L'or et l'écarlate

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L'or et l'écarlate

Message  Angron Manus le Mar 30 Avr 2013 - 12:22



Rien ici n’était naturel. Ni la brise légère faisant claquer la multitude d’étendards. Ni le ciel azur dénué du moindre nuage, toile parfaite ou brillait un soleil éclatant.



Chaque chose était à sa place, les rangs symétriques de bouclier aux riches dorures entrelacés, les pavés de marbre immaculés. Même la foule, synonyme de masse informe aux couleurs variés, se tenait de manière ordonnée, sur plusieurs rangés immobiles. Il régnait sur ces lieux un silence respectueux, mû tant par la crainte que les bouffés palpable de fierté arrogante. Il n’y avait dans cette amas de citadins ni enfants, ni ancien, la similitude des individus se trouvait être plus que frappante. Aucun ne ressortait du lot, tous avaient les traits aquilins, les yeux d’un vert luminescent, d’aucun diraient malsain. Les mentons fins, oreilles effilés et longues chevelures, seules les couleurs de ces dernière variait parfois d’un Sind’orei à l’autre.


Il y avait dans leur tenue une sorte de course à la perfection, la beauté affichée et suffisante. Riches étoffes aux couleurs chamarrées (le rouge revenant bien souvent ça et là), bijoux étincelants fait pour attirer l’œil, certains portaient même au flanc des armes d’apparats, ou se tenaient sur des bâtons ouvragés.



Tous observaient la longue procession silencieuse des soldats, qui paradaient au son des cors et des tambours. Mais nul cri de joie, pour les enfants de la nation, ni hourra, ni acclamation pour ceux qui allaient en guerre. Quelques sourires, tout au plus, mais la retenue était chez ces gens marque de noblesse.



Le pas cadencé des bottes de plaque résonnait le long des avenues pavées, arrachant aux habitants de Lune-d’Argent des bouffés de fierté palpable, inégalés. Au Royaume de l’arrogance, chacun est Souverain.



Un peu en retrait de l’impressionnante procession, la Haute Dame (c’est ainsi qu’il la nommait, du moins) observait distraitement les rangs disciplinés faisant leur dernier tour de la ville. Tout comme ses semblables, elle avait les traits effilés, taillés comme une lame aux reflets tranchants. Sa longue chevelure d’or relevée en un chignon sophistiqué s’accordait aux reliures de sa robe de soie couleur crème. L’œuvre d’un artisan couturier, semblant avoir été cousue à même son corps, suivant ses courbes féminines avec élégance, et une pointe de concupiscence maitrisée. A ses bras fins, quelques bijoux savamment portés, anneaux et bracelets d’argent, mais sans excès.

Sur ses lèvres rehaussés d’un rose pâle se dessinait une légère moue, signe que le spectacle ne l’amusait qu’à moitié.

Si elle était parée de la beauté de ses pairs, elle avait dans le regard une flamme ambitieuse et dévorante, reflet incandescent de son âme troublée. Si bien que les œillades vers elle étaient nombreuses, pour son plus grand plaisir.



Elle leva une main légère et fit une signe au Sind’orei à ses cotés. La ou elle était légère et fine, lui était engoncé dans une lourde armure aux tons sombres. Il hocha la tête couverte d’un casque aux lignes agressives, et dans le grincement de plaque d’acier, tourna les talons. Il s’avança dans la foule, écartant les passants, suivit de près par la Dame.

Ils prirent le chemin d’une ruelle étroite, qui serpentait entre les hauts bâtiments, pour se rendre dans les quartiers moins fréquentés. Ils ne s’arrêtèrent qu’une fois qu’elle l’eut décidé, prenant place sur un banc masqué par l’ombre d’un grand orne. Croisant les jambes, elle sortit de son petit sac un livre qu’elle ouvrit sur ses genoux, se plongeant dans une lecture distraite en profitant de la fraicheur de cette fin de journée.

Le guerrier s’était placée a ses cotés, sans un mot. Il glissa quelques mots sur un ton de connivence, qui firent froncer les sourcils à la blonde avant qu’elle ne sourit, rétorquant du même ton complice.

Malgré les apparences, le soldat n’était en rien son serviteur (il ne l’était plus du moins, aimait-il à se dire lorsqu’il la rejoignait dans sa couche). Il se tenait bien droit, rigide, observant d’un regard froid les passants qui approchaient un peu trop, avec l’air de signifier qu’il n’était pas elfe à apprécier la proximité d’inconnus.



Avà se plaisait à observer en coin le guerrier, avec sur le visage l’air de celle qui se demandait quelle prochaine farce elle pourrait lui faire. Ils n’avaient pas besoin de combler ce silence serein, se complaisant l’un et l’autre dans cet environnement modulé aux convenances de leur race, ce royaume du paraitre et de l’esthète.



Finalement, une silhouette sortie des ombres, s’approchant du duo tête baissé. Il portait une longue cape, capuche rabattu pour couvrir ses traits. Courbé en avant, sa manière de marché avait quelque chose de désordonné - pied gauche, pied droit, pied droit, pied gauche – jusqu'à se tenir devant eux. Mais Nemiel avait réagit en conséquence, d’un pas en diagonale pour intercepter toute tentative d’agression. Car même s’il n’y avait dans l’attitude de l’arrivant rien qui paraisse menaçante, l’ancien soldat restait méfiant, prompt à réagir à une menace dissimulée.

Le boiteux s’exprima dans un orc grossier et rocailleux, porteur d’un accent que Nemiel ne connaissait que trop bien. Ils échangèrent quelques paroles, sous le regard pétillant de la Dame, qui se contentait d’égrener les pages de son livre entre ses doigts, avec l’air d’une petite fille devant un paquet bien emballé.



De la silhouette encapuchonnée se dégageait une forte odeur de nécrose et de chair putréfiés. Le guerrier fronça du nez, l’odeur lui rappelant visiblement de mauvais souvenirs. Aussi, c’est avec empressement qu’il conclu leur affaire, récupérant une bourse d’or en échange d’un petit coffret. Lorsque son interlocuteur lui tendit une main décharnée pour le saluer, il eu un sourire narquois et lui tourna le dos, allant remettre le prix de leur accord à Avà, qui le remercia d’un mince sourire.



Ils quittèrent les lieux sans un mot, leur forfait accompli avec la satisfaction d’une affaire rondement menée.



Quelques jours plus tard, dans la campagne de Tirisfal, le réprouvé qui portait le nom d’Alain Ambreverte servait de repas à quelques sombredogues sauvages, sa carcasse en décomposition disloquée. A coté de ses frusques en lambeaux, le petit coffret acheté quelques jours plus tôt luisait d’une lueur ocre.

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