Ombres du passé.

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Ombres du passé.

Message  La Dame le Sam 03 Sep 2011, 17:58

La nuit est calme sur Théramore. Les cordes craquent, les gréements grincent ; le bateau tangue doucement, comme un enfant endormi sur des couvertures aqueuses. La mer essaie de charmer la lune en lui présentant son reflet d'argent luisant, bosselé par un vent délicat qui la ride. Malgré la paix de cet instant, celle que l'on appelle la Dame s'agite sur une couche de marin. Son univers se réduit à son esprit, à ses cauchemars qui l'assaillent, esquilles d'une réalité antérieure brisée.
Est-ce un hasard si Evarinyà Cyan Maerith a choisi de se faire appeler Souvenir ?
Tourmentée, prise au piège du tissu élimé qui l'enserre tel un linceul, elle laisse échapper un long gémissement. Non. Ça n'est pas un hasard.
Souvenirs...

Tu cours, tu cours, je sens ta peur, j'entends tes halètements horrifiés, ton cœur affolé. Ignores-tu que je te vois ? Ignores-tu que tu ne peux rien faire ? Peux-tu donc être si naïve ?...
Je suis là. Je te vois. Tu cours, tu fuis, et je vois l'éclat de la lune illuminer tes cheveux violets, si semblables aux miens. Puis, enfin, tu t'arrêtes. Tu ne peux pas aller plus loin, il n'y a plus rien, rien que la falaise, et, loin en contrebas, cette mer agitée qui te contemple avec l'intensité de l'abîme.
Tu te tournes vers moi. Aurais-tu enfin décidé d'affronter ton destin ?...
- Tu ne peux me tuer, dis-tu, car je serais là pour assister à ta fin.
Est-ce une prophétie ? Une intuition ? Ou cherches-tu simplement à me troubler, à me décontenancer ? Les deux thèses se valent.
Tu es là, devant moi, fière, droite, aussi inflexible dans l'inéluctable que tu as été lâche dans ta fuite inutile. Ton regard, de feu et d'acier, vaut toutes les promesses de mort que tu n'exprimes pas.
Mais tu es vaincue, toi si puissante, si sûre, si maîtresse d'elle, tu es vaincue et tu fais face à ta fin, cette fin que tu n'avais pas vue, pas prédite, pas même devinée. Peut-être l'espoir t'a-t-il coûté ta clairvoyance. Cette naïveté, cette volonté de me faire redevenir telle que je le fus...
Mais le monde n'est pas ainsi, il ne fonctionne pas de cette manière. L'ignorais-tu, dans ta sagesse ? Le monde est dur, froid, impitoyable et rude. Mais peu importe.
- Finis-en, me lance-tu.
Soit.
Voilà ta fin.
Voilà le voile noir que dans les multiples chemins tu n'as su discerner.
Voilà pour tes rêves, tes espoirs, tes envies.
Voilà le sort que l'Univers t'a réservé, pour toi, Jennesta, ma sœur.
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Re: Ombres du passé.

Message  La Dame le Dim 04 Sep 2011, 17:29

La nuit tombe une nouvelle fois sur le port, abattant sa chape d'obscurité à travers l'air immobile. La lune poursuit sa course lente dans le ciel de velours sombre, indifférente aux tourments qui agitent les âmes et les cœurs des races mortelles. Celle qui fut la Dame appréhende le sommeil, le moment où le passé se rappelle à elle, où les souvenirs chantent ses regrets aux fantômes de rêves d'un temps révolu. Elle ne cesse de se répéter que ce qui a été ne doit avoir aucune prise sur ce qu'elle est, c'est un mécanisme inéluctable qui, à l'aune de ses sanglantes mémoires, ne peut être stoppé dans sa course.
Elle ferme les yeux.

Prie pour moi, j'ai perdu ma foi dans les guerres sacrées...

- A genoux, tonne sa voix terrible. Et l'être devant elle ne peut qu'obéir, malgré sa haine, malgré sa rage et sa folie. Il ploie son corps tourmenté, torturé, jusqu'à se retrouver à genoux. Son regard dément se fixe sur elle, elle le devine malgré le masque : l'être n'est pas aveugle. Le lourd morion n'est là que pour masquer son visage, si proche du sien. Pour lui rappeler son infériorité, son impuissance face à celle que l'on appelle dorénavant la Dame. L'Asservissement pèse sur son âme, lourdes de chaînes d'une volonté glacée et implacable.
- C'est bien, Ewella. Mais dorénavant tu répondras au nom de Discorde. Telle sera ton arme.
Et l'Asservie ne peut que serrer les dents sous son morion.

Donne-moi la force de faire face à la vérité...

