Rien

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Rien

Message  Angron Manus le Sam 31 Déc 2011, 17:14



Le soleil sombrait à l’horizon. Suivant sa chute improbable là où le ciel et la mer se rejoignaient, dans un paysage aux tons rosés, d’orange et carmins. L’astre diurne tombant sur le monde des hommes, la chute flamboyante, embrasant le ciel et les nuages dans sa chute vers les flots déchainés du Maelström. Les odeurs d’algues vertes, couvrant la plage en contrebas dans un manteau épais, remontaient vers les dunes surélevées, planant dans l’air, se mêlant aux sels marins dans un parfum corsé, si connus aux gens de l’océan, qui bercent les enfances et bordent de souvenirs les plus âgés.
Les quelques mouettes voletant dans les cieux, se laissant porter par les vents chauds, piaillaient à qui-mieux-mieux, sous le concert de fond de la valse lente de la marée venant lécher le sable fin, inlassable.


Enored fixait lui aussi ce paysage étrange, à l’instar de son cavalier, profitant de la solitude toute relative qu’offrait ces lieux et ces temps, plongeant les deux êtres dans un silence contemplatif, dans ce petit bout du monde oublié, loin des sentiers battus. Il n’y avait que les quelques volatiles au pelage blanc cassé pour partager avec eux là le dernier couché de l’an trente et un. Au loin au nord, la timide lueur d’un phare guidant à bon port les frêles esquifs des pêcheurs solitaires, et les caravelles aux ventres gonflés de marchandises et d’or, comme une mère rappelant ses enfants à elle avant la tombée de la nuit. Les récifs traitres dont les dents acérées pointaient parfois depuis le creux des vagues, comme sorties de l’imaginaire trop fécond d’un enfant voyant les monstres dans les ombres.


Mais les monstres, les créatures maudites qui se nourrissent du sang et de la peine ne vivent pas sous les lits ou dans les armoires. Ils ne se cachent pas du soleil, et ne sortent pas une fois la lune suspendue parmi la myriade d’étoiles scintillantes. Non, les monstres se dissimulent sous les façades ordinaires des menteurs et des lâches, ils offrent sourires et mains tendues, ils offrent leur épaule et leur soutient indéfectible, et se nomment eux même amis. Ils se tiennent droit et le menton haut, le front large, les épaules carrés. Et c’est quand tremble le sol, et que s’agitent au-dessus de nos têtes les lourds nuages chargés d’éclairs, qu’ils montrent leurs crocs et leurs griffes, nous précipitant depuis ces faux promontoires de marbre et d’argent, jusqu’aux limbes sans fond dont ils sont issus. Car dans cette chute sans fin, enlacés comme de faux amants, l’unique chant qui résonne est celui de leurs rires ; et ce n’est ni un croassement aigu, ni même le crissement chaotique d’une quel qu’on que créature chimérique. Ce ne sont que les éclats de rire d’hommes et de femmes, se mêlant aux hurlements des damnés.



Les rayons du soleil se rêveraient sur la surface agitée de l’océan, balayés par un vent de sud, les rafales traitresses battant la cape dans le dos du cavalier. A mesure que le Flamboyant plongeait dans les abysses, que l’air se faisait plus frais, les piaillements des volatils marins s’éteignirent, marquant la fin d’un jour, sous la lumière déclinante des rayons orangés. Le cavalier se tenait bien droit sur sa selle, ne détournant pas un instant le regard de cette scène qui aurait inspiré le plus morne des peintres d’Azeroth. L’Ardent laissant le trône des cieux aux lunes jumelles, se dressant avec panache, baissant leurs visages pâles sur la côte escarpée.
Le cavalier glissa les pieds hors de ses étriers, démontant dans le crissement des plaques de son armure. Sa main glissa sur la robe de sa monture, flattant son flanc, enroulant les rênes autour de la selle. L’étalon piaffa, renâclant, rassuré par le contact et la quiétude des lieux.


Les petits sentiers qui descendaient le long des dunes serpentaient entre les hautes herbes et les roches traitresses, le sable n’assurant qu’une stabilité toute relative, manquant de faire chuter le chevalier à chaque pas. Ce ne fut qu’au terme de longues minutes de descente périlleuse que l’océan si proche l’accueilli d’une rafale d’embrun, les rouleaux se fracassant dans un bruit de tonnerre contre les roches dentelées. Le silence de mort succédant aux brisants assourdissant, les vagues roulant leur dos enflées, pour venir fouetter la côte dans un concert hurlant.


Le soleil à l’agonie lançait sur la côte ses derniers rayons, comme des mains appelant à l’aide, cherchant à se retenir, ne pas glisser vers l’océan qui semblait l’avaler, dévorer cet astre flamboyant avec appétit, le noyant dans la masse sombre qui enveloppait l’horizon.


Le Chevalier écouta longuement, les bruissements du vent, les murmures de l’océan, les grondements de la roche, mais en vain. Car ici comme ailleurs, aux questions muettes et vierges de sens, il n’y avait rien.


Rien.

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