Courtoisie

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Courtoisie

Message  Srem le Lun 20 Jan 2014, 01:41

Le vieil homme releva le nez pour se rendre compte du chemin qu’il empruntait depuis maintenant plusieurs heures, un sentier partiellement recouvert d’une neige tombant à perte de vue. Il plissa son nez et réveilla toutes ses rides lorsqu’il aperçut un infime rayon de soleil perçant à travers les épais nuage recouvrant le ciel, puis raffermit l’emprise sur son sceptre pour progresser de plus belle, d’un pas toujours fatigué.

Une heure encore, jusqu’à ce qu’il distingue au loin un relief. Le début d’une montagne dans laquelle s’était nichée une imposante grotte de laquelle ne filtrait qu’une pénombre malsaine. Sans hésiter, il poursuivit pour finalement s’engager dans le trou, s’appuyant sur une paroi pour reprendre son souffle dans un lieu désormais calme, rabattant sa capuche au passage. Il prit quelques longues inspirations, puis poursuivit dans le noir, une flamme naissant dans sa main gauche surélevée pour lui permettre d’observer ses pieds.

Plusieurs pas encore, jusqu’à ce qu’il sente une légère vibration le parcourir lui tout autant que la grotte. À chacun de ses pas, cette espèce de ronronnement se prononçait davantage, le vieillard approchant de son but. Il intensifia un peu sa flamme, qui dévoila alors une gigantesque bibliothèque similaire à celles de Dalaran. Il eut le souffle coupé lorsqu’il vit au beau centre de celle-ci une femme assoupie. Approchant à tâtons, il fit un large et long tour de la pièce de sorte à la distinguer elle et sa propriétaire. Le calme toujours présent, et quelconque réaction se faisant attendre, il compléta sa promenade pour reprendre la place qu’il tenait en arrivant. Il se racla la gorge, mais rien ne vint. Il recommença, pour qu’il n’en résulte rien. Grommelant tel une vieille peau, il prit fermement appui sur son sceptre comme pour se donner un semblant de courage, et éveilla la pièce de son ton exigeant.

« Réveillez-vous ! »

La légère vibration s’intensifia, si bien qu’il put sentir sa cage thoracique trembler à plusieurs reprises. La jeune femme ouvrit un œil, puis l’autre, son visage si pur se gorgeant alors d’un courroux qui menaçait de s’abattre sur l’intrus à tout instant. Le vieux, fronçant les sourcils, frappa énergiquement le cul de son bâton contre le sol de sorte à prendre les devants ; ce qui étonnamment, fonctionna. La jouvencelle encore allongée remuait des doigts, prête à le réduire en charpie. Toujours est-il qu’elle ne l’avait pas encore attaqué, lui laissant l’opportunité de justifier sa venue.

« Mieux ! Bien mieux ! »


De son rire sec et éreinté, il détendit un peu l’atmosphère. Ancrant son regard dans celui de son interlocutrice, il put y lire un savoureux mélange de colère et de crainte. Il sourit en coin en réalisant qu’au final, il n’était peut-être pas le seul à avoir la chair de poule ; puis détailla le corps qui lui faisait face, s’attardant sur chaque détail. Il hocha la tête, satisfait, et sentant l’impatience grimper chez elle, il reprit.

« Je ne viens pas pour me battre ! Je viens ici pour vous parler ! Libre à vous de faire ce que vous voulez de moi ensuite. »

Quel culot. Déjà qu’il était entré sans demander la moindre permission, voilà qu’il y additionnait l’exigence d’une requête. La femme se releva alors de toute la grâce qui l’habitait. La bibliothèque se mit à trembler, si bien que le magicien craignit de se prendre un ouvrage en plein sur la tête d’un moment à l’autre. Pourtant tout resta en place lorsqu’elle lui fit fièrement face, le toisant alors. Il lui sourit, gêné, jusqu’à ce qu’elle daigne lui répondre de sa voix tonitruante.

« Je vous écoute. »

~

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Re: Courtoisie

Message  Srem le Jeu 06 Fév 2014, 23:29

Près d’une heure qu’ils discutaient à présent. Le vieillard, qui contemplait depuis un bout de temps les arêtes des livres inondant les multiples étagères de la grande pièce, se décida finalement à tendre la main pour récupérer un grimoire. La couverture n’était pas particulièrement attirante, et les secrets que le livre renfermait probablement banals au possible. Se léchant l’index pour tourner les pages, il y vit des sorts qu’il avait tant appris que cela lui rappela ses années d’apprenti dans la cité des arcanes. La populaire boule de feu, les projectiles des arcanes ou encore l’indémodable nova de givre. Il en frissonna rien qu’en ayant le malheur de se remémorer ses cours de culture générale, et referma sèchement le bouquin.

