Shänae Enrya Al'Ilmarë, [Background]

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Shänae Enrya Al'Ilmarë, [Background]

Message  Shänae le Dim 02 Nov 2008, 16:38

Une très longue histoire, commencée il y a bien longtemps sur les Clairvoyants pour la guilde "Les quatre tours". Après migration, je la poste ici, même si il y a beaucoup d'accessoire, tout lire n'est pas nécessaire pour appréhender mon personnage, mais il reste le plaisir d'écrire... et d'être lue par quelques courageux Smile
Je posterai ailleurs la base plus récente de mon rp.
L'action se déroule il y a un peu plus d'un an, dans une alcôve du SI:7, une jeune fouineuse, à la lueur d'une bougie...

Un éternel recommencement


Enrya n’osait même pas le toucher. Elle le regardait, les yeux remplis de larmes et la tête pleine de questions, joie et tristesse étroitement mêlées. Pourtant, c’était un objet banal, des plus simples : un épais carnet de cuir noirci, aux feuilles parcheminées, un journal qui portait la trace du temps passé. Oui, mais ce n’était pas n’importe quel journal. C’était celui de sa mère.
Elle le reconnaissait, elle se souvenait de ces soirs où il ne fallait surtout pas la déranger car elle prenait ce temps pour elle-même, ce temps consacré à l’écriture de ses mémoires. Elle se souvenait même d’avoir été vaguement jalouse de ce petit assemblage de cuir et de tissu, qui lui volait l’intention de sa mère quelques instants.
Sa défunte mère était une femme très érudite, mystérieuse aussi, elle lui avait appris l’écriture, la lecture et leur importance. Sans doute le plus précieux héritage qu’elle ai légué (non pas sans difficulté d'ailleurs) à la jeune voleuse, dans ce monde où l’importance du savoir subsistait, même si l’art guerrier surpassait par nécessité tous les autres.
C’était presque un hasard qu’elle ai retrouvé ce journal, une chance inouïe semblait il... Comment s’était il retrouvé ici ? Un mystère que la lecture éclaircirait peut être...
Oserait elle ? Elle avait peur. Peur de troubler le repos de la défunte : ouvrir ce carnet, c’était un peu comme violer une sépulture sacrée, c’était rentrer dans l’intimité de cette femme qu’elle ne connaissait qu’en tant que mère...
Mais comme souvent, la curiosité de la jeune voleuse l’emporta. Si quelqu’un avait le droit légitime de lire ce livre, c’était bien elle. Elle empoigna d’une main tremblante le petit objet, et commença sa lecture, essuyant ses larmes de peur d’abîmer l’ouvrage... L’écriture était bien celle de sa génitrice, fine et élégamment tracée à l’encre verte, mais elle était légèrement différente de celle qu’elle connaissait : plus juvénile, plus enfantine...


« Alicia, et rajouté semble il plus tard Al’Ilmarë »

Aujourd’hui, j’ai décidé de commencer un journal. Maman m’avait offert ce joli carnet, et Papa m’avait toujours reproché que cela ne servait à rien, que je n’écrivais jamais rien dedans. Alors aujourd’hui j’espère que vous me regardez d’où vous êtes et que vous êtes contents. Je vais essayer de m’y tenir et d’écrire régulièrement, comme j’ai promis à Dame Tirjel que je serais gentille et que j’étudierai avec sérieux. D’ailleurs, elle arrive et je devrai préparer mes affaires. Nous montons bientôt sur le bateau. J’ai un peu peur, et je me sens seule.

------------------- Une page blanche -----------------

J’ai été gentille, j’ai étudié avec sérieux. Mais je n’ai jamais pu continuer le journal jusqu’à ce jour. J’ai été tellement occupée ! Lire ces quelques lignes a fait remonter quelques douloureux souvenirs de mon enfance. Et aujourd’hui je ressens le besoin de les coucher sur le papier. Il faut dire que ma vie jusqu’à aujourd’hui n’a pas toujours été rose.

