Illusions d'un passé oublié [Asélryn]

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Illusions d'un passé oublié [Asélryn]

Message  Asélryn / Towann le Lun 26 Juil 2010, 14:05

Aussi claire que puisse être la nuit, cette demeure abandonnée était on ne peut plus sombre. Depuis la mort au combat de son dernier propriétaire, elle accumulait la poussière et se dégradait progressivement sous l’action du temps et des intempéries. Si autrefois, cette maison isolée était le plus bel endroit où un enfant pouvait grandir, elle n’était aujourd’hui plus qu’une ruine à l’abandon.

Le plancher grinça sous sa botte et un minuscule nuage de poussière se souleva autour. Son regard balaya la grande salle non sans émotion. La porte avait été laissée fermée mais non verrouillée par les hommes du Roi venus récupérer ce qui était devenu propriété de l’Alliance. Un de ces biens avait été dérobé et venait aujourd’hui reprendre sa véritable place.
Elle tituba et vint s’adosser à l’encadrement de la porte. Bien que cet endroit n’eut plus sa clarté d’antan, les souvenirs s’imposaient avec virulence à son esprit.


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Asélryn a treize ans, aujourd’hui est le grand jour.

« - Tu es certaine de vouloir y aller seule ?
- Mais oui, je connais le chemin jusqu’à la cathédrale ! Et je connais le frère Ornell aussi !
- Le premier contact avec la Lumière n’est pas quelque chose que l’on prend à la légère.
- J’veux vous l’annoncer moi-même ! »


Une fois encore, l’inquiétude de sa mère trouvait son remède dans le calme et la confiance de son père.

« - Laisse-la y aller Sélia. Tu la couves trop, tu ne souhaites pas qu’elle hérite de la force de caractère des femmes de Lordaeron ? Laisse-la se débrouiller un peu seule, elle est grande maintenant. »

Le regard complice et reconnaissant qu’Asélryn et Sirius Elraan échangèrent à cet instant n’avait pas de prix. Si elle avait seulement été capable d’imaginer que sa vie aller basculer dans moins de deux heures…



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Asélryn fit trois pas, s’efforçant malgré ses vertiges de ne pas lâcher le paquet de couvertures qu’elle avait amené. Elle avait quelque chose à mener à bien.


//


Asélryn a dix ans, ses yeux gris grands ouverts et brillants d’admiration.

« - Les orcs prenaient la fuite, leur débandade était totale. Leur rage avait disparu et leurs yeux brûlés par la Lumière étaient devenus aveugles. C’est alors qu’après avoir facilement mis ces bêtes en déroute, Uther posa la tête de son marteau à terre en éclatant d’un grand rire. »

Comme toujours, Sirius contait ces histoires avec un air théâtral tellement exagéré qu’il aurait vite paru ridicule. Mais pas pour Asélryn, toujours fascinée par ses récits, qui lui suffisait amplement comme public pour ses talents d’orateur.

« - Vous semblez avoir oublié que la guerre est finie ! Lâcha-t-il en calmant son hilarité, mais s’il vous vient encore l’envie de vous amuser, je vous attendrai mes amis ! »

Sirius finit par s’incliner comme à la fin de chaque récit et à ses yeux, les applaudissements de sa fille valaient toutes les foules d’Azeroth.



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Presque suffocante, Asélryn parvint devant la cheminée. Les couvertures glissèrent doucement pour laisser apparaître Ysuan. L'acier qui la tenait accrochée au mur avait été laissé là, comme si l’épée devait forcément revenir en ces lieux. Un nouveau souvenir la submergea lorsqu’elle la raccrochait…


//


« - Asélryn ? Qu’est-ce que tu fais ? »

La fillette de sept ans aux longs cheveux noirs sursauta et partit vite s’asseoir sagement près de la cheminée. Un homme arriva alors dans la salle, imposant dans son armure de paladin d’après ses souvenirs lointains, brun aux yeux bleus avec un sourire éternellement gravé sur les lèvres. Il l’aperçut, amusé, et s’agenouilla à ses cotés. Elle avait beau prendre l’air de rien, son teint virait irrémédiablement au rouge.

« - Qu’est-ce qui te plongeait dans une telle contemplation dis-moi ? »

La voix de Sirius Elraan était comme une caresse. Son seul sourire réconfortait la petite fille qu’elle était mais elle se contenta d’une réponse brève.

« - Rien… »

Le peu de talent d’Asélryn dans le mensonge ne datant pas d’hier, elle ne risquait pas de duper qui que ce soit, encore moins son propre père.

« - Tu peux me le dire. »

Elle finit alors par lever un doigt timide au-dessus de la cheminée où était accrochée une lame resplendissante qui, bien que servant de simple décoration, semblait aiguisée à la perfection et terriblement dangereuse. Asélryn ne savait pas pourquoi la vue de cette épée si finement ouvragée l’avait captivée ainsi pendant plusieurs minutes.
Elle ramena vite son bras et rougit de plus belle, ne voyant pas le sourire de son père.

« - Elle s’appelle Ysuan. C’est l’épée de notre famille. »

Asélryn finit par redresser la tête.

« - Il n’y a aucun mal à tomber en admiration devant cette lame, la Lumière elle-même l’a investie de sa grâce.
- C’est une arme… mais vous avez dit que la guerre était finie et que les armes serviraient plus…
- Oui Asélryn, mais Ysuan n’est pas forcément destinée à la guerre.
- A quoi elle peut servir alors ?
- L’arme du paladin est une partie de lui-même, c’est le prolongement de son bras justicier. Elle peut servir à blesser, mais aussi et surtout à protéger. »


Elle regarda son père de ses grands yeux gris. Sirius en fut encore plus attendri. Ces yeux étaient ceux de Sélia. Et elle, sa fille, était son bien le plus cher.