« Ne touchez à rien. »

Cette voix lui était inconnue. Étonnamment douce, cristalline même. Il en haussa un sourcil tout en se retournant à demi, portant à son interlocutrice un regard suspicieux. Elle était toujours là, toujours fière. Significativement moins intimidante, certes, mais toujours avec cette expression menaçante et accusatrice. Il reposa l’ouvrage là où il l’avait pris, pour finalement se tourner complètement, croisant les bras en esquissant un rictus.

« Si je ne le fais pas, qui le fera ? Ils sont plus poussiéreux que le cercueil de mon père ! »

Il rit légèrement, tandis qu’elle restait de marbre. Il eut le respect de ne pas renouveler sa consultation, se contentant de parcourir la pièce comme il l’avait si bien fait jusqu’à présent. Il vit des reliures dorées, des couvertures en cuir ou encore de petits coffrets rectangulaires renfermant probablement des sortilèges qui le feraient saliver. Mais il n’y toucha pas, les dévorant simplement du regard. Après avoir fini son cinquième tour complet de la salle il observa la sortie par laquelle il était venu, récupérant son fidèle compagnon de bois au passage.

« Nous avons fort à faire, et peu de temps à perdre. Êtes-vous prête ? »

La réponse se faisant attendre, il entreprit sa lente marche en direction de l’extérieur. Après quelques dizaines de secondes, il la vit sur sa gauche, clopinant tout comme lui en s’aidant d’un sceptre. Il l’observa un instant sans s’arrêter, la détaillant de bas en haut. Se retenant de ricaner, c’est en relevant le nez en direction de la lumière qu’il s'exclama.

« En garde, Azeroth ! Voici le clan des infirmes ! »

Cette fois-ci, il fit mouche, sa partenaire soufflant un bref coup par le nez tout en arborant un radieux sourire. Ils s’échangèrent un regard presque complice, puis s’arrêtèrent en même temps à la sortie de la grotte pour contempler le lit blanc que la tempête venait tout juste de border. Le soleil haut dans le ciel, les reflets en étaient aveuglants ; et à en juger l’expression de la femme, il en conclut qu’elle ne devait pas être sortie en plein jour depuis longtemps. Il indiqua vaguement de son bras libre un lieu situé à plusieurs heures de marche, déviant un peu de la direction qu'ils s'étaient convenus d'emprunter.

« Mon destrier s’y trouve. Nous irons plus vite. »

Elle suivit l’indication du regard, y restant fixée plusieurs secondes. Puis, sans un mot ni même une expression, elle reprit la route, ses pieds s’enfonçant dans la poudreuse au fil des pas. Il resta là, bouche-bée, l’observant s’éloigner au rythme d’un escargot. Échangeant bien vite des regards entre elle et le lieu qu’il indiquait encore de son bras, ce dernier retomba d’un coup pour pendre à son épaule, le fossile barbu empruntant une marche énergique - tout est relatif - pour la rattraper, son sceptre jouant des coudes en s’enfonçant avec acharnement dans la neige pour l’y aider.

« Qu’est-ce qui ne va pas chez vous ? »

Elle ne répondit premièrement pas, poursuivant droit devant elle en fixant l’horizon se profilant au-delà de la vallée en contrebas. Sceptique, il se désintéressa de sa compère pour contempler la vue. Pour sûr, il ne s’agissait que d’un paysage. Il avait probablement déjà vu plus beau, plus éblouissant, mais le vieil homme tâcha de ne pas passer à côté de cette petite merveille anodine égayant son quotidien. Il fut soudainement sorti de sa rêverie lorsque la voix qu’il entendait si peu prit enfin la peine de lui répondre.

« Les animaux ne m’aiment pas.
- Gilbert est adorable. Ça me ferait mal de l’abandonner à cause des caprices d’une gamine.
- Gilbert.
- Le canasson.
- Imaginez qu’aux yeux de votre monture, je suis un boucher qui aiguise ses couteaux en arborant un sourire funeste. »


Il ne répondit pas, le temps que l’information fasse le tour. Reçue, il s’arrêta pour observer la jouvencelle qui continuait à marcher. Il dodelina de la tête en l’imaginant avec une toque et un tablier, plissant ensuite le nez avant de reprendre la marche, et la conversation.

« Pfah. Je l’ai acheté rien que pour vous rendre visite. Quatre-vingt dix pièces d’argent qu’il m’a coûté, quatre-vingt dix ! »

Elle leva les yeux au ciel. Un silence s’installa alors durant plusieurs heures. Probablement parce que pour l’instant, ils n’avaient rien à se dire. L’ancêtre se contentait d’admirer la nature recouverte de la fine dentelle immaculée, tandis que sa partenaire n’y prêtait aucune attention, le regard toujours ancré sur l’horizon. Le duo boitillant poursuivit sa route en quête de sa destinée, plusieurs jours nécessaires pour rejoindre quelconque forme de civilisation.

~

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