Je m’appelle Alicia. Je suis née dans un petit village des collines de Hautebrande, sous la tutelle du royaume désormais en ruines d’Alterac.
Je me souviens avec précision de ce village, et ce sont de beaux souvenirs. Pour la plupart.
La vie était paisible là bas, toute mon enfance j’ai couru dans les prés et aidé aux travaux de la ferme. Mes parents et moi-même ne manquions de rien. Mon père était un soldat au service du royaume, et il revenait souvent à la maison après de longues absences, fatigué mais heureux de faire ce qu’il appelait « son devoir envers le royaume ». Il est d’ailleurs sûrement également heureux d’être mort en l’accomplissant.
Ma mère dirigeait une petite exploitation fermière, vache, cochons, poulets...
Elle se disputait quelques fois avec mon père je me souviens... Il était question de m’envoyer quelque part et de m’instruire, ou non, c’était un sujet de discorde perpétuel.
Mon père voulait m’envoyer étudier à Dalaran, il disait que ça crevait les yeux que j’avais du potentiel, et que tiens, t’a pas vu comme la gamine elle est tout le temps fourrée dans l’armoire de la mairie à essayer de déchiffrer les bouquins !
Et ma mère qui répondait de me laisser le temps de grandir tranquille, que j’étais suffisamment instruite, et qu’elle ne tenait pas à me faire subir un « lavement de cerveau » auprès des « snobs de la ville »...
Ils se criaient dessus un moment mais se réconciliaient toujours.

Moi, je ne me considérais certainement pas suffisamment instruite, et je pense que jamais dans ma vie je ne le serai assez. Je savais écrire et compter, mais je lisais avec difficulté. Une vraie petite gueuse de la campagne ! Une gueuse instruite, mais gueuse quand même...
Mon père avait raison sur un point : cette existence simple me frustrait ; quand j’écoutais le jeune Roran raconter tout ce qu’il apprenait en ville, et discuter de longues heures avec mon père de « théories militaires » , de « savoirs anciens » et surtout des « maîtres mages » envers qui il semblait éprouver un mélange d’agacement et de jalousie, et même si j’ignorais totalement ce dont il pouvait bien s’agir, la curiosité me brûlait d’aller visiter cette grande ville, Loarderon, un nom qui résonnait comme un écho exotique dans mon cœur.
Finalement, je suis bien allée à la ville, mais jamais dans celle çi, et dans des circonstances bien plus douloureuses que ce que ce cœur de petite fille pouvait imaginer.

Dix ans ont passé, et pourtant je m’en souviens comme si c’était hier. J’étais paisiblement endormie, roulée en boule pour échapper au froid mordant, et l’odeur de la fumée a soudain assailli mes narines, et des cris ont commencé à fuser d’en bas, du village.
« Cache la petite, j’y vais ».
« Non ! Non ! Tu n’es pas obligé d’y aller, s’il te plait ... je t’en supplie... »
« ... »
« Je t’aime. »
« Donne ça à la petite et rejoins Loarderon, ils prendront soin d’elle. Fuyez par derrière. »
Bruits d’armure, d’épées, et de la porte qui se referme doucement.
Ma mère est venue me chercher dans ma chambre, elle m’a murmuré quelques mots de réconfort, m’a mis tous mes vêtements sur le dos, et un collier émettant une forte lueur rouge autour du cou, et puis on a couru, dehors, à travers les champs, les ronces et la neige me piquaient les jambes et elle, elle ne cessait de regarder vers le village avec des yeux pleins de larmes. C’était la dernière fois que je la voyais.
« Reste ici. Surtout ne bouge pas, je vais chercher papa. »
Alors j’ai attendu, attendu...
Et puis, comme personne ne revenait, j’ai pris la direction du village, c’était facile, il suffisait de suivre l’immense colonne de fumée noire qui faisait comme une tâche d’encre au milieu du ciel étoilé.
J’ai couru sur le sol givré, à travers les ruelles désertes, je croisais des silhouettes cauchemardesques, comme tout droit sorti des contes de la vieille Emma...
A partir de là, ce souvenir ressemble en fait vraiment à un cauchemar quand j’y pense. Tout est brumeux et incertain, mais comme dans tous les rêves, à travers l’épais brouillard, il y a des détails qui ressortent avec une acuité étrange.
Cette scène par exemple.
Une énorme bête me fait face. Une chose purulente et verdâtre, je peux sentir son odeur, tellement nauséabonde que j’essaie de me retenir au mur derrière pour ne pas sombrer dans l’inconscience. C’est brûlant et des cloques apparaissent sur mes doigts, mais je ne peux plus faire un geste, pétrifiée par la peur. La chose lève une énorme main à quatre doigts, et puis sur ma droite un jeune homme aux cheveux flamboyants arrive, il a l’air, si c’est possible, plus terrifié que moi encore, mais étrangement, je me dis que ce n’est pas la chose qui lui fait peur.
Qu’a t-il vu exactement de plus horrible encore ? Je me suis toujours posé la question, mais je n’ai jamais retrouvé ce garçon.
C’est ce jour que j’ai ressenti pour la première fois l’effrayante et délicieuse sensation...
Mes sens étaient moins bien aiguisés qu’aujourd’hui, mais pourtant je l’ai senti à ce moment là, une ombre de puissance, redoutable et terriblement forte ! Ca a pulvérisé la chose, et ça m’a effleuré juste un peu avant de repartir.
Tourbillon de souffrance et d’étincelles flamboyantes à l’intérieur.
Et puis, plus rien.
Quand je suis revenue à moi, il n’y avait plus rien.
Rien.
Plus de village.
Juste un immense cimetière, une étendue grise de cendre et de poussière encerclée de montagnes, avec une petite fille perdue plantée au milieu.


