mon réveil. Sur chacune était gravé un nom différent : Stella, Rebecca, Roza, et plein d’autres noms de femmes qui finissent en « a ». Ça aurait été évident pour n’importe qui, mais pour moi… Non. Comment pouvais-je savoir ce qu’était un cabaret ? Bref… Donc je me ballade un peu dans les couloirs en me dirigeant vers le bruit. Plus j’avance plus le volume augmente, je retourne sur mes pas quand il baisse, et puis enfin j’arrive à sa source. Je pousse les deux portes-volets en bois grinçant et je me retrouve dans une salle… Immense. Enfin pour les yeux d’un gosse de huit ans qui a vécu dans des petits espaces. Dans la salle il y avait des tables, pleines d’hommes douteux et bruyants, pour la plupart du même genre que mon père, un comptoir au fond avec une myriade de bouteilles derrière le serveur… Et face à tout ça, baaaam, une grande scène pleine de lumières, des éclairages rouges, bleus, jaunes, violets, de teinte sombres qui arrosaient de leurs rayons instables une ligne de femmes vêtues pour les yeux du public, dansant au rythme d’une musique entraînante qu’un groupe d’hommes jouait dans un coin de la salle. Des rires, de la fumée de cigares, de la musique, des chants parfois, des verres qui se rencontrent en bruits aigus, des paroles qui s’échangent sans cesse… Et moi qui regarde tout ça de mes grandes gobilles vertes.

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Message  Jackham le Mar 13 Juil 2010, 15:28

Le bruit est assourdissant mais pourtant on veut rester là, à contempler ces créatures harmonieuses sur la scène.... L’odeur du tabac qui fait exploser les narines, tu as l’impression d’avoir les poumons et les yeux qui vont devenir fous avec ces parfums lourds et ces lumières partout… Et pourtant tu restes, émerveillé et ne nous le cachons pas plutôt excité devant un tel spectacle. Tu vois, je l’ignorais encore mais ces femmes qui se donnaient en spectacle étaient les amies de ma mère, amies et collègues, celles qui m’avaient soutenu contre mon père. Le jeune garçon qui était là à mon réveil m’avait rejoint et avait commencé à discuter avec moi, avec une facilité déconcertante. Dans cet environnement de débauche, de luxure, mais surtout d’adultes, ce gamin était parfaitement à son aise, comme si c’était chez lui. Depuis quand était-il là ? Pourquoi ? Et ses parents, c’était aussi des salauds ? Je commençais à me poser des questions, mais au lieu d’y méditer j’ai choisi de discuter avec lui. Je peux pas vraiment dire que c’est lui qui m’a apprit à être sociable, avant cette mésaventure j’étais coupé du monde et des autres gosses. On peut donc pas dire que j’ai eu du mal à entretenir des relations amicales… Disons que je n’en avais jamais eu l’occasion. Alors peut-être étais-je naturellement sociable et c’est lui qui a éveillé ça en moi. Bref, à partir de ce soir-là on n’a pas arrêté de traîner ensemble, de vadrouiller dans le cabaret, dans les coulisses notamment. J’ai apprit que son père était un marin qui avait engrossé une fille