Subterfuge.

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Subterfuge.

Message  Srem le Dim 19 Mai 2013 - 16:22

Quel’thalas, printemps de l’an Trente-trois.

Un pas, puis deux. Les silhouettes progressaient dans un silence prononcé si ce n’est absolu. Seule la faune, aussi maigre soit-elle dans cette région damnée, se faisait remarquer au travers de quelques rugissements lointains de preste-pattes, entre autres. De quoi couvrir les mouvements du groupuscule. L’atmosphère pesante et morbide fut ici supportable, tandis que l’odeur de la sauvagerie était à son apogée, plus proche de la barbarie qu’autre chose, l’air ambiant imbibé de sang. Une main se dressa, puis se courba. La progression fut mécanique, experte. Dans les confins de Quel’thalas, un génocide se préparait.

À présent avancés, lotis dans les feuillages pour certains, dissimulés derrière d'exubérantes racines pour d’autres ; ils observaient patiemment leurs proies subir leur quotidien. Les longues-défenses étaient ici chez-elles. Maisons faites de bois et de peaux, hygiène archaïque, nul doute qu’ils se trouvaient à la bonne adresse. Cinq trollesses préparaient le repas pour les hommes sans aucun doute partis à la chasse. La nécessité de frapper se fit ressentir. Une fois ces quelques êtres abattus, ils se terreront et piègeront les mâles ne se doutant de rien. Un plan parfait. La même main se dressa une fois encore. Tous l’observèrent, et le signal fut alors donné lorsqu’elle se referma pour ne plus former qu’un poing rigide et déterminé. Les arcs se dressèrent, les flèches s’encochèrent. Puis un bruit sourd se fit entendre, à l’arrière. La main se rouvrit alors. Repos. Le leader joignit ses doigts pour souffler dans le cocon de chair, un fin sifflement d’oiseau s’en dégageant. L’identique se reproduisit autour de lui et pourtant, quelqu’un manquait à l’appel. Fronçant les sourcils, l’encapuchonné se pencha sur sa branche pour mieux distinguer les siens. Et tandis qu’il traquait du regard le malheureux, un hurlement bien vite étouffé fut audible sur sa droite. L’elfe se tourna une fois encore, puis un second cri émana dans la direction opposée. Alors écarquilla-t-il les yeux. L’embuscade qu’ils s’efforçaient d’instaurer se retournait contre eux. Doublés par leurs ennemis jurés, il n’en revenait pas. Plus d’un siècle à vagabonder dans ces forêts qui n’avaient pour lui plus aucun secret, de même pour ses indésirables autochtones. Et pourtant avaient-ils cette fois-ci une longueur d’avance. Ni une ni deux, le voilà descendu de son perchoir, ce dans une grâce à faire pâlir d’envie n’importe quelle noblesse. Flèche encochée, il jeta un œil à ceux toujours dans son champ de vision, et lui répondirent-ils d’un hochement de tête mêlant confiance et crainte.

Quelques pas, et voilà le redouté cadavre de l’un de ses subordonnés. Prenant la peine de se pincer la lèvre inférieure, il n’accorda que peu d’empathie à ce jeune mort, tant ses sens étaient en panique. Un craquement de branche, ça y est, il en tenait un. Pivotant d’un quart de cercle, il ne prit même pas la peine de regarder sa cible que la corde fut relâchée, le projectile de mort fusant jusqu’à la tempe du sauvage pour s’y loger, laissant le frais cadavre s’effondrer au sol. Une fois encore, un hurlement qu’il redoutait se fait ouïr, un de moins. Il ignorait précisément combien d’hommes il lui restait. Peu, trop peu. Les maudits trolls avaient fait preuve de finesse et de manipulation, fait rare et anormal selon lui. Qu’importe, il fallait se sortir de ce pétrin. Le chef leva brièvement la main. Silence. Statues de chair aux oreilles attentives, ils n’en retirèrent rien, renforçant leurs inquiétudes. Mais il en fallait plus pour décourager des vétérans de cette trempe. Alors l’un deux se mit à courir en ligne droite tel un fuyard paniqué. En conséquence, une hache se lança et se dirigea droit vers lui. Grave erreur. Le concerné fit un pas de côté au dernier moment pour laisser l’arme se planter dans le sol. Alors le leader localisa l’origine du tir et descendit derechef l’initiateur du mouvement. Ci-fait, il contourna le tronc d’arbre contre lequel il était appuyé pour se dissimuler. Respiration maîtrisée n’en demeurant pas moins prononcée, il se dégagea de son tronc pour répéter la manœuvre. N’eut-t-il le temps de dresser l’arc qu’un tomahawk se logea dans sa cuisse droite. Ses dents se serrèrent, son pouls s'accéléra et ses yeux se ferment afin de contenir la douleur et ne pas hurler. Offrir de la sorte sa position en de tels lieux signerait l’arrêt de mort, et il tâchait de ne pas l’oublier malgré les circonstances.

