Le temps est éphémère...

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Le temps est éphémère...

Message  Cymbelîne le Mer 06 Juil 2011, 11:10

Depuis combien de temps suis-je là?

J'ai l'impression que cela fait des siècles, passant d'un corps à l'autre, d'une vie à l'autre..

Le Temps....ils ont tenté de l'emprisonner dans leur mécanismes et leurs calendriers... se disant qu'ils sauraient la contrôler s'ils parvenaient à la mesurer, en secondes, en heures...en siècles.

Me voici une nouvelle fois sur le banc des accusés...sauf que c'est eux qui sont assis et moi debout, les poignets enchaînés. Cette salle est immense et pourtant je suffoque...la tête me tourne....j'ai cette sensation désagréable que les murs avancent, que l'air m'étouffe. Ils sont là, chacun sur un trône...ils sont trois en tout. Je les vois en ombre chinoise, je ne vois pas leurs visage...mais mon esprit ou est-ce ma folie, leur a donné les traits du passé.

Comment en suis je arrivé là? Je ne sais pas avec certitude quel est cet endroit...est-ce cela l'enfer? Ou suis je enfermée quelque part dans un coin de mon esprit?

Qui suis-je en fin de compte...c'est ce qu'ils essaient de découvrir.

Qui sommes nous en général? Sommes nous la somme d'une suite de nos propres choix? Est ce notre vision et notre ressenti des choses qui dicte notre conduite? Est-ce la manière dont on nous perçoit qui règne sur nos actes? Sommes nous génétiquement programmés pour être ce que nous sommes? Où est ce un tout?

J'écoute le chef d'accusation du premier, il me terrifie...sa voix gronde...elle me glace.

"Infanticide! Qu'avez vous à répondre?"

J'ai l'impression de m'éffondrer de l'intérieure en entendant ce mot...
Qu'ais-je donc à répondre à ça? Je suis coupable...coupable...


"Je ne voulais pas...c'était un accident..."


La pièce disparait...je revois la scène..non...je la revis ...devant témoins.


Je tiens Glorius par la main, nous courrons...il a peur...et moi je suis terrorisée. Je revois ses boucles blondes, son visage angevin...il ressemble tant à son père...




J'entre dans cette grotte, je ne sais pas où je vais, j'essaie de trouver un endroit où nous cacher...nous savons qu'il est tout proche...j'entends le bruit de son armure, j'entends sa colère qui nous appelle. Nous nous réfugions derrière cette pierre...dans l'espoir qu'il passera devant la grotte sans entrer.





"Maman! J'ai peur, maman!"


Il est en larmes, je ne suis que détresse...Il lève son petit visage trop jeune pour connaitre la terreur vers moi, son regard me supplie....je dois le protéger...il ne parvient à contrôler ses sanglots...comment le pourrait il? Il n'a que deux ans...il a peur comme moi. Comme moi il est terrorisé.

"Chuuut! Chuuut mon p'tit ange...s'il te plait ne pleure pas...ne pleure pas...il va nous entendre..."

Je mets ma main sur sa bouche...il se débat...je ne peux pas le laisser pleurer, il en va de notre survie à tous deux. J'entends l'armure...j'entends la colère qui s'éloigne...je recommence à respirer...j'attends encore un peu...et avec douceur j'enlève ma main...mon enfant ne pleure plus...

"Il est partie...on va....rester là encore un peu avant de sortir...ça va aller, ça va aller....maman est là, ça va aller...
Glorius? Réveilles-toi Glorius, Glorius? "

J'entends l'hystérie dans ma voix alors que je me rends compte de ce que j'ai fait.

"Noooooooooon! Glorius, réveille toi! Respire Glorius! Je t'en supplie, respire!"

Une ombre en armure se dessine à l'entrée de la grotte...la folie devient mon refuge...

La grotte s'efface peu à peu...je me retrouve dans cette pièce...

J'hoquette....je suis en larmes...à l'image de Glorius, je ne parviens pas à retenir mes sanglots...

Comment plaidez-vous?

Coupable...coupable!


Mes jambes vacillent...je tombe à genoux...tout devient noir...

Dans les confins de ma mémoire je me souviens de ce que j'avais donné: amour et naiveté
Dans les confins de ma mémoire, je me souviens de ce que j'ai appris en retour: cruauté et désespoir.

Le temps n'existe pas...













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Re: Le temps est éphémère...