de spectacle comme ma mère. Beaucoup le plaindraient en disant qu’il n’a jamais connu son père, que c’était un sans cœur, sans attache, blablabla, mais je l’enviais mille fois de n’avoir pas eu la peine de connaître son père, alors que j’ai été forcé de connaître le mien. De plus, sa mère était encore en vie, c’était une des danseuses du cabaret et était donc une amie de ma mère. Elle a été enceinte de lui quand la mienne était déjà morte, j’avais environ un an, d’après ce qu’elle m’a dit. Il s’appelait Jaoan, c’était mon premier ami. Mon seul en fait, enfin je t'expliquerai après. Sa mère c’était Linda, alias Starla dans le métier. Elles étaient vraiment gentilles, ces filles-là. Elles n’avaient pas énormément de fric étant donné que la plupart des revenus allaient directement dans les poches du grand patron, mais ça je l’ignorais encore à l’époque. Ce que je savais, c’est qu’elles logeaient Jaoan, qu’elles le nourrissaient, qu’elles lui faisaient la lecture, qu’elles lui apprenaient ce qu’elles savaient du monde… C’est-à-dire pas grand-chose, mais quand des personnes offrent sincèrement tout ce qu’elles ont sans rien demander en retour, il est vraiment ingrat et déplacé de demander davantage. Comme je te disais, elles étaient soudées et généreuses, malgré une situation relativement précaire. Leur salaire n’était absolument pas fixe et la plupart du temps très bas. Alors il leur fallait faire des extras. Je suis un fils de pute, mon ami en était un aussi. Elles étaient contraintes de se prostituer car c’était là tout ce qui leur restait. Ces macaques étaient affamés de filles comme elles mais en bons salopards qu’ils étaient ils les payaient trois fois rien. La débauche et l’ivresse les faisaient parfois payer des fortunes mais c’était rare. Elles étaient souvent tristes, ces filles-là, derrière leur maquillage excessif. C’était vraiment dommage, vraiment chagrinant pour moi-même si ça me dépassait un peu. Elles m’avaient accueilli dans leur famille, prenaient soin de moi, m’apprenaient ce qu’elles savaient… Et je ne pouvais les remercier autrement que par des mots et des sourires. Mais ça ne me suffisait plus. Jaoan avait l’air de s’être habitué à ce rythme de vie mais moi j’avais cette frustration de ne rien pouvoir faire pour elles. Alors j’ai décidé qu’avec lui on irait voler pour rapporter des sous et faire en sorte que les filles n’aient plus besoin de se vendre à des porcs. Même si elles nous le cachaient, et que Jaoan vivait toujours dans un aveuglement censé le protéger, moi je m’en doutais et j’en ai de toutes façons eu la preuve concrète lorsqu’une nuit j’ai entendu et vu des ébats dégueulasses et écoeurants dans l’une des chambres alors que je me baladais dans les couloirs. Un gros vicelard affalé sur une pauvre fille, celle qui m’avait apprit à lire, qui recevait ce châtiment corporel sans mot dire, larmes aux yeux, tandis que ce salopard prenait son pied en rigolant. Et puis plus simplement, j’avais l’exemple de mes parents. Bref.

