Pleine lune

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas

Pleine lune

Message  Heliven le Mar 19 Avr 2011, 19:55

Je serre le morceau de parchemin dans mon poing. Dans une main faible, veule et inutile...
J'ai conscience que la convocation de l'archidruide est importante, primordiale même. Une partie de moi souhaite s'y rendre, l'autre, revêche, hargneuse, ne désire que le réduire en lambeaux de chair. Lui ou n'importe qui d'autre qui se présenterait devant moi.

Je me réfugie en titubant dans une petite cave délabrée, certaine que d'ici, je n'apercevrai pas les pâles rayons de l'astre nocturne. Elle m'appelle pourtant, cette lune pleine et ronde, rappelle les longues courses dans les bois. La terre souple sous mes coussinets, l'agréable parfum d'humus et de fougères, le couinement surprit d'un gros mulot en fuite, le goût du sang chaud qui se répand sur ma langue râpeuse...
Les foulées sont régulières, si aisées, si naturelles, les muscles roulant sous un pelage couleur de nuit.
Je tremble, j'ai mal tant la Bête cherche un exutoire, sa volonté se heurtant au sortilège qui la scelle. Qui nous scelle.

D'anciens souvenirs resurgissent, l'odeur glacée de la mort qui marche, celle qu'il faut fuir à tout prix. Les émanations de douleur, de peine, d'impuissance, les cris de rage, de haine, d'agonie. Ces herbes hautes qui ne forment qu'un trop mince rempart entre la mort et moi.
Indocile, ma mémoire puise ensuite dans les événements plus récents, un parfum de sable chaud, la naissance d'une barbe qui me gratte la joue, le fil argenté de la lame qu'Aodren porte dans son dos, la fourrure épaisse de Skoll, l'esquisse de la cathédrale dessinée par Fendrel, les fragrances de linge propre, le sourire amical de la petite Noctebrise, une silhouette large d'épaule qui se signe devant une statue...

Le jour perce à travers les lames d'un plancher mal équarris, le soleil doit être haut pour filtrer ainsi. Je me redresse lentement, la tête bourdonnante, la sueur froide collant le tissu à ma peau. L'envie de m'ébrouer est vive, et impensable. Je soupire, m'étend de tout mon long, léthargique. Un détour en amont de la rivière ne sera sûrement pas du luxe mais mes paupières refusent de s'ouvrir complètement.
La lumière dissipe les songes, relègue les souvenirs anciens comme de vieux cauchemars imprécis, appelle à de nouvelles rencontres.

Revenir en haut Aller en bas

Re: Pleine lune

Message  Heliven le Mar 14 Juin 2011, 17:41

Cette nuit est une nuit de pleine lune. Cette nuit appartient à la Bête.
Cette dernière choisit de nous mener bien au delà des forêts d'Elwynn, bien plus au nord.
Je sais ce que la Bête désire chasser ce soir, elle se targue de pouvoir traquer la non morte.

Une destination que nous n'atteindrons pas, notre corps de félidé terrassé par un pic de fièvre plus virulent que les autres.
Je me couche au sol, les tempes bourdonnantes, tremblante, souffrant du chaud et du froid. Je rampe jusqu'à l'abri d'un buisson de cade, m'enfouis dans les branches épineuses en protégeant mes yeux et ma truffe. Là, je glisse dans un sommeil enfiévré.

Le Rêve d'Emeraude m'apparait comme un sentier pailleté, au milieu d'une forêt de chênes noirs. Il serpente en montant vers une colline plus dégagée. Nous sommes trois, l'Olivia du passé, l'Heliven du présent, la Bête sous sa forme de gros chat noir, aussi haute au garrot qu'un poney.
Olivia tournoie doucement, les mains légèrement écartées de son corps, le visage levé vers le ciel.

"- Il fût un temps où nous pouvions nous promener librement ici" constate t-elle, son visage paisible reflétant une ombre de nostalgie.
Je ne sais si elle tire cette information de son (nôtre) passé ou du récit de Nath.

"- Nath combat quelque chose ici, nous pouvons peut être l'aider..."
Ma suggestion avive le regard de la Bête. Je sens la magie ruisseler sur son pelage, renforcer sa présence. L'animal est ici sur son territoire, un territoire que manifestement, il compte protéger.

"- Comment l'aider ?" puis... constatant que je ne suggère rien, Olivia ajoute "détourner l'attention de cette créature ?"
Je grimace franchement.
"- Nath nous en voudrait énormément. Par ailleurs c'est moi qui aie des pulsions auto-destructrices, pas toi Olivia."
Quoique je n'en sais rien. J'ai tourné le dos à mon propre passé, enfermé Olivia derrière moi pour me fondre dans une peau de chat, puis devenir une tout autre personne.
Quand j'ai réalisé que j'étais Olivia, j'étais terrifiée à l'idée de disparaître, de ne plus exister en tant qu'Heliven...
Peut être est-ce pour cette raison qu'elle ne m'a pas imposé sa mémoire...

Ce qui ne m'empêche pas de ressentir ce tiraillement douloureux lorsque Nath est près de moi, lorsque je nous impose une distance qu'il ne mérite pas.
Il n'empêche que j'ai réellement été heureuse de le prendre dans mes bras, de constater qu'il était conscient, revenu du Rêve. Ravie de sentir la pulpe de ses doigts parcourir mon visage, suivre les reliefs de mes traits, réchauffant ma peau avec am...
Je m'interdis de penser plus, croise le regard scrutateur d'Olivia.
"Oui" semble t-elle me répondre, ses prunelles sombres, étincelantes comme deux billes d'obsidienne, me jugent... coupable... assurément.