Message  Cymbelîne le Jeu 21 Juil 2011, 23:46

"Meurtre! avec préméditation!"

Le deuxième juge vient de parler...sa voix est grave, et a quelque chose de sensuellement dérangeant...je reconnais cette voix...je garde la tête baissé, je ne veux pas le voir.
Et voici que tombe tel un couperet le deuxième chef d'accusation...

J'étais pas faite pour prendre des vies, pourtant je l'ai fait...pour des raisons divers...au début par légitime défense...ensuite pour survivre ne pas me faire repérer et puis petit à petit on s'y fait... la vie des autres ne semble guère plus importante que sa propre existence...de toute maniere...on doit tous mourir un jour, n'est-ce pas? Ce qui rend la chose excitante, c'est qu'on ne connait ni le jour, ni l'heure, ni l'endroit...chaque soir en se couchant, ils y a ceux qui se disent: encore une journée..c'est déjà ça...et y a ceux qui se demandent s'ils vivront assez
longtemps encore pour voir le jour se lever. C'est comme ce verre qu'on voit à moitié vide ou à moitié plein...et en fin de compte, on en fait tout une histoire, mais c'est du pareil au même.
Mettre fin a une vie vous donne cette sensation de domination...on joue les destructeurs...c'est nous qui décidons si et quand ça s'arrête...meme s'il s'agit de sa propre vie.

Je sais de quel meurtre ils parlent...ce jugement est une farce où je suis moi-même l'accusée et la victime.

Je regarde par dessus mon épaule...il n'est plus là...malgré sa promesse...
Les promesses, après tout, sont faites de la meme matiere que les mensonges: de bien jolis mots, de ceux a vous tourner la tete...et d'intentions....bonnes pour la plupart, comme de ceux
qui pavent l'enfer. Ce qui leur donne leur beauté...c'est cette fragilité et ce côté si
éphémère...alors que l'apparence de celui qui la donne se veut d'etre indestructible et eternel.

Il n'y a rien de plus triste en ce monde qu'une promesse qui se brise...un espoir qui se perd...
Et si on y réfléchit bien qui est coupable? Celui qui a fait la promesse? ou la personne qui l'a nourrit en y apportant foi?


Non, il n' y a plus personne...et je sens cette solitude tel un serpent enroulé autour de mon cou
m'empêchant de respirer...le manque d'oxygène me brûle le cerveau...ça tourne...ça fait du bien.


"comment plaidez-vous?"

Je garde la tête baissée...c'était bel et bien prémédité...mais nous étions deux...comment appelle t on cela quand celui à qui on termine la vie s'avère complice de l'assassin et où celui qui prend la vie est en fait la victime?

Je ne désire pas revoir ces images...je les ai déjà trop souvent vécu...par le biais d'un souvenir trop vivace...je ne désire plus me battre...

" Coupable..."

Inutile d'en dire plus...inutile de leur dire que par mon geste j'ai compris que l'amour pouvait perdurer...au-delà de la trahison...
Trop tard...mes leçons, je les apprends toujours quand il est trop tard...

Mais il n'y a pas de pitié pour les femmes comme moi...alors je ferme les yeux...comme si ce seul geste suffirait à ne plus voir...à ne plus entendre....ne plus souffrir...

Le bois de la cabine craque...accompagné du léger clapotis de l'eau contre la coque...au loin, une cloche retentit.
Deux respirations...deux voix:



'Tu sais...
-Oui..
Je t'aime...'

L'ombre d'une main tenant une pointe ...la main s'abat brusquement ...le bruit est sec, alors que la lame s'est enfoncée dans la chair...un hoquet de surprise...non...il savait...

'Je....t'....aime...
-Je sais, mon amour....'

La silhouette féminine se pencha...et baise les lèvres de son amant...

'Je sais...."

une femme pleure dans le silence de cette nuit là...


"coupable!"

Je sens encore le feu qui avait réduit mon cœur en cendres cette nuit la...

Ce cœur je l'avais offert enveloppé de Confiance...
...et ai appris, en échange...ce qu'étaient Mensonge et Tromperie...

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Re: Le temps est éphémère...

Message  Cymbelîne le Jeu 04 Aoû 2011, 10:11

Heureux ceux qui savent échapper au destin...comme je les envie.
Ce destin qui m'a fait entrevoir la vie qui devait être mienne et qui est vécue par une autre. Mais qui suis-je en fin de compte pour décider qui d'elle ou de moi l'avions le plus mérité?