Ca a commencé gentiment avec des vols de pommes, comme lorsque j’étais seul et que mon père bossait, qui ne servaient qu’à nourrir et à faire de pathétiques économies. Puis ça en est venu aux mains parfois, pour arracher aux passants les colliers de leurs cous et les bagues de leurs doigts, soit pour offrir aux filles pour leur faire plaisir soit pour les vendre dans la rue aux clients pas trop fréquentables. D’ailleurs, à force de fréquenter ce genre de personnes, on a commencé à avoir des relations dans le milieu qui nous ont permis de gagner encore un peu plus. Tout ça a duré pfff… A force, je n’comptais même plus le temps, mais je dirais deux ans, trois ans. Au fil du temps, ce besoin de gagner a viré irrémédiablement à l’envie de gagner, puis au plaisir de gagner. Et à nouveau au besoin, mais pas le même besoin. Non, ce n’était plus le besoin de subvenir… C’était le besoin de me satisfaire, il fallait que je vole, que je vende, que j’escroque, que je manipule… Oui je sais, c’est étonnant de se dire qu’à dix balais on arrive à rouler des adultes. Et pourtant crois-moi, plus j’ai vieilli plus c’était difficile, car plus tu es jeune moins tu représentes une menace et ça facilite grandement les choses. Encore faut-il en avoir un minimum dans le citron. Jaoan par exemple n’était pas vraiment doué pour ça, il était trop honnête et naïf. Mais il était souvent très utile voire nécessaire dans la plupart de mes coups, et lui il adorait faire ça avec moi. Je crois même qu’il ne faisait ça que pour passer du temps avec moi et s’amuser. Il n’avait pas conscience des choses. Il était heureux. Et moi j’étais devenu une petite frappe bien consciente des choses et qui commençait déjà à avoir de l’amertume plein la bouche. Mais peu m’importait : il fallait aider mes amies. Si je me démontais autant, c’était pas uniquement par gratitude et par générosité. Non… C’était aussi pour rendre hommage à ma mère. Je n’ai entendu que du bien d’elle, outre les mots que vomissait mon père pour me persuader que c’était une connasse. Elle était comme toutes ces pauvres femmes une personne vraiment riche et méritant une vie satisfaisante, mais qui galéraient. Ne l’ayant jamais connue, d’agir ainsi était la seule façon que j’avais de lui faire plaisir, de lui rendre hommage, de lui montrer mon affection. Enfin tout ça je l’ai réalisé bien plus tard, à l’époque je n’m’en rendais pas compte. Tu sais, personne n’a jamais vraiment comprit pourquoi j’avais autant de respect pour les filles de joie. Et bien voilà la raison. Mais je n’allais et ne vais pas l’expliquer à tout le monde, qu’ils croient ce qu’ils veulent, je m’en moque éperdument. Je respecte ces femmes, oui, mais je ne fais pas d’amalgame. Je n’ai aucun respect pour celles qui s’offrent avec plaisir aux hommes qu’elles croisent par pur esprit de luxure et de vulgarité. Ces femmes-là sont des connasses qui méritent de connaître la sensation du cœur brisé. Et oui, on s’est aussi souvent demandé pourquoi j’étais un coureur de jupons, un séducteur, un bourreau des cœurs, on a aussi souvent cru que c’était simplement par un manque d’humanité et un manque de cœur. C’est vrai et faux. Mon passé m’a endurci et a fait de moi un homme qui n’aime pas. On croit à tort que je ne pouvais pas aimer. Mais en fait, je ne voulais pas. J’ai gagné ce « titre » de bourreau des cœurs en faisant pleurer à chaudes larmes de crocodile les femmes les plus abjectes et les plus sûres d’elle, pour leur montrer qu’elles ne valaient rien, ou en tous cas pas plus qu’un autre individu. Me faire du bien, leur faire du mal, et vivre ma vie à côté. Bon, à force, je savais que je finirais par tomber amoureux, ne plus être volage et tout ça… Mais ça ne m’intéressait pas, ça ne m’a jamais intéressé, je m’en foutais, ça n’était pas nécessaire et je voyais plus ça comme une source de problèmes et de dangers qu'autre chose. Et puis j’ai rencontré Suniva. Enfin là… Je fais un bond dans l’avenir, je te raconterai ça plus tard, revenons-en à nos moutons.