Enrya interrompit un moment sa lecture. Cette histoire la troublait, et pas seulement parce qu'elle était tragique.
La jeune femme extirpa le collier de son corsage. Elle l’avait détaché du cou de sa mère le jour où...
C’était à l’évidence un bijou différent que celui évoqué dans le journal, une petite épée miniature toute sertie de rubis et de diamant, certes à dominante rouge mais qui n’émettait aucune lueur. Comment savoir ?
Son esprit vagabonda et elle se surprit à établir des parallèles entre sa propre histoire et celle de sa mère.
Leur enfance avait été bien différente, l’une dans la modestie et la liberté des montagnes, l’autre dans le luxe confiné et étouffant de la bourgeoisie d’Hurlevent.
Elle enviait la liberté que sa mère avait connue, elle qui n’avait aspiré qu’à aller courir dans les rues du vieux quartier alors qu’on l’obligeait à suivre d’improbables leçons d’écriture, de savoir vivre et de philosophie ancienne. Heureusement qu’il y avait eu ces longues heures où elle s’entraînait à l’escrime dans la cour du château, son véritable luxe personnel, sa bouffée d’oxygène.
Dans les deux cas, elles avaient envié un idéal inaccessible.
Dans les deux cas, leur petite existence tranquille avait été bouleversée par une tragédie, elles avaient toutes les deux connu le drame de perdre tout repère, au sortir de l’enfance.
Tout n’était il qu’un éternel recommencement ?


[à suivre]

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II : Hurlevent

Message  Shänae le Dim 02 Nov 2008, 16:59

Le journal semblait crier, l’appeler, indigné d’être ainsi délaissé. Enrya répondit à l’appel et se laissa à nouveau hypnotiser par le tourbillon de mots.


Je me suis laissée dépérir. Je ne pouvais rien faire d’autre qu’attendre que la mort vienne me prendre, moi, la rescapée injuste du massacre. Quand on a 10 ans, comment peut on survivre livrée à soi même, après un choc si terrible ?
Mais une flamme brûlait en moi, qui me nourrissais de sa chaleur en attendant que le destin veuille bien prendre soin de mon avenir.
Il est apparu un matin sous la forme d’un convoi de soldats et de nobles fuyant Alterac et tentant de récupérer d’éventuels survivants en route. Je les ai vu arriver, petite tache noire sur le col blanc là haut, et couper à travers les hauts pâturages enneigés.
« Capitaine ! Capitaine ! Venez voir c’est incroyable ! », s’exclama une voix grave et sonore.
« C’est une petite fille ! C’est la seule survivante ? » grogna un autre.
Les plaques de leurs armures s’entrechoquaient, leur odeur de soldat - sueur et alcool principalement - me rappelait celle de mon père et j’ouvrais les yeux.
« Elle est vivante ! Eh, petite, comment tu t’appelles ? »
« Laissez les questions, ce n’est pas le moment... Vous ne voyez pas qu’elle est frigorifiée ! Portez jusqu’à la chariot et donnez lui des couvertures et à manger... Nous nous en occuperons plus tard.
Nous devons nous remettre en route sans tarder, plus tôt nous serons arrivés à Hurlevent, mieux nous nous en porterons !»
La voix était celle d’une femme, et si elle paraissait plus douce que les grognements des soldats, elle n’en était pas moins stricte et assurée.
« A vos ordres Dame Tirjel... »

~*~

Dame Tirjel est une femme aussi froide et solide qu’un bloc de glace. Au début, je n’osais même pas prendre la parole en sa présence tant elle m’impressionnait. Il faut dire qu’elle fait partie de ces gens dont la prestance longuement travaillée impose tout de suite le respect.
Quand elle m’a prise sous son aile, elle devait avoir la quarantaine. Ses cheveux si blonds qu’ils en paraissaient presque blancs sont toujours ramenés en un chignon très sophistiqué. Je ne l’ai jamais vue les cheveux détachés, quand j’y pense.
Son visage pointu et sa peau presque translucide seraient jugés disgracieux si elle ne possédaient pas un immense regard bleu acier capable de vous clouer sur place. C’est une noble, et un mage respectable parait-il. Son mari est mort en défendant Hautebrande, comme mon père, c’est peut être ce qui la poussé à prendre soin de moi au début. La rencontrer a changé le cours de mon destin.
En bien ou en mal ? Quelques fois je me pose la question.