La tête me tourne, j'ai la nausée, je sens que je vais pas tarder à rendre...mais rendre quoi? Je ne me souviens plus de la dernière fois que je me suis nourrie.

Je me rends compte à quel point cet endroit est lugubre et aux étranges teintes d'un vert sombre...l'air est glacée car je vois la vapeur d'eau qui s'échappe de mes lèvres alors que je respire...je respire....cela veut il dire que je suis toujours en vie? Aurais-je échoué? Comment cela se peut il....je me souviens de ce combat...je me souviens n'avoir eu aucune force, aucune envie de triompher...je l'ai laissé me réduire à néant...du moins je le croyais.

Il fait si froid ici...alors pourquoi est ce que j'ai l'impression que je brûle de l'intérieure? J'ai l'impression que mes entrailles sont emplies d'incandescence, que le feu s'est installé là, sous ma peau...

Ils sont là à passer en revu ma vie, mes erreurs, mes fautes....j'étais candeur....ils ont fait de moi manipulation...
J'étais amour....ils ont fait de moi haine...
J'étais confiance....ils ont fait de moi traîtrise...

Eux aussi seront ils jugés?

Est ce vraiment eux qui m'ont rendue ainsi? Pour faire face à l'image que vous renvoie le miroir ne dit-on pas qu'il est plus aisé de faire disparaître le remord en attribuant la faute aux autres?

J'étais une femme passionnée en tout...mais la passion est une chose dangereuse... magnifique, spectaculaire même... fascinante...tel le feu...mais tel le feu, elle réduit en cendres à qui n'y prend garde...ais-je trop joué avec le feu?

Et voici le troisième chef d'accusation:


"Vous avez transgressé "La Règle!""


Ah...et moi qui pensait que ce serait encore une vie que j'aurais détruite d'une manière ou d'une autre...c'est peut être le cas tout compte fait...la mienne.

La voix ne me glace plus, c'est comme si je n'étais pas là...j'écoute...je sais que ça va encore me faire mal...la douleur aussi me fait dire que je suis sans doute encore en vie. J'avais pas mérité ça.


"Comment plaidez vous?"

J'ai même plus envie de répondre...j'ai envie d'être ailleurs...j'ai envie de ne plus exister, ni ici ni là-bas...j'ai simplement envie de ne plus être, tout simplement...est-ce trop demander?

La scène se déroule dans une grange près de l'étang d'Olivia. A l'extérieur, entre deux planches de bois un peu usé, il y a un trou...debout près de ce trou la silhouette d'une femme encapuchonnée...on voit ce qu'elle voit: un homme brun à la barbe naissante et habillé de manière élégante et une femme brune, vêtue elle aussi avec beaucoup de goût...ils sont dans les bras l'un de l'autre...

Une voix masculine se fait entendre: elle est taquine, suave, faussement menaçante.

"Deux dis tu? Alors il me faudra éliminer ces deux rivaux le plus rapidement possible, car je ne veux te partager avec personne..."

La silhouette à l'extérieure se raidit et s'éloigne du trou dans le plancher...un coin de son visage semble devenir aussi blanc qu'un linceul.


J'ai transgressé "la Règle" oui, celle d'une confiance aveugle, celle qu'on se doit d'avoir en amour ou en amitié mais derrière laquelle certains se plaisent à se cacher...la seule faute qui soit impardonnable aux yeux de tous, y comprit aux miens..pourquoi ais-je fait ça? Pourquoi avais-je besoin de preuves à ce que j'avais deviné depuis si longtemps...peut être parce que cela faisait des mois que je passais à souffrir...à attendre des journées, des soirées, des nuits entières, seule dans cette grande bâtisse à attendre la fin de ma grossesse et ensuite à vouloir me convaincre que je pouvais être une bonne mère à allaiter et m'occuper de cet enfant qu'il avait ardemment désiré...des mois où les mots avaient commencé à sonner faux... j'étais à bout, je n'en pouvais plus...

Alors d'une main tremblante j'ai ouvert cette porte...le vent s'est engouffré faisant écrouler les murs de ce château que je croyais de pierres mais qui en fin de compte n'était fait que de cartes pour la plupart truquées...le château s'est effondré...et avec elle, ma vie.


"Coupable"

J'avais offert mes plaies à panser, j'avais dévoilé mon âme...et ai reçu en retour abandon et indifférence.

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