Donc, à force, tout commençait à aller comme je le voulais. Elles n’avaient plus besoin de se prostituer ou en tous cas beaucoup moins, du coup elles étaient plus heureuses et la vie battait son plein dans les coulisses tristes de ce lieu de vices. Malheureusement tous les bonheurs ont une fin. Et celui-là s’est achevé quand les clients se rendaient compte qu’ils levaient de moins en moins de jupons et quand ils ont commencé à se plaindre. Auprès des filles d’abord puis du patron. Je te passe les détails, mais il a fini par être destitué de ses fonctions -officieusement, bien sûr, tous ces hommes courageux faisaient leur petit business dans l’ombre- et abattu. Le cabaret a fermé ses portes, les filles ont été chopées par des malfrats, finissant pour la plupart en produit d’échange, comme de la vulgaire viande, le reste ayant sûrement été tué par quelques rageurs. Alors nous voilà, Jaoan et moi, une dizaine d’années chacun, mis à la rue et sans plus personne pour nous aider , avec en prime la perte de sa mère comme gros chagrin. Je n’sais pas si la puberté y était pour quelque chose mais je ne comprenais vraiment rien à mon corps. J’ai pleuré quand j’ai tué l’être que je haïssais le plus, et je n’ai fait couler aucune larme lorsque des personnes chères et toute la stabilité de ma vie sont tombées en miettes. Jaoan, lui, le vivait vraiment très mal. J’ai même appris qu’il avait un journal. Il me l’a caché depuis le début et bien qu’il m’ait avoué en avoir un je n’ai jamais eu le droit de jeter un œil à ses pages tant qu’il resterait en vie. Mais ça ne m’a pas plus trotté dans la tête que ça ; Le problème à résoudre c’était de soutenir le moral de mon ami et de trouver un moyen de survivre. Alors on a vécu en vagabonds quelques jours, environ une semaine il me semble et on a fini par trouver un petit dépotoir abandonné, une sorte de cabane à une pièce quoi. On a vendu les quelques outils qui restaient dedans, on s’est fabriqué des lits avec des étoffes volées ou troquées, on allait chercher du bois pour se chauffer, on avait même creusé un fossé avec une pelle qu’on n’avait pas vendue pour faire nos besoins. C’était plutôt sympathique. Pas notre vie, non, moi je trouvais ça nul et chiant, mais de s’occuper ainsi et de partager une aventure pareille avec moi faisait plaisir à Jaoan, et puis toute cette histoire l’avait rendu un peu plus mûr. Bon, pas énormément… Mais au moins il était moins souvent niais et excité pour rien. Et son moral était de retour. Les petits coups ont reprit. Vols, etc… Etant donné qu’il fallait, en plus de m’auto satisfaire à pratiquer ce genre de choses, subvenir à nos PROPRES besoins… C’était double d’activité qu’à l’époque du cabaret. On était contraint de faire plus en quantité, déjà, mais ça ne suffisait plus, question de temps. Alors on a placé la barre plus haut et on est passé aux choses plus sérieuses. On s’est mêlés à des voyous assez importants, enfin… Tout est bien évidemment relatif. Je commençais à adorer ça. C’était vraiment excitant tout cet engrenage. Un sale coup en impliquait un autre, qui s’associait à un autre, qui rendait le premier plus efficient, etc., bref la vie était mouvementée, risquée, mais mouvementée. J’ai perdu les pédales. J’avais plus conscience du danger et je ne me préoccupais même pas de l’avis de Jaoan, c’était moi qui décidais, mais comme il semblait pas du tout gêné par ça -et il ne l’était pas, je continuais, je surenchérissais, jusqu’à la goutte qui fait déborder le vase. Le coup du siècle selon moi, mais en fait le plus gros fiasco de ma vie. Je n’sais même plus en quoi consistait le plan, c’était du grand n’importe quoi, tout misé sur un timing impossible à respecter, des conditions extrêmement précises, des risques énormes… Et bien évidemment ça a complètement merdé. En te passant les détails, le résultat des courses fut la mort de mon ami, de mon seul et unique ami, le seul et unique individu à qui je parlais sincèrement et avec qui je partageais ma pauvre vie, le seul à qui je n’ai jamais menti, dont je n’ai jamais douté, en qui j’avais une totale confiance et qui avait une totale confiance en moi… Mais tu veux savoir la différence entre lui et moi, en termes de confiance ? C’est que moi, j’ai trahi la sienne, sans m’en rendre compte j’ai profité de sa confiance aveugle en moi pour mes sales coups et ça l’a tué. Je l’ai tué, c’était inévitable de toutes façons. J’ai mit du temps à le réaliser, encore plus à l’accepter. Mais c’est fait. On pourra toujours s’étonner que je n’ai aucun ami à ce jour, et seulement mes hommes et mon aimée comme personnes de confiance, mais maintenant quand je recevrai de pathétiques tentatives de moralisation pseudo-psychologiques qui me faisaient avant vaguement douter… Je dirais « merci, je suis au courant, et vous ne serez pas mon sauveur ». Je n’ai pas besoin de plus que ce que j’ai aujourd’hui. Ma conscience est apaisée car Jaoan a l’hommage qu’il mérite. Mais… D’ailleurs je dis que je n’ai aucun ami, c’est vrai, mais il ne fut pas le seul de ma vie. J’en ai eu un autre. Cravius. J’allais justement t’en parler…
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Re: D'une vie à l'autre