~*~

C’est à l’âge de onze ans que j’ai posé les yeux pour la première fois sur la cité blanche. Je m’en souviens comme si c’était hier, le bateau voguait le long de la côte et j’ai aperçu ses hautes tours, et son donjon au loin, comme un navire blanc au milieu de l’océan vert sombre des arbres de la forêt d’Elwynn.
Les ruelles bruyantes, tous ces gens, jongleurs, commerçants, guerriers, paysans, toutes ces odeurs, toute cette agitation effrénée, mille fois plus importante même que les jours de marché les plus animés de mon village, m’ont d’abord effrayé. Cependant, dès que j’ai pénétré le quartier des mages j’ai su que ce serait mon nouveau chez moi, c’était une évidence.



Enrya avait sourit en découvrant les premiers sentiments de sa mère le jour de sa découverte d’Hurlevent. Elle avait toujours connu la grande cité, l’agitation qui y régnait lui était coutumière, tout comme ses rues, ses mécanismes, ses groupes sociaux et les règles qui régentaient tout ce petit monde.
Elle concevait bien qu’une jeune campagnarde puisse être impressionnée par un univers si complexe. Un univers qui n’avait plus de secret pour elle.
Il faut dire qu’étant née parmis les privilégiées, elle en connaissait les codes, comme elle maîtrisait ceux des bas fonds de la ville ; s’étant retrouvée du jour au lendemain orpheline et propulsée dans ce monde à la fois fascinant et dangereux.
Hermétique aussi.
Mais Enrya s’y était fait sa place, petite gamine de quatorze ans usant de son charme, de son intelligence, de son extraordinaire capacité de résistance aussi. De son poignard une fois.
Cette première fois là l’avait définitivement changée.



La jeune fille court, court, une énorme grappe de raisin à la main, pour échapper au gros maraîcher. Elle grimpe sur un colombage, crochète un encorbellement, dégringole sur les tuiles, se rattrape à une gouttière et s’arrête pour reprendre son souffle. Elle a semé son poursuivant, facile, une telle masse de gras rivaliser avec ce petit concentré de souplesse, de muscle et de vitalité...
Impossible.
C’était impossible.
Il y avait un homme au bout de l’impasse, dans l’ombre. Agé d’une trentaine d’années, vêtements de laine noirs usés, faciès d’ivrogne blasé, il cuvait vraisemblablement son vin. Un éclat rouge a attiré l’œil d’Enrya. Un foulard carmin cachant le bas de son visage.
La jeune voleuse se cache dans l’ombre, et sors un bout de tissu de sa poche. Elle compare.
Une fureur froide, une colère sans nom, une haine indicible monte alors en elle. Les runes de sa dague brillent, la vengeance est tout ce qui compte.
Elle s’avance, silencieuse.
Sa lame appuie fort contre la gorge du sous fifre, qui ne l’ayant pas vue venir, crie de surprise.
Le foulard à quelques centimètres de ses yeux, le doute n’est plus possible. Les broderies sont identiques.
Elle appuie un peu plus fort, le sang coule.
« Pour qui tu travailles ? »
Cri de douleur.
« Pour qui ? »
« Défias »
Le mot heurte l’oreille de la jeune fille, la fureur est toujours là, elle revoit l’autre homme, avec ce même foulard détestable, sa mère étendue, froide, sur le parquet en flammes...
La lame chuinte, elle sent la chair se déchirer, les veines s'ouvrir pour laisser s'échapper un flot de sang chaud qui lui coule sur les doigts en gargouillant.
Lueur rouge, jet écarlate, flaque de sang, comme chez le boucher à qui elle a volé pas plus tard qu’hier un jambon de belle taille.
Jambon.
Assassin.
Enrya s’écroule sur les pavés, en larmes. Se relève, et quitte la rue en courant.
La logique implacable de la vengeance à fait d’elle une meurtrière. A partir de cet instant, c'est ce qu'elle est.



Le souvenir avait submergé la jeune femme. Comme si lire les mémoires de sa mère la replongeait de force dans le passé. Ce n’était pas vraiment un plongeon en fait. Ce passé là restait sans cesse en surface, elle le portait avec elle à chaque souffle.