"- J'ai promis..." et mon murmure me semble une bien piètre défense
"- Tu n'es même pas sûre qu'il t'aime !" Je tressaille, son coup de poignard a porté.
"- Pouvons-nous... en revenir à l'aide qu'on peut apporter à Nath ?" Ma voix saigne, admet ma défaite et supplie pour sa clémence.
Olivia soupire mais me prend en pitié.


"- D'accord. Evitons donc de nous fourrer dans la gueule du cauchemar et cherchons des alliés pour Nath. Ainsi la prochaine fois qu'il viendra ici, il n'en sera que mieux armé..."
"- On n'est pas censés le défendre plutôt ? Tu sais, histoire qu'il ne revienne pas en lambeaux..."

Olivia soupire à nouveau, longuement cette fois. La pauvre semble exaspérée de ma lenteur à comprendre les choses. La Bête me pousse gentiment du museau avant de me mordiller le bras.
Bien sûr.
Nath utilise peut être la magie de guérison, mais nous, nous sommes griffes et crocs.

Nous façonnons finalement une arme : un manche de chêne noir, lisse et sans fioriture. Les veines du bois, naturelles, ornent néanmoins joliment cette poignée tiède, lisse, lustrée comme si elle avait été lazurée par un ébéniste. Une lame d'ivoire est incrustée dans le bois, nous en peaufinons les détails alors que nous sentons la réalité nous tirer à elle.

"- Il nous faut nous hâter, la fièvre tombe..."
L'un des tranchants est affûté comme une lame d'acier, l'autre est crénelé, destiné à cisailler comme les mâchoires d'un carnassier.
Le couteau de chasse tombe de nos mains dans un bruit feutré, s'enchâsse dans le sol, se laisse absorber par le Rêve d'Emeraude.
En espérant qu'un jour, ce cadeau trouvera son destinataire...

Revenir en haut Aller en bas

Re: Pleine lune

Message  Heliven le Mer 08 Fév 2012, 22:19

La chambre me semble plus grande, probablement parce que nous n'y avons rien entassé. Le lit est défait en permanence, les draps et les couvertures roulées en un espèce de nid ou de fond de tanière.
Je m'attendais à un accueil plus hostile, comparant Fort Fenris au territoire investit par dame Augur. En réalité il fût étrange.

L'homme en vert était le plus accueillant, l'homme en armure le plus méfiant. La fouille, ou plutôt l'examen, consista en une question tout aussi incompréhensible que l'eau qui nous a été envoyée sur le front. Rien qui ne fustigea mon odorat ni ne brûla ma peau, l'eau était froide et ne visait pas mes yeux.
Je retins seulement un grondement de protestation car la Bête n'appréciait pas l'eau outre mesure. Heureusement il n'y avait pas de quoi la noyer non plus.

Je discute avec l'homme de faction. Pas plus que l'homme en armure, celui ci ne semble apprécier ma forme animale. J'essaie de comprendre pourquoi sans y réussir vraiment. Une histoire de druide et de forme de combat. Une question de logique.
Je détaille le profil de l'homme avec attention, ses traits ne reflètent ni agressivité, ni de curiosité. La Bête me souffle qu'aux yeux de cet homme, je ne suis que "quelqu'un qui ne se conduit pas comme il faut".
Puis un garde s'approche de mon interlocuteur, lui chuchote quelques mots à l'oreille. Quelques mots qui lui rappellent sans doute à ses devoirs puisqu'il me souhaite la bonne soirée en se dirigeant vers la double porte qui barre l'entrée du bastion des Sombrecoeurs.

Je retournerai auprès de mon compagnon, retrouvant la chaleur de sa présence. Ici ou ailleurs, contre lui, je serais chez moi.

***

Je me glisse hors du lit conjugal, tourne le visage par la fenêtre. Le ciel est d'un gris sombre uniforme pourtant la Bête ne se trompe pas, nous sommes bien une nuit de pleine lune.
Je dois retrouver l'extérieur, avant que ma conscience ne se dissipe complètement. En chemise de nuit, dans le froid, j’atteins en courant les hautes portes. Si les gardes de factions sont surpris, s'ils commentent mon comportement, ce sera dans mon dos. Si les entrées sont scrupuleusement filtrées, rien n'interdit les sorties.

Alors que je change de forme, ma palette de vision se modifie, passant d'un monde aux nuances de gris à une palette de bleu nuit, d'indigo, de noir d'encre et d'ardoise, je laisse dans mon dos le domaine des hommes : fragrances de pierre et d'acier, de cuir et d'équidé, pour me tourner vers celui d'un environnement plus sauvage.

Le lichen et la mousse couvrent la plupart des surfaces, laissent une impression d'humidité et de décomposition perpétuelle. La proximité des morts-qui-marchent, la marque piquante mêlant préparation d'embaumement à la magie nécrotique...et quelque chose de différent, de tout aussi malsain, fragrance doucereuse et corruptrice. Nous traquerons cette nuit…



[hrp]Un merci au duc de Chemincour, à ceux qui nous ont accueillit à Fort Fenris et aux quelques mots échangés avec le sieur Walace[/hrp]

Revenir en haut Aller en bas

Re: Pleine lune

Message  Contenu sponsorisé


Contenu sponsorisé


Revenir en haut Aller en bas

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut

- Sujets similaires

 
Permission de ce forum:
Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum