Therod Aun'dore. Le Myrmidon des Etoiles

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Therod Aun'dore. Le Myrmidon des Etoiles

Message  Therod Aoun'dore le Lun 15 Nov 2010, 23:27

Longtemps on a cru que j'agissais pour moi. Pour moi et moi seul. Certains s'étaient imaginés que j'étais une sorte de malade mental, qui assouvissait par ses crimes une vengeance personnelle, ou un trouble intérieur bien plus complexe. Pourquoi chercher au delà de la simplicité la plus élémentaire ? Ils ne comprennent pas. Ils ne me comprennent pas. J'observe, depuis la terrasse, l'agora s'étendre près des allées encadrées de statues, ce monde qui vit et palpite. Alors que le soleil se couche, luisant sur le Puits d'Eternité, l'ombre du palais impérial grandit parmi cette foule. Sa ramure noire couvre rapidement une partie de la ville, alors que les lampions s'allument, se balançant entre les feux follets.
Une main, sur mon épaule. Sh'naah est là. Elle est belle, parait-il, mais j'y suis indifférent. Nous sommes tous beaux, nous, fils des Titans, les Elus, les choisis, les purs. Sa peau est blanche, elle a été exposée depuis sa plus tendre enfance aux magies du puits. Et pourtant, elle est différente des autres. Tous les Bien-nés servent leur Reine et courbent l'échine devant son impériale présence, et pourtant, pourtant... elle n'est ni Eonar ni Aman'Thul, elle n'est ni Titan, pas même terrestre – encore serait-elle une gardienne nous aurions pu comprendre... Mais pourquoi elle ? Pourquoi serait-elle notre souveraine, engloutissant le don des Titans comme les festins qu'elle offrait à ses protégés ?
Je vois. Je vois à travers les murs et les pensées. Là, dans cet immense palais qui se dresse sous la voute des étoiles divines, à la lumière de leurs chandelles de cire rouge, ils s'adonnent au vice et à la chair, rotant leur saoul comme pour conclure un repas d'enterrement. Ils sont vautrés sur leurs tapis à aspirer leur « mana » avec une délectation sans fins, leurs corps gonflés de magie s'enlaçant dans des unions arbitraires et contre-nature. Au delà même de la relation entre hommes et femmes, car là dessus Elune s'est toujours montrée clémente, c'est l'acte de le faire en dénigrant ce don en un plaisir bestial. La Déesse nous a offert ce présent, pourquoi en font-ils un si ignoble usage ?
- L'abus jusqu'au dégout. Viendra un jour où ils vomiront dans des torrents de bile et de semence leur magie et leur orgueil sur le monde, le noyant dans les flammes, susurra la voix grave de Sh'naah.
Au creux de sa poitrine était inscrit le symbole des dragons de l'ambre. Elle était fille de Norzdomu, et en avait acquis le droit de vivre en immortelle de la gente elfique. L'Eternel s'était montré clément, et lui avait rendu sa liberté. Mais parfois entre les voiles incertains de l'avenir elle décelait des parcelles. C'était elle qui m'avait mis sur le chemin du combat.
« Une vendetta, avait-elle dit, une vengeance redoutable et implacable qui s'abattrait sur leurs ventres désormais inféconds et souillés. Et dans les rues, et dans Zin'Azshari entier on clamera ton nom. Dans tes yeux je vois un avenir flamboyant, Therod Aun'dore. Tu es le messager des Titans, leur étincelle de vie. Tu es le Myrmidon des Etoiles. Me suivrais-tu ? »
L'elfe était jeune. Très jeune, à cette époque. Sh'naah avait l'air si douce, si sérieuse, comme une mère. Et puis elle portait la marque de l'Eternel, elle ne pouvait mentir.
Elle m'avait offert une vie clémente, et agréable. Je ne vis pas dans l'excès, mais dans une suffisance retenue. Avec le temps elle m'a convaincu de ma mission. Azsharah, je voyais dans ses yeux, le flamboiement de ses ambitions. Et j'en compris bien vite l'ironie, et les aspects sombres.
La main de la draconide glisse sur mon épaule jusque dans mon cou. D'un court sonnet en druidique ancestral, elle m'invite à une cérémonie nuptiale, et sous les yeux bienveillants d'Elune, cette nuit, nous consommons avec retenue son présent de chair.

Le lendemain même, je me mis en route. Sh'naah m'avait donné un itinéraire tout tracé. Ce soir, le centurion Fan'kal se rendrait aux termes sacrées pour prendre un bain dans l'eau du puits. Il en avait obtenu l'autorisation de l'impératrice après avoir capturé deux agitateurs dans le quartier de la magie, qui tentait de soulever les citoyens contre son indiscutable parole.
Je suis devant le bâtiment, où s'alignent les statues d'Azsharah. Une immense mosaïque de rosace montre, devant l'entrée, son visage baigné de lumière.
« Belore Shendo Thal'dieb ».
Gloire éternelle à la Divine Impératrice. Encadré de sa troupe, le centurion arrive sur un grand palefroi Quel'dorei. Ces créatures si pures, animées par Elune elle-même, avaient été asservies et souillées par le fessier gras de ces aristocrates. Sa cuirasse argentée cliquète alors qu'il ajuste ses armes à sa droite, et se dirige d'un pas leste et brillant dans le mégaron.
Nul besoin d'attendre. J'ai agi, j'ai fait mon devoir. Alors qu'il congédie ses gardes pour se mettre en tenue de cérémonie, je verse une grande rasade d'eau dans les braises rouges du foyer central. La pièce se remplit de vapeur, mais le centurion ne s'en préoccupe pas. A l'éclat d'une lame, ses deux gardes n'ont pas le temps de porter la main à leur cou. Je l'entends. Je l'entends, de sa respiration sifflante, s'agiter dans la soie pure. Je perçois son odeur, sa silhouette dans la brume. Ma main approche. Je vois le cuir disparaître dans le brouillard, puis se plaquer fermement contre la bouche du haut-gradé. Il ne se débat pas longtemps.
L'odeur intrigue une prêtresse passant par le megaron. Elle alerte les fantassins qui attendent le centurion.
Son corps brule dans le foyer central. Sa graisse fond et grésille entre les braises. Il est mort, rapidement, ne laissant de sa magie que des filets de fumée jaunâtre et crépitants perdus dans la rosée matinale des grands saules.
Sh'naah me félicite. Elle m'embrasse, dit que j'ai bien agi. Je suis seule, contre un empire, mais j'ai foi. Elle me dit que quatre alliés puissants viendront me prêter bien forte, et que ma vendetta ne sera bientôt que les prémices d'une révolte, d'une vague, d'une onde de choc prête à éclater sur le monde.

Elle ne m'avoua que sept-cents ans plus tard que dans l'avenir, elle n'avait vu que des flammes, et que le monde allait se déchirer dans la folie de son impératrice.

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