- Qui êtes vous ? rugit l'homme.
Tout autour d'eux, l'enfer se déchaîne. Ce n'est pas un combat qui ravage le grand hall mais bien une guerre, l'humanité face à la Bête, cette bête sauvage, cruelle et sanguinaire qui a fait des worgens ses hérauts. Les armoiries des Hendrake -représentant un loup hurlant à la lune, comme c'est ironique- sont brisées et foulées dans les corps-à-corps sanglants, martelées par les pas des hommes, et ceux, bien plus nombreux, des loups.
-Qui êtes-vous ? rugit l'homme.
- Mais je suis la Dame, Ashton Hendrake, répondit-elle avec un petit rire.
Elle pose une main sur sa tête, et les chaînes de l'Asservissement s'imposent à lui, lourdes et froides dans son esprit martyrisé.
Il hurle, il hurle, il hurle.
Elle se contente de le regarder paisiblement.
- Viens, Hiver. Nous avons du travail.

Prie avec moi pour que je trouve le chemin vers la Lumière...

L'elfe lui fait face, bien droite. Mais elle voit à travers ses yeux le prisme fragmenté de son esprit. Ils sont plusieurs dans ce crâne, visiblement, et l'elfe paraît en pleine négociation intérieure.
Elle la regarde avec amusement. Discorde est à ses côtés, forme sombre accroupie, en retrait derrière sa maîtresse.
- Vorn'Hia, Vanyali, lance-t-elle. Laevateinn. Tant de noms pour aucun but. Laisse moi t'en offrir un. Sois le Désespoir sous les ailes de mon Empire naissant.

Donne-moi la force de faire face au mal que j'ai répandu...

L'air chaud est moite, putride, sous les arbres mornes. Une forte odeur de végétaux en décomposition s'élève des troncs et des herbes effondrés dans l'eau stagnante du Marécage.
Elle se tient droite sur la route de pavés blancs qui traverse ce marais qu'elle ne peut que considérer comme fétide. Elle attend, avec une patience infinie, scrutant les ombres sous les branches tordues.
Après quelques instants, une silhouette se profile entre les troncs couverts d'une mousse imbibée d'eau.
Elle lisse sa robe, se racle la gorge et lance d'une voix forte et claire :
- Tu n'es qu'un Écho du passé.

Je ne peux plus justifier le sang sur nos noms...

- Le corps d'Araéthurian Steiven Maerith est un peu abîmé, mais on peut arranger cela, explique Hiver. De plus, c'est le meilleur réceptacle qu'on puisse trouver, en raison de sa parenté proche avec celui que vous souhaitez rappeler.
Le cadavre est allongé sur un autel de pierre. Ses cheveux, d'un roux flamboyant, tranchent avec la pâleur de la mort dont est parée sa peau froide. Ses yeux, dont Hiver a relevé les paupières, de sorte qu'ils s'ouvrent sur un univers invisible, sont bleus comme le ciel. Sa ressemblance avec Corwin d'Ambre Maerith est indubitable.
Le druide noir se penche au-dessus du corps pour faire face à la Dame.
- Ignoriez-vous qu'il est son jumeau ?
Le petit sourire dénué d'émotion de sa maîtresse l'ébranle.
- Avez-vous décidé du destin de chaque membre de cette famille ? Menez-vous réellement leur vie comme vous menez votre monture ?
Il recule.
- Par tout ce en quoi j'ai un jour cru...

J'espère, je prie pour ne pas me perdre entre deux mondes...

Ils se sont donné la mort l'un à l'autre. De là où elle se trouve, elle peut voir qu'il s'agit d'un couple. Elle décide de s'approcher. Peut-être est-ce ce choix qui a tout déclenché.
Leurs yeux sont ouverts. Et fixés sur elle. Elle hurle.
Mais son propre regard reste fixé, avide, sur ses yeux assombris, quatre mares d'obscurité où se mire la mort. Et au-delà, un lointain vortex, un tourbillon d'énergies tordues et désordonnées, qui s'entrechoquent sans fin vers un futur sans cesse plus incertain.
Au-delà de la mort, le Chaos.
Son âme fascinée se tend vers lui. Et il envahit son âme.
Elle se noit dans sa beauté, dans sa grandeur, et plus encore dans sa volonté. Elle doit le servir. Elle doit étendre le Chaos sur le monde. Tous doivent reconnaître cette magnificence dévastatrice.
Son cri se change en soupir de ravissement.


Soupir, qui, torturant son âme, devient hurlement qui transperce la nuit.
La lune poursuit sa course indifférente, là-haut dans le ciel, qui, déjà, s'illumine des couleurs d'une aube nouvelle.
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