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III : Voyages

Message  Shänae le Lun 03 Nov 2008, 23:35


Tout n’était que beauté, calme, et mystère. Les jolies maisons de bois sculpté s’alignaient le long de rues courbes et pavées de dalles aux couleurs changeantes, et bordées de pelouses verdoyantes. Dans les cafés, des mages vêtus de longues robes chamarrées discutaient autour d’un verre de jus de melon. J’entrevoyais à travers les vitres des échoppes et des librairies milles et unes merveilles, si bien que je m’arrêtais tous les dix pas, ce qui avait le don d’exaspérer ma protectrice.

« Dame Tirjel ! Regardez tous ces livres ! Et ces petits bâtonnets, à quoi servent ils ? Et cette plante étrange ? Pourquoi vendent-ils des bougies colorées ? »
Elle soupira.
« Mademoiselle Alicia, je vous prie d’avancer un peu plus rapidement et de cesser de fixer ces devantures comme si elles contenaient des reliques sacrées. N’êtes vous pas pressée de découvrir votre prochaine demeure ? C’est encore loin. »
« Oh... » répondis je, déçue, avant d’enchaîner : « C’est quoi des reliques sacrées ? »
Soupirant de plus belle et levant les yeux au ciel, elle me poussa devant elle sans ménagement. Elle se demandait probablement à cet instant si les gens de l’orphelinat voudraient bien me prendre en charge étant donné mon âge.
Cependant, quelques pas plus tard advint un évènement qui lui fit reconsidérer ses projets à mon égard.
Il y avait une petite boutique coincée entre deux arbres, en lettre gothique sur le fronton était inscrit « Chez Mireline, Antiquités et Artefacts magiques ».
La vitrine contenait divers bibelots, mais l’un des objets dégageait une aura dorée et pulsait d’une force qui ressemblait à celle que j’avais déjà ressentie quand le jeune rouquin avait pulvérisé la chose, dans mon village. Sauf que celle çi semblait beaucoup moins maléfique.
Je m’arrêtais donc une nouvelle fois, bien décidée à comprendre ce phénomène étrange.
Dame Tirjel s’apprêtais à me rappeler sévèrement à l’ordre quand elle fut prise de court par ma question.
« Qu’est ce que cette lumière dorée autour de la petite coupe en argent ? »
Elle s’arrêta et me dévisagea d’une expression assez semblable à celle des merlans que mon père péchait quelque fois à la rivière.
« Alicia... Vous... Vous pouvez voir cette aura ? »
« C’est qui cétora ? »

~*~

C’est ainsi que débuta ma vie d’apprentie mage, Dame Tirjel ayant découvert mes étonnantes dispositions pour l’art des arcanes, elle se mit en tête de faire de moi une source de considération et si possible de revenus supplémentaires pour elle.
Nous vivions dans une imposante demeure près du donjon, un endroit trop ostentatoire, trop bruyant et luxueux à mon goût.
Aujourd’hui, les tentures de velours, mon lit à baldaquin, les tapis anciens et les bibliothèques en noyer font partie de mon quotidien, mais à l’époque cela me semblait presque surnaturel.
Dame Tirjel a obtenu un poste à la tête de « l’équipe d’intervention chargée de la répression de la criminalité Hurlevine » à la cour du roi, rajoutant ainsi quelques pièces d’or supplémentaires au magot qu’elle tenait de sa famille.
Elle m’a introduite, et j’ai découvert sans jamais vraiment l’intégrer ce monde fait de faux semblants et de gens dont l’argent ou l’héroïsme emprunté ne suffit pas à camoufler la stupidité. La guerre, les épées, les soldats ! Ils n’ont que ça à la bouche !
Ils ne voient même pas la beauté des arcanes, uniquement leur utilité militaire.
Il est vrai que moi même jeune mage de 18 ans suis capable de pulvériser leurs mannequins d’entraînement d’une boule de feu rougeoyante rien qu’en bougeant le petit doigt.
Mais quel interet ?
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Au fur et à mesure de sa lecture, le cœur d’Enrya n’avait cessé de s’accélérer, et il battait à présent aussi fort que si elle venait de combattre un adjudant défias.
Elle relit une deuxième fois.
La jeune femme n’en croyait pas ses yeux. Sa mère, un mage ? L’idée lui semblait absurde, elle ne l’avait jamais vu faire le moindre petit tour, ni même évoquer le sujet de près ou de loin. Ce manque d’informations avait d’ailleurs fait naître chez la voleuse une peur irrationnelle envers tout phénomène magique, qu’elle était incapable de comprendre, et donc de combattre.
Découvrir que sa mère était l’une de ces personnes aux pouvoirs étranges lui faisait un sacré choc.
Quels autres secrets à propos de sa jeunesse lui avait elle caché ?