Message  Jackham le Lun 24 Jan 2011, 13:24

Haaa… Ce bon vieux Cravius… Si tu savais tout ce qu’une personne peut apporter à une autre et pourtant faire tant de malheur au reste du monde. Attention, je n’dis pas qu’il n’aimait que moi. En fait, il ne m’a pas toujours vraiment aimé, mais, grand bien m’en fasse, j’ai atteint le niveau de maturité suffisante pour parler de lui et de notre relation avec objectivité et exactitude. Pour moi évidemment ça a toujours été un type admirable. Un modèle, à suivre à reculons certes. Je l’ai rencontré à mes seize ans, alors forcément au début je voulais lui ressembler en tous points. Maiiis dans sa sagesse infinie et son autorité terrifiante il me fit comprendre avec le temps que, même si c’est sain d’avoir un modèle, il ne faut pas chercher à devenir ce modèle. « Fais ce que je dis, pas ce que je fais. » peut être la devise représentative de notre relation je pense. Ouais, ça colle bien. Il l’a tout de suite compris, que j’étais prometteur. C’est pour ça qu’il n’a pas mis longtemps à me prendre sous son aile. J’étais le plus jeune de l’équipage à l’époque de mon entrée sur Le Ravage, son navire. Haaa Le Ravage ! Un bâtiment à l’image de son capitaine ! Massif, qui se fait remarquer à des lieues et qui fige de stupeur dès lors qu’on en aperçoit la silhouette se profiler à l’horizon. Du bois noir et épais renforcé de fer un peu partout sur la carcasse, même sur quelques parties des mâts, et un éperon en fer vrillé prêt à éventrer les navires les plus coriaces. Mmmmh...
Donc je disais, il a presque instantanément compris que j’avais un gros potentiel. Des jeunes au passé tourmenté, il y en a toute une tripotée partout à travers le monde. Alors pour un voyageur comme lui je n’avais rien de neuf à première vue. Je crois que ce qui lui a plu, et lui a fait comprendre que je sortais du lot, c’est le culot que j’avais envers lui, dès le début. De l’audace dira-t-on même. C’est vrai. Même pas majeur et déjà tenais-je tête à la terreur des océans. Mais il en a joué, de ça ! Il s’est servi de mon absence d’autorité paternelle saine pour me monter contre lui, cette figure puissante de virilité dominante, tout en me favorisant vaguement et en laissant toujours une parfaite distance entre nous. Pour faire dans le cliché dégoulinant… C’était ma figure paternelle, mon père de substitution ! Héhé… Je plaisante comme ça là mais… Mine de rien c’était vraiment ça. Tu sais on parle souvent de son maître, son mentor, en disant de lui qu’il nous a tout appris. C’est d’une tristesse ! Comme si le savoir était limité et ne pouvait se créer de manière autonome et personnelle. Cravius m’a appris tout ce qu’il savait, et j’y ai ajouté ce que j’ai moi-même appris. C’est ainsi que l’éducation fonctionne le mieux je trouve. Mais bon. Un père, un mentor, un rival…Enfin ça je t’expliquerai plus tard, c’était surtout un ami. Le seul depuis Jaoan ! Je n’ai eu que deux amis dans toute mon existence, quand même. Le premier est mort et j’en ai culpabilisé toute ma vie jusqu’à ce ma moitié me permette de sortir d’une récente psychose… Ce que je t’expliquerai plus tard aussi hein, et le second ami et bien je l’ai perdu il y a un peu plus d’un an en mer. Sa mort est belle, et comme il la voulait. Je n’en ai aucun chagrin amer, seulement celui de la perte d’un être aimé. Qu’il repose en paix au royaume des abysses et que son âme navigue pour trouver le repos.

Haaaalala… Si tu savais comme le temps passe vite. On est jeune et sans ambition, on fait des rencontres e tout change. Il y a quelqu’un d’autre qui pourrait te dire ça. Kanjha. Et je n’dis pas ça pour rien ! Oui je sais, Kanjha donner des leçons sur la vie… Ça paraît insensé hein. Et pourtant. Elle est très intelligente cette petite. Bien plus qu’il n’y paraît. J’me rappellerai toujours de notre rencontre. Pféhé. Elle est à l’image de notre relation. Particulière, amusante et mouvementée. Il faut que je t'en parle aussi.
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Re: D'une vie à l'autre