À nouveau couvert, il arracha d’un mouvement sec cet archaïque assemblage de bois, corde et pierre taillée qui le handicaperait bien trop dans ses mouvements. Un garrot fera amplement l’affaire. Ci-fait, il daigna dépasser la tête pour faire signe à ses hommes de se regrouper avec lui, plus loin. Les rares hochements de tête qu’il eut en retour lui firent bien comprendre que les pertes étaient d’ores-et-déjà significatives alors même qu’ils ne s’étaient pas tirés de ce pétrin. Un grommellement sourd, et il s’élança à la façon d’une panthère dotée d’une agilité innée dans la flore thalassienne. Le furtif courait si ce n’est volait jusqu’au point de rendez-vous prévu, jusqu’à ce qu’une maudite peau-verte ne l'intercepte en pleine débandade, le plaquant au sol pour la seconde d’après lui asséner un coup direct et tranchant dans le flanc droit. Douleur insupportable, il ne put retenir la râle qui depuis bien trop longtemps maintenant ne demandait qu’à sortir. Ça y est, il était on-ne-peut-plus repéré. Il fallait faire vite, très vite. Sang froid toujours de mise, il parvint à atteindre sa lame pour la relever et offrir un coup de taille au torse de son ennemi. Ce dernier, blessé, relâcha prise. Il en profita pour se libérer et reprendre sa course, n’ayant pas même le temps de l’achever.

Il pouvait ouïr les sauvages le poursuivre, l’emplissant d’un désespoir mesuré, jusqu’à ce qu’il aperçoive trois des siens situés là où il les attendait. Un sourire esquissé et vint-il s’affaler sur le sol pour dégager le champ, les siens libérant leurs tirs pour ainsi descendre les poursuivants de leur leader. Se relevant après coup, il vint - non sans tituber - les rejoindre. Retrouvailles de fortune, puisque les trolls descendirent de l’arbre contre lequel il se reposait brièvement. Les entourant ainsi, ils se mirent à ricaner en les observant, une longues-défenses se targuant même de les narguer en passant son pouce sous sa propre gorge. Haches levées pour les uns, lames hissées pour les autres, ils se jetèrent dessus en laissant le sang salir un peu plus encore les environs. Un premier troll fut abattu d’une lame généreusement logée en plein orbite, victime aussitôt vengée par son homologue qui brisa la cage thoracique de l’assaillant d’un massif coup de hache, laissant la silhouette majestueuse de l’elfe s’échoir à son tour au sol. Et ainsi se poursuivit l’échange, chaque camp se voyant soustraire de ses effectifs au fur et à mesure. Jusqu’à ce qu’il ne reste plus que lui. Respiration bestiale, yeux écarquillés et visage inondé d’hémoglobine rougeoyante, l’individu observait le dernier opposant qu’il venait d’abattre, puis les siens, allongés sur le sol. Un crachat de sang représentatif de son dégoût vint le déséquilibrer, s’appuyant sur le tronc le plus proche pour reprendre ses esprits. Puis, au loin, les hurlements sauvages. Fuir étant la meilleur initiative, c’est ce qu’il fit. Haletant, s’effondrant parfois dans la terre tête la première pour se relever l’instant d’après, il sentait lentement son corps perdre sa précieuse vitalité. Main plaquée contre son flanc grièvement blessé, il tentait en vain de retenir le sang se faisant une joie de s’écouler sur ses vêtements. Qu’importe. Une tenue mêlant bordeaux et noir s'accommoderait sans mal de l’affaire, sans compter que la priorité était toute autre.

Après quinze minutes de course effrénée, il retrouva le sentier balisé menant vers Tranquillien. Un soupir de soulagement et une main généreuse passée dans la capuche pour replacer ses cheveux en arrière, et voilà qu’il reprenait sa route au rythme d’un vieillard en direction du nord. La vision désormais trouble, les oreilles sifflantes, de l’aide serait sans aucun doute la bienvenue. Miracle se produisit lorsqu’il crut apercevoir à l’horizon une unité formée de quelques fantassins et de deux cavaliers. Par précaution, il se dégagea de la route et patienta derrière un relief, tapi dans l’herbe damnée. Le constat fut sans appel. Armures mêlant or et noir, il s’agissait là d’une maison alliée. Impossible pour l’heure de se souvenir de son nom, mais nul doute qu’ils ne se vexeraient pas pour un si bête oubli en de telles circonstances. Il s’approcha d’eux en levant la main, quémandant de l’aide. Le groupe s’immobilisa, l’un des deux cavaliers descendant de son fier destrier tout en lui adressant la parole.