Jusqu’ici j’ai donc vécu plus que confortablement, et j’ai pu me consacrer entièrement et complètement à l’étude de la magie. Dame Tirjel m’a enseigné les bases, tout ce qu’elle savait en fait, mais plus j’avance sur cette voie, plus je me rends compte que son savoir est limité.
Cela fait presque sept ans que j’étudie les arcanes, et toutes les formes magiques, je n’exclue rien, et pourtant j’ai l’impression de ne faire que redécouvrir perpétuellement mon ignorance à ce sujet. J’ai étudié jour et nuit, et je continuerai jusqu’à ce que les secrets de chacun des livres de cette ville me soient révélés.
Cela ne devrait pas prendre beaucoup de temps. Notre civilisation est en pleine déchéance. Les arts magiques n’ont jamais été vraiment pris au sérieux par les peuples humains, bien sûr nous avons eu notre petite part de gloire, de savoir, de puissance. Mais cette époque est révolue, comme est révolu l’âge glorieux des hauts elfes. Le savoir s’est perdu, victime de la négligence des peuples et de la guerre.

~*~

Le temps passant, j’ai tout de même acquis suffisamment d’expérience pour impressionner mon petit monde. Faire du spectaculaire, rien de plus facile. Il parait que mes talents et ma beauté font parler de moi.
Ce matin j’ai sacrifié un moment à la futilité pour vérifier ces dires.
Le miroir m’a renvoyé l’image d’une femme au port de tête royal, aux longs cheveux d’ébène contrastant élégamment avec une peau dont la pâleur fait presque concurrence à celle de Dame Tirjel. Il est vrai que mes traits ne manquent pas de finesse, que mes dents sont blanches et que mes formes doivent attirer la convoitise des hommes.
De mes yeux gris pâles, je me suis donc renvoyé le regard le plus glacial possible. Puisse il continuer à les éloigner, tous.
Je fais sûrement des envieuses à la cour du roi... Petit monde pathétique où se fourvoie la noblesse du royaume, et où Dame Tirjel est devenue une personnalité, sans doute grâce à son caractère impitoyable... Si ils pensent pouvoir m’y attirer... Mon innocence à été a jamais détruite par leur vide intérieur. Dame Tirjel m’a assuré une existence confortable, et a alimenté ma passion pour la magie, mais n’a jamais été capable de m’apporter quoi que ce soit d’autre.
Je ne sais plus ce qu’est la tendresse. C’est triste à dire.
Le souvenir de m’a mère et de ceux qui m’ont jamais aimé crépite lentement et finit de s’éteindre. J’ai tout le temps froid. La magie seule me réchauffe, la flamme a continué de brûler en moi, me maintenant vivante. Quand je lance un sort, j’ai l’impression de vivre vraiment, quand j’étudie un livre, c’est comme voyager dans une contrée lointaine, m’échapper quelques instants de cette cité d’illusions...
Peu m’importe la gloire ou l’amour, je ne partage pas ces idéaux. Je veux juste apprendre plus, découvrir toujours et encore, et sentir le feu des arcanes couler à flot dans mes veines !



Enrya ressentait un vague sentiment de nausée. Ca n’était pas sa mère. Elle ne reconnaissait pas la jeune femme, si hautaine, et si blasée surtout qu’elle semblait avoir été. Tentant de chasser le malaise que les dernières lignes lui avaient inspiré, elle se concentra sur un détail qui la troublait.
Dame Tirjel.
Elle était certaine à présent d’avoir déjà entendu ce nom. Où ?