Message  Jackham le Lun 24 Jan 2011, 17:56

Alors que je manœuvrais mon navire pour accoster, j’ai réduit en miettes la barque d’un vieux pêcheur avec ma coque. Je n’en avais cure jusqu’à ce que, descendu à quai entouré de mes plus imposants camarades, une jeune fille m’apostrophe. Ces grands yeux colorés, ce teint tout droit sorti des profondeurs tropicales du sud, ces cheveux noirs qui piègent le soleil et cette stature ridicule qui s’oppose à une poignée de forbans qui en pèsent chacun quatre comme elle…. Ce culot, cette insouciance, cette… Hargne ! Avant même de vouloir savoir ce que cette petite impertinente me voulait, je me voyais déjà en elle. La jeune bleusaille qui défie le grand manitou devant ses hommes.
Moi, j’avais rencontré Cravius comme ça aussi. Je fuyais une patrouille qui me courait après, et au détour d’un entrepôt, je me suis cogné contre un mur de cuir et de fer. C’était lui. Dans sa naturelle cruauté il m’a pointé de son arme à feu aussi lourde qu’effrayante. Je la lui ai habilement arrachée des mains pour la retourner contre lui en donnant MES conditions. Là, la jeune fille qui m’engueule au péril de sa petite vie. Tu t’imagines donc qu’en pensant à tout a j’n’ai pas pris la peine d’écouter ses jérémiades. Je l’ai donc faite répéter. Elle s’est encore plus énervée en répétant sa plainte. Je n’ai toujours pas écouté. C’est finalement un de mes gars qui m’a dit de sa grosse voix : « Capitaine, vous avez cassé le bateau de son grand-père. »
Effectivement, la barque de pêcheur était à son grand père, qui était le pêcheur en question. Je lui ai proposé un marché. Je la prends à bord de mon équipage et quand elle aura gagné assez pour racheter une barque à son grand-père, elle pourrait partir. Finalement elle s’est plût et est restée. Je n’ai même pas eu à forcer la main. La pauvre ne vivait de rien, en fait. Seule avec son grand-père, ils mangeaient ce qu’ils pêchaient et dormaient dans sa petite cabane de pêcheur en bord de mer. La piraterie attire les miséreux et avec un peu de chance elle leur redonne goût à la vie. Ce qui fut son cas ! Il n’y a qu’à la regarder. Elle est pétillante de vie, de joie de vivre même. Son impertinence, son courage, sa témérité, sa fidélité… Toutes ses qualités sont les fruits de l’insouciance. Et c’est pour maintenir cette flamme d’innocence dans cette petite tête de linotte que je suis comme je suis avec elle. Aux yeux des gens, je suis un tyran irrespectueux qui la méprise et me moque de son sort. Les pauvres esprits n’ont absolument rien compris, et grand bien m’en fasse d’ailleurs ! Je suis un vrai salopard avec elle, en apparence, mais c’est pour la forger comme il faut, pour préserver tout ce qu’elle est pour ne pas qu’en grandissant elle n’ait plus rien d’une enfant. Cravius m’a éduqué de telle sorte que je prenne la vie et le monde dans toute leur répugnante réalité.
Comme je te l’ai dis, plus on en sait et moins on est heureux. Pour ne pas assombrir son visage juvénile qui m’a permis de nombreuses fois de ne pas perdre goût à la vie, je ne lui enseigne pas tout. Pas directement. Pour elle, certaines choses sont à prendre avec des pincettes. Et parfois même il faut qu’elle ne voie rien venir. Que l’apprentissage se fasse naturellement. Je sais ce qu’on me dira : « Pour qui tu te prends à décider de ce qu’elle doit savoir et de comment elle doit grandir ? T’es qui pour elle ? Juste son supérieur alors donne des ordres et c’est tout. » Tsah. Encore des paroles d’ignorants. Outre le fait que je ne suis pas qu’un simple chef de troupe pour elle, il y a tout ce qu’elle est pour moi. C’est moi qui l’ai arrachée à son grand-père, même si elle va encore lui rendre souvent visite, elle est donc sous ma responsabilité. C’est moi qui dois veiller à ce que tout aille pour elle. Qu’on ne me dise pas que c’est une adulte. Oui, d’accord, elle a grandi et grandit encore. Mais elle a besoin de rester cette enfant dans la profondeur de son être. Et j’éviscèrerai à chaud tout ceux qui s’y opposeront, tenteront de prendre ma place ou croiront qu’ils ont l’autorisation de lui manquer de respect. Je me réserve ce luxe. Et elle me le réserve ; c’est comme ça que ça marche. Point à la ligne.
C’est un peu ma petite sœur. Et comme tous les grands frères qui apportent leurs forces et leur soutient à leurs jeunes sœurs, elle me donne ces bouffées d’oxygène et de naïveté qui me donnent un coup de fouet et me refont sourire. Pendant ma dépression qui a malgré tout duré quelques mois, cloîtré dans le chantier du port de la grande cité à ruminer tout ce que j’aurais du faire et ne pas faire, l’idée de mettre fin à mes jours a frôlé mon esprit à plusieurs reprises. Mais je m’interdisais de lui faire ça. Je n’pouvais pas l’abandonner par égoïsme. Et bien que je me rongeais de l’intérieur à me culpabiliser plus que jamais, ses fréquentes visites me faisaient du bien., elle était toujours ce bout de vie éclatant de joie. Comment pouvais-je me permettre de gâcher une telle réussite en me morfondant dans mon échec. Elle ignorait que j’allais mal. Quand elle venait, j’affichais toujours le Jackham qu’elle connaissait : fier, plein de répondant et toujours l’air occupé. Mais il n’en était rien sous cette carapace. La vache… Heureusement qu’elle a été là.
Mais malgré tout je n’sais pas si elle m’aurait sauvé. Elle ne m’a pas sorti de ma dépression, elle… M’a aidé à survivre pendant celle-ci. Non, celle qui m’a refait vivre porte un tout autre nom et a pris une toute autre place dans mon existence. Et cette femme, c’est inévitable qu’il faut que je t’en parle. Elle s’appelle Suniva et c’est aujourd’hui ma femme.