« Mais qui vois-je ? Un Sunstolen ! Que nous vaut cet honneur.
- Pourrions-nous faire les présentations plus tard ? Je me vide de mon sang.
- Bien sûr, bien sûr. Vous me voyez navré de vous préciser que nous ne possédons aucun médecin. Il nous faudra nous rendre jusqu’à Tranquillien.
- Le village de Nostheral. Il est bien plus près. »
- Hrm... je crains que ce ne soit possible. Le village est à présent abandonné. »


Non, il ne l’était pas, s’y étant rendu quelques jours auparavant à peine. L’accueil fut d’ailleurs chaleureux pour lui qui, à l’aide de Karlarn, était parvenu à leur indiquer le refuge de Doredhel le temps que la Matriarche soit détrônée. À cela il ajouta que cette maison n’avait aucune raison de patrouiller par ici, et ce fut pour lui bien trop de coïncidences. Alors, escorté par les deux cavaliers à ses côtés, l’elfe prit sa lame pour l’enfoncer dans la chair de la monture à sa gauche, l’animal hennissant tout en courbant ses jambes. Le cavalier fit bien vite regretter l’acte à l’agresseur en envoyant sa lance percuter son épaule, l’acier s’enfonçant dans l’armure puis la chair comme dans du beurre. Trop exténué pour hurler, il s’extirpa d’un pas en arrière, la lance s’ôtant pour laisser le sang prendre sa place. Vidé, il n’avait pas la capacité de faire face à un groupe entier, armé et revigoré. Aux instants critiques les mesures désespérées, il roula en avant pour que le groupe entier lui fasse face lorsqu’il se retourna. L’individu tendit son bras gauche, psalmodia quelques syllabes à peine, et une onde arcanique vint frapper l’ensemble. Chevaux, fantassins et cavaliers furent frappés par une force invisible, s’échouant à l’unanimité au sol, inertes.

L’elfe n’eut même le temps de constater l’efficacité tant la douleur parcourant les veines de son avant-bras gauche était insoutenable. Ôtant son gantelet comme une fou furieux, puis arrachant le surplus de tissu le couvrant, il put constater l’état critique de celui-ci. Déjà qu’à l’accoutumée, il n’avait rien de joyeux, voilà que la marque noire était à présent renforcée par une beau blanche comme la neige, formant un contraste d’autant plus saisissant. Les veines saillantes pour couronner le tout, inutile de préciser que le tableau était pour le moins stupéfiant. Il resta ainsi figé une trentaine de secondes, veillant à conserver sa lucidité malgré l’écrasante agonie à laquelle il faisait face. Ci-fait, il prit le chemin en direction de Nosterhal. Chaque pas était un cauchemar, un enfer. Il se dirigeait vers ce village car il était proche, mais surtout parce qu’il l’appréciait. Dirigé par des souvenirs flous, il ne regardait même plus où il allait, vagabondant tel un décharné du Fléau jusqu’à sa nécropole. Le pas titubant, yeux mi-clos, il tâchait tant bien que mal de ne pas sombrer dans l’inconscience, ce qui se révéla plus compliqué qu’il ne l’imaginait. Après une bonne demi-heure de tourmente, il entendit une voix.

« Hélà ! Vous, qui êtes-vous ? »

L’elfe chercha premièrement l’origine de ces quelques mots, et une fois fait employa ses dernières ressources pour parvenir à savoir à qui il s’adressait. Un milicien, vraisemblablement. Armure de fortune, épée partiellement rouillée, le jeune homme qui devait tout juste avoir l’âge réglementaire pour intégrer l’ordre semblait un brin apeuré, mais tâchait de gonfler le torse pour se montrer digne de sa fonction. Il en tira un fin sourire.

« Je m’appelle Athial ... et j’ai besoin d’aide. »


Le plus important était dit, les présentations faites. L’encapuchonné pouvait maintenant oublier ce monde et sombrer dans le vide nauséabond que lui réservait la monstrueuse horreur qu’il détestait tant. Entropius tâcherait de lui en faire voir de toutes les couleurs durant cette inconscience, mais il s’en moquait. Son corps percuta lourdement le sol tandis que le noir envahit sa vision.

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