« - Sais-tu que j’ai rencontré ta mère avec cette épée ?
- Comment ? »


Il se releva en prenant une pose théâtrale, conformément à la tradition des histoires de chevalerie qu’il lui contait fréquemment.

« - Hurlevent était prise d’assaut, les orcs étaient partout ! Les paladins de la cité les repoussaient mais ces bêtes étaient innombrables. Ysuan avait déjà pourfendu d’innombrables peau-vertes dans ma main, mais il en surgissait sans cesse. Au milieu des combats, alors que j’envoyais un nouvel adversaire au tapis, quelque chose a soudain capté mon attention. »

Sirius avait pris un simulacre de posture de combat, brandissant une épée imaginaire, puis il leva la tête pour regarder quelque chose en particulier, exagérant bien son geste. Il tira un large sourire d’Asélryn.

« - Des paladins venus de Lordaeron, également en difficulté ! Au milieu d’eux, une muse auréolée de Lumière tenait en respect six orcs bavant et mugissant. Alors qu’elle en terrassait deux d’un seul coup, j’ai couru aussi vite que pouvaient me porter mes jambes. Le plus gros et immonde d’entre eux leva son arme pour l’attaquer mais Ysuan le pourfendit avant qu’il n’aie terminé son geste. Pour nous deux, les trois orcs restants furent aussi inoffensifs que des agneaux ! »

La fillette suivait l’histoire, ses yeux brillants de la même admiration qu’à chaque histoire de paladins tandis qu’il contait avec quelle facilité ils défirent leurs adversaires.

« - Après avoir bravé la mort à ses cotés, j’ai fait sa connaissance et je peux te dire qu’elle avait du caractère… »

Il fut interrompu dans son récit par le vol d’une poire qui lui arriva en plein visage. Une femme arriva alors, vêtue d’une armure similaire mais contrastait fortement avec Sirius, une chevelure or encadrant un joli visage orné des mêmes yeux gris qu’Asélryn. Un visage moqueur et une carrure presque aussi imposante que celle de Sirius. Elle tenait d’autres fruits en main et semblait prête à faire feu de nouveau.

« - Tu penses vraiment que c’est le moment de lui raconter ça ? Nous sommes attendus je te rappelle.
- Tu vois ? Du caractère… »


Sélia menaça de lui lancer un nouveau fruit mais il hocha précipitamment la tête pour l’interrompre dans son geste.

« - J’avais fini mon histoire.
- Comment ça fini ? Tu comptes prendre le beau rôle ? Ton père ne t’a pas tout dit Asélryn ! »


Elle reprit le récit au plus grand plaisir de sa fille, se montrant cependant plus modérée que son époux mais non moins captivante.

« - Ton père se retrouva face à l’orc le plus grand et le plus fort qui aie jamais été vu de mémoire d’homme. Ce monstre immense ne parvenait pas à l’écraser comme tous ses adversaires précédents et mieux encore, il l’avait déjà blessé à plusieurs reprises. La bête était furieuse et d’un coup de son arme immense, il fit voler Ysuan loin de ses mains.
- Je l’ai lâchée par mégarde, tu…
- Il l’a faite voler hors de tes mains ! »


Elle insista bien sur chaque mot pour le réduire au silence avec une autorité presque effrayante avant de revenir à Asélryn que la scène amusait beaucoup.

« - Et alors qu’il s’apprêtait à lui porter le coup de grâce, j’ai saisi Ysuan et j’ai terrassé ce monstre en perçant son cœur noir !
- Ce jour-là, j’ai vu qu’elle avait vraiment l’étoffe des Elraan. »


Sirius avait perdu de sa prestance et portait un regard suggestif sur sa femme. Sélia le remarqua, sourit, mais s’approcha plutôt de sa fille pour lui prendre les mains.

« - Ysuan est puissante, la Lumière porte chacun de ses coups. Mais seuls les Elraan la manient. Cependant, ni moi ni ton père n’aurons l’occasion de l’utiliser à nouveau.
- Pourquoi ? Si c’est les Elraan qui la manient… »


Elle lui sourit avec toute la tendresse d’une mère.

« - Parce qu’un jour Asélryn, c’est toi qui la porteras. »



\\


Un jour oui… mais pas encore…
Asélryn contempla la lame accroché au mur, avec la même fascination que onze ans plus tôt, et la même certitude qu’elle n’en était pas digne. Ysuan avait été enfermée dans une armurerie à la mort de ses parents. Avec Keln, ils l’avaient récupérée mais ça ne voulait pas pour autant dire qu’elle pouvait la porter. On le lui répétait sans cesse, peut-être par taquinerie mais elle ne pouvait vraiment le nier.

Elle n’était qu’une Gamine…
Elle pensait que ses dix-huit ans le démentiraient mais cette seule pensée était puérile. Il était temps de changer et de retrouver petit à petit sa dignité.
Digne d’être l’élève de Vastrosse, digne de porter Ysuan, digne d’honorer ceux qui lui venaient en aide, digne de suivre Ayame et Stan, digne d’une Elraan…

L’illusion, seule chose qu’elle pensait encore pouvoir utiliser avec assurance, la recouvrit. Jamais Asélryn n’avait reposé le pied dans la demeure des Elraan, ce qui était venu n’était que l’ombre d’elle-même.

Asélryn avait disparu de la surface d’Azeroth mais le jour où elle referait surface, elle viendrait reprendre son bien. A cet instant précis, justice serait faite pour la dernière des Elraan.

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