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Message  Jackham le Ven 28 Jan 2011, 19:15

Ffff… Cette femme… Je n’sais par où commencer, tant il y a à dire ! Elle est si… Tellement… Vraiment elle… Hmf. Comme souvent, j’en perds mes mots. C’est bien la seule à y arriver ! Bon. Faisons ça dans l’ordre. Je vais commencer par notre rencontre. D'abord ce fut comme un comte de fée. Cruel mais merveilleux. Je t’ai dis qu’elle m’avait sorti de ma dépression. Et bien ce ne fut pas sans peine. Ce fut un long parcours… Qui commença par un soir, au chantier naval.
C’était un début de décembre, froid et humide, ainsi que l’étaient mon cœur et mes yeux. Une journée entre deux autres identiques, longue et amère. J’étais vide. Et ce beau jour, alors que je regardais la mer, j’ai eu un petit pincement au cœur, comme s’il s’engourdissait. Je n’comprenais pas ce qui se passait, pourquoi mon myocarde vacillait comme cela.
Tu sais ce qu’on dit des femmes de marins ? Que lorsque leurs maris sont en mer, elles ont mal au cœur lorsqu’ils traversent une tempête, loin au large, et qu’en regardant le ciel la nuit qui suit, elles savent s’ils sont morts ou pas. Si le ciel garde son teint d’encre, alors ils sont en vie et reviendront. S’il est rouge… Mh. C’est ça. Et bien je crois que ce que j’ai commencé à ressentir ce soir-là était semblable à cette sensation. Alors j’ai observé le ciel. Il était bleu. Et à peine ai-je eu le temps de commencer à établir un raisonnement dans ma tête que j’ai été interrompu. Interrompu par une voix cristalline et pure qui trahissait un doux accent bien loin de mes terres natales. La voix chantonnait doucement un air de berceuse. Je me suis retourné et quand j’ai senti qu’elle se rapprochait je me suis caché et ai attendu, pour observer.
Et elle est arrivée.
Au-dessus de la ligne d’horizon, la lune enviait la beauté et la blancheur de sa peau, les étoiles tentaient de luire du même éclat que celui de ses yeux mais en vain, et la mer grondait de jalousie que je ne la regarde plus. Même le vent, intimidé et ne voulant pas indisposer la belle, se mit à adoucir son souffle pour faire danser ses longues boucles noires et le bas d’une des robes les plus chères qu’il m’avait été donné de voir jusque là. J’ignorais ce qu’elle faisait ici, si elle était là pour moi, ou par hasard. Mais peu importait. Je remerciai les dieux de me permettre de contempler une telle merveille et décidai de me montrer.
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Re: D'une vie à l'autre

Message  Jackham le Mar 01 Fév 2011, 22:34

Je suis donc sorti de mon terrier pour rejoindre la belle inconnue et chasser mes démons le temps de faire mon clown, comme devant chaque nouvelle personne que je rencontre. Et puis, tu me connais, je n’allais pas faire pâle figure devant une telle beauté ; il me fallait faire sourire ce visage, je m’y sentais obligé !
Je me suis élancé et j’ai fais mon petit spectacle excentrique. D’habitude, à cet élan charmeur, les gens -qu’ils soient hommes ou femmes- ont toujours les mêmes réactions. Il y en a quatre différentes. Soit, niais et dociles, ils tombent sous le charme et minaudent, soit ils râlent et me prennent pour un abruti ou un taré, soit ils se sentent menacés –je suppose- et m’insultent, soit ils rient. Et bien avec elle, pour la première fois, ce fut différent. Oui oui oui. Elle s’est montrée amusée, mais n’a pas eu l’air séduite. Elle souriait mais ne riait pas aux éclats. Je t’avoue que, bien qu’agréablement surpris… J’étais un peu déstabilisé ! Alors pour voir, j’ai continué sur cette lancée et de fil en aiguille nous en sommes arrivés à discuter le plus simplement du monde. Quelques heures plus tard, elle rentrait chez elle alors que je restais au chantier.
Je me sentais seul au monde à cette époque. Mais après cette soirée, une fois qu’elle avait quitté les lieux, c’était encore pire. J’avais tant envie de lui parler ! De l’écouter aussi. Elle était dès le début quelqu’un de très intéressant. Elle avait une multitude de choses à dire, mais n’étalait pas sa science.
Bref, j’ai passé le restant de la nuit en compagnie de la mer, à la regarder et l’écouter. Assis sur le rivage, je sentais son écume me filer entre les orteils, comme si elle essayait de me tirer par les chevilles et m’emporter avec elle sans y parvenir. Était-ce un signe ou une de mes lubies ? Je n’en savais encore rien. Quoi qu’il en soit, je n’ai pas fermé l’œil de la nuit me demandant si elle reviendrait le lendemain soir ou si je me faisais des idées. Ça se trouve, j’avais été aveuglé par sa beauté et n’avais pas remarqué qu’elle m’avait fui, me trouvant idiot ou insupportable. Haha quand j’y repense maintenant je me gausse grandement ! Le grand Jackham, troublé comme un adolescent par une belle fleur dont il n’avait peut-être que rêvé. J’étais torturé la journée entière. J’ai même songé à m’enfoncer dans la ville pour aller la chercher. Mais je n’en ai eu ni le courage ni la folie. Et j’ai bien fais. Parce qu’elle est revenue.