« Hey ! ‘Rya, ma belle, arrête de ruminer sur ta branche et viens t’asseoir avec nous ! »
La jeune fille soupire, agrippe ses doigts agiles au tuyau glissant suspendu à environ cinq mètres du sol, effectue un saut périlleux avant et retombe avec agilité les deux pieds sur le sol.
Elle s’installe à la petite table crasseuse, à coté de celui qui l’a interpellée, et entreprends de la délabrer encore plus qu’elle ne l’est déjà, de la pointe de sa dague.
« La sorcière a encore frappé... Parait qu’ils ont eu la bande à Tarnag... Quel trogg çlui çi !... J’ai t’jours dit qu’c’était un incapable... Reusement qu’il connaissait pas le Palace, jvoudrais pas que la vieille réussisse à nous déloger ! »
Murmures d’assentiment.
Enrya lève les yeux au ciel... Le Palace... Parlons en du Palace. Un trou à rat, une planque dans les catacombes de la ville, aux murs moisis et à l’odeur de cadavre en putréfaction... Et avec la compagnie bienveillante de toutes les bestioles de la ville, en prime. Le seul point positif était l’accès illimité - grâce à un ingénieux système de tuyaux récupérés - aux cuves de bière du Cochon Siffleur, juste au dessus de leur tête.
« L’a pas intérêt à croiser mon chemin tantôt La Tirjel ! Finira avec un couteau dans le dos que ce s’ra l’mieux pour tout le monde que j’dis ! »
Nouveaux grognements de la bande d’adolescents crasseux.
Elle n’en pouvait plus. Elle aurait dû rester seule, ne jamais accepter la compagnie de cette bande de débiles se complaisant dans leur situation pathétique.
Arrachant rageusement un copeau et entreprenant de le débiter en morceaux les plus fins possibles, elle songe à sa situation.
Pas une seule trace d’un quelconque « défias », les approcher semble impossible sans aide. Inutiles de songer à s’associer aux services de la ville qui l’arrêteraient instantanément pour crimes et délits divers. Si elle ne s’était pas laissée séduire par le Krig, qui traînait derrière lui une bande de voyous déguenillés, elle n’en serait peut être pas là. Elle aurait pu trouver peut être un travail, une chambrette, aurait économisé pour s’acheter un cheval...
Elle tournait en rond ici. Il fallait qu’elle parte, elle ne supportait plus cette ville, cette vie.
Enrya regarde une dernière fois Krig, et la bande de gamins, prend sa décision. Elle agrippe son sac, sa dague, et d’un mouvement rapide, camouflé en caresse destinée au jeune homme, subtilise le butin d’une fructueuse semaine de larcins. Se lève.
« Tu va où ? »
« Je pars en voyage »

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IV : Liberté

Message  Shänae le Mar 04 Nov 2008, 11:13

Enfin seule ! Ce soir le déménagement s’est achevé. J’ai aménagé dans ce quartier dont je rêvais, loin si ce n’est de la corruption, au moins de l’agitation. Le parc des mages est toujours aussi beau, mais mon espoir de pouvoir converser enfin avec des gens sensés et aussi passionnés que moi a été rapidement changé en désillusion.
La plupart des érudits qui vivent ici s’intéressent essentiellement à la magie à des fins commerciales et guerrières. Certains se livrent même à des expériences démoniques dans les sous sols. Quelle bande d’abrutis... Je n’ai rien contre en principe, mais quand on ne possède pas la puissance nécessaire, ce genre d’invocations peut rapidement se transformer en bain de sang. Surtout quand on cherche, comme eux, à s’approprier la magie du démon. Meilleure façon de se retrouver possédé...
Non contents de se mettre en danger eux même, ils sont une menace pour les autres.
Il y en a bien quelques uns qui recherchent le savoir et la maîtrise, mais ils me semblent bien moins avancés que moi sur la voie...
Mon appartement est petit mais douillet. Mireline avait une chambre à vendre au dessus de son magasin, et l’endroit m’a plu.
J’ai dû acheter ce chez moi par mes propres moyens, et mes dernières économies sont passées dans l’achat de ces jolies tentures émeraude brodées de runes inconnues que je compte bien déchiffrer un de ces jours. Je ne veux pas penser aux difficultés bassement matérielles, le plus important est que je vais enfin pouvoir être tranquille pour réaliser mes recherches.
Les interruptions de Dame Tirjel devenaient agaçantes. C’est d’ailleurs la dernière en date qui m’a permis d’obtenir cette indépendance bienvenue…
J’étais en train de réaliser une invocation complexe, un véritable bijou, un sortilège qui m’a demandé des heures de travail. Je comptais invoquer un petit démon mineur pour lui poser quelques questions sur sa perception de la magie.
Quand je repense à l’expression de cette vieille grue, j’en ris encore... Il est vrai que voir une jeune femme flotter à 5 mètres du sol, les yeux révulsés et le visage extatique, entourée d’une délicate aura émeraude (un petit ajout esthétique de mon cru, ça va devenir une véritable signature si je n’y prends pas garde... Mais cette couleur est tellement belle !) peut certes effrayer les âmes sensibles.
Bien sûr Dame Tirjel est loin d’être une âme sensible, mais elle fait partie de ce groupe d’érudits tellement étroits d’esprit qui considèrent cet art comme une forme corrompue de la magie.
Moi, je sens bien que ce n’est qu’une partie d’un tout. Il n’y a pas de flamme sans ombre, c’est l’ordre naturel des choses. Même si ça n’est pas ma discipline favorite, les démons bien maîtrisés peuvent se révéler extrêmement utiles, mais ça, il leur est impossible de l’entendre, limités qu’ils sont par leur carcan moral plein de « Lumière ».
Après tout, qu’ils restent dans leur ignorance et leur naïveté. Je n’ai pas besoin de leur incompétence pour mener à bien mon grand projet.
Au contraire, à présent, je suis libre !