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Re: D'une vie à l'autre

Message  Jackham le Mar 01 Fév 2011, 22:48

Ce fut presque magique. J’avais la sensation d’être un enfant qui souffle sur ses bougies d’anniversaire en faisant un vœu dont il n’a qu’à moitié conscience et qui le voit se réaliser presque instantanément. Et comme un enfant, je n’voulais pas gâcher ça. En profiter autant que possible ! Je me suis montré enthousiaste, bavard et à l’écoute, comme la veille. Et puis chaque soir, elle me revenait, et nous discutions. A un certain moment, je me suis rendu compte que je ne faisais plus « exprès » d’être comme ça avec elle, alors je me suis dis que j’y avais pris goût et que c’était devenu naturel. Mais en fait, je crois tout bêtement que j’étais comme ça avec elle naturellement depuis le début. Sa venue dans mon existence m’a insufflé une sorte d’envie d’être bon avec elle, d’agir, tout simplement l’envie de vivre… Ou de revivre. C’est ainsi qu’ont commencés de longues soirées de discussion, durant lesquelles il n’y avait pas la moindre ambigüité entre elle et moi. Elle n’étant ni une amante, ni une amie, ni même une confidente non, elle était… Tout autre chose. Et crois moi, j’ai mis beaucoup de temps à réaliser qu’en fait, au-dessus de tout cela, elle était la femme dont je suis tombé amoureux. Il s’est passé bien du temps et bien des choses avant que je ne m’aperçoive que je l’aimais.
Je n’avais jamais été amoureux comme ça. Autour de mes vingt ans j’ai eu des amourettes mais rien que le cœur ne puisse vraiment prendre au sérieux. Et tous mes autres contacts avec des femmes étaient le fruit d’une certaine adversité avec les vilaines comme je te l’ai déjà expliqué. Bien sûr, j’ai espéré être amoureux toute ma vie, mais avec la peur de la fatalité. Avec elle, non seulement tout est venu naturellement, mais je n’ai en plus jamais songé à lui faire de mal. Elle avait l’air si pur, si fragile, malgré sa fière allure, si… Mh… Je n’trouve pas mes mots, une fois de plus… Hmfhmfhmf, je n’me permettais pas de la toucher de peur de briser sa peau de porcelaine, et il était hors de question que quelqu’un ‘autre la touche, la frôle ou même songe à le faire. Nous étions si vite si proches et si complices, quelque chose de fort et d’intense nous reliait, bien plus fort qu’une caresse ou qu’un baiser. Bien que j’ai passé d’interminables nuits, lorsqu’elle m’accordait le luxe de sa proximité, à la regarder dormir en rêvant éveillé de la serrer contre moi et de poser mes lèvres sur son front, je me suis contenté de l’aimer du regard. C’est encore plus amusant quand on sait qu’en ville, les rumeurs allaient bon train à notre sujet. « Nouveaux amants ! » ; « Encore une victime du pirate bourreau des cœurs ! »… Risibles. Ces gens, crevés de jalousie, de solitude et de curiosité. Tout ce qu’ils veulent au fond d’eux c’est connaître le bonheur, et lorsqu’autrui y a droit, cela les assomme au lieu de les réjouir. Ennnfin. Cela ne faisait que rendre notre lien d’autant plus fort.
Si fort que nous avons décidé, au bout d’un moment, de changer d’air. C’est ainsi que continue le début de la plus intense partie de notre histoire.
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