Liberté. Il n’y a pas d’autre mot pour expliquer ce qu’Enrya ressent en contemplant le paysage infini et magnifique qui s’étend sous ses yeux. Un océan de palmiers, mer mouvante émeraude, une jungle épaisse et mystérieuse, bordée de plages de sables blancs et de la mer bleu lagon. La mer. Elle ne l’a jamais vue d’aussi près. Il parait qu’on l’aperçoit des plus hautes tours du donjon d’Hurlevent, mais la jeune fille n’a jamais pu y monter. Cela faisait déjà quelques semaines qu’Enrya était sur les routes. Jusqu’ici, elle se débrouillait plutôt bien, volant quelques fois sa pitance, mais préférant quand c’était possible aider les habitants des régions qu’elle visitait. En général il s’agissait de résoudre des conflits, de « récupérer un objet » , de se débarrasser de bêtes ou de monstres gênants. Quelques fois de gêneurs tout court. Elle a à présent moins de scrupules à tuer des êtres humains. Certes, elle n’aime pas donner la mort pour autant, mais elle estime que toutes ses victimes l’avaient bien mérité. De plus, elle a la conviction que ceux dont l’âme a déjà connu la souffrance d’ôter la vie à un autre être devraient éviter au commun des mortels de la connaître.
Et bien qu’elle n’ose se l’avouer, elle commence à prendre goût au sentiment de puissance, et à l’adrénaline que ces missions provoquent en elle.
Ces activités avaient un double interet : elle gagnait son pain et améliorait ses techniques de combat. Elle compensait son relatif manque de musculature par sa souplesse et son agilité. Les lames courtes et autres armes de poing qu’elle utilisait demandaient une maîtrise parfaite pour égaler la puissance des lourdes épées, en vogue chez la plupart des mercenaires.
Le vent souffle fort, et ses longs cheveux battent sur son visage déjà trempé de sueur.
Elle sent qu’elle va aimer cette jungle.

« Je déteste cette jungle » marmonne Enrya, a bout de force et avisant l’énorme panthère qui lui fait face. Déjà deux jours sans manger - si la forêt est giboyeuse, les animaux y sont retords et les oiseaux volent trop vite pour être atteints avec les dagues de lancer de la voleuse –, sans dormir, et pratiquement sans boire. Il ne lui reste plus que du rhum...
Et voilà maintenant qu’elle croise cette bestiole, qui semble malencontreusement aussi affamée qu’elle.
« Est-ce que tu es comestible mon amie ? » s’interroge Enrya, se préparant à débiter la bête en morceaux.
Sauf que...
Une panthère, ça va.
Quatre, non.
La jeune fille tente de s’enfuir, mais les bêtes courent trop vite et elle se retrouve bientôt acculée à un cocotier.
Les bestioles grondent en montrant leurs crocs.
Chair à panthère... C’est la fin, songe elle.
La plus grosse bestiole bondit, griffes en avant...
Et finit sa course dans un taillis, le flanc percé d’un carreau d’arbalète noir. Même sort pour une seconde, les deux autres, touchées par un trait de lumière noire (étrange...) viennent s’empiler sur les autres. Tout cela en seulement quelques secondes.
« La jeune fille en détresse sauvée de justesse par le héros tout puissant. D’un commun... » pense elle, et un sourire commence à s’étirer sur ses lèvres.
Enrya relève la tête et découvre son sauveur.
Deux hommes étranges lui font face, d’une ... quarantaine d’années peut être ? Difficile à dire. L’un a le visage buriné et impénétrable et est vêtu de cuir sombre, une dague et une épée fine sont passées à sa ceinture. Il tient une arbalète entre ses mains. L’autre porte une barbe rousse et une robe verte jurant avec ses cheveux de manière passablement ridicule.
N’y tenant plus, elle éclate de rire, et reste là, pliée en deux, pendant au moins cinq bonnes minutes.
Aerth et Tar se regardent l’air perplexe, et l’aident à se relever.
Ils viennent de se faire une alliée indéfectible.


Enrya chassât le souvenir d’un sourire, et retourna à sa lecture. A ce rythme là, elle en aurait encore pour plusieurs jours avant de finir ce journal. Et sa curiosité ne pourrait certainement pas attendre tout ce temps.

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Re: Shänae Enrya Al'Ilmarë, [Background]

Message  Claire Dabérius le Jeu 06 Nov 2008, 10:58

[HRP : Comme avant, rien a changer, toujours un plaisir de te lire ! Smile ]

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Re: Shänae Enrya Al'Ilmarë, [Background]

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