Shänae Enrya Al'Ilmarë

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Shänae Enrya Al'Ilmarë

Message  Shänae le Dim 02 Nov 2008, 15:45

Le sommeil ne venait pas. Cette chambre était froide, bien trop froide... La lune, pleine, éclairait la petite pièce d'une lueur blafarde. Quelque chose se tramait depuis quelques jours. Elle en avait la conviction insidieuse, intuition féminine ou conséquence de son sens aigu de l'observation. Il était agité, distant, passait des heures entières enfermés dans la bibliothèque de la Cathédrale, de plus en plus fébrile. Et ce soir encore, il n'était pas rentré.
Le cœur d'Enrya fit un bond soudain dans sa poitrine. Des pas, au dehors... Ses pas. Elle en connaissait par cœur la musique, la distinguerait entre milles. Mais ce soir, une fausse note...
Les bruits, étouffés, étaient ceux de quelqu'un qui essaie de ne pas se faire entendre. Sans succès.
Bien plus douée à cette exercice, la jeune voleuse dévala l'escalier à la volée, sans émettre d'autre son que celui d'une chemise de nuit légère dont les pans effleuraient le bord des marches.
Le cœur battant, dissimulée par les ombres de sa volonté, elle le vit soupeser sa lourde épée et la passer aux liens en cuir dans son dos. Remplir à la hâte un sac. Et sans même un regard vers la chambre où la femme qui l'aimait de toute la force de son âme l'attendait... Il partit...
Comme un voleur.
Une flamme dans le regard.
Comme un homme rattrapé par le devoir.
Il avait trouvé. Le moment avait fatalement fini par arriver.
Une chape de glace tomba sur la jeune femme. Elle le suivit du regard par la fenêtre, pétrifiée, désorientée, ne sachant ni comment réagir, ni quoi faire.
« Promet moi que tu restera en sécurité... », les paroles de son fiancé résonnèrent creusement au fond de sa mémoire.
D'un pas leste et silencieux, elle s'élança dans la rue, frissonnant au contact de ses pieds nus sur les dalles froides. Il marchait vite à travers les rues désertes. C'était l'heure la plus sombre de la nuit, celle où chacun s'enfonce au plus profond du royaume des rêves. Ou de celui des cauchemars.
A gauche, la taverne, à droite, le port...
« Ne va pas à droite... ne va pas à droite... Mon amour, je t'en supplie... Je t'en supplie ne me laisse pas... »
Une prière qu'au prix d'un immense effort de volonté, elle garda silencieuse.
Il fallait du temps pour rejoindre la jetée, pourtant le trajet lui sembla aussi bref qu'un baiser. Un baiser pressé, déposé du bout des lèvres, qui laisse un goût amer dans la bouche.
Les quais étaient agités. Comme Enrya s'y attendait, un navire s'apprêtait à prendre le large. Les marins s'affairaient à la lueur mouvante des torches, leurs cris et leur fébrilité tranchait étrangement avec le calme de la ville.
Kelric supervisait à présent l'embarcation de sa monture, qui renâclait un peu devant l'étroite planche sur laquelle on voulait le faire passer.
La jeune femme, même si elle l'avait pressenti, avait du mal à réaliser que la scène qui se déroulait devant ses yeux était bien réelle et non un horrible songe.
Les minutes passaient, le navire se remplissait rapidement. La cargaison faisait froid dans le dos : de l'acier, des lames, de la poudre, des armures, tout un arsenal destiné à la défense des colonies humaines, au nord. Des hommes partaient, et comme en Outreterre, tout ces hommes allaient mourir.
Elle chassa rapidement cette pensée douloureuse qui lui serrait dangereusement la gorge.
Il ne restait à présent plus rien sur le quai, et les rares passagers embarquaient. Le jeune paladin, s'engagea d'un pas décidé sur la passerelle et allât s'accouder au bastingage.
Les amarres tombèrent l'une après l'autre.
Comme chacun de ces liens qui la reliaient encore à celui qu'elle aimait se dénouaient, elle eut l' étrange impression de contempler l'image de son cœur lentement déchiré en tout petits morceaux.
La force de se cacher l'abandonnait peu à peu, elle ne souhaitait plus que courir vers lui, se blottir dans la chaleur de ses bras, l'embrasser, lui dire encore qu'elle l'aimait, le supplier à genoux de lui rester...
De nouveau visible, elle demeura cependant immobile et on eu crut voir une statue de marbre posée au bord de la jetée si le vent du nord ne faisait pas voleter ses cheveux et virevolter les pans de sa fine robe blanche autour de ses pieds nus.
Le vaisseau s'éloignait... Et dans son sillage, là où la jeune femme s'efforçait de lire de l'espoir, les volutes de l'eau ne dessinaient pour elle que de sombres présages.
Les autres navires, voiles en berne, tanguaient doucement, solidement amarrés au quai.
La mer étale reflétait le disque d'argent et répandait le long de l'horizon une lueur diaphane, douce lumière cristalline.
Sur les joues de la jeune femme, au sel des embruns se mêlait le sel des larmes.



Avec lui s'éloignait une époque, un passé fait de bonheur et de liberté... Il était le dernier, le dernier à avoir connu Enrya... Il fallait attendre, attendre et ne jamais oublier... Ne pas succomber à la colère, trouver de l'espoir. Survivre, devenir quelqu'un d'autre. N'être plus qu'une jeune femme en deuil, torturée par l'absence, hantée par un fantôme. Succomber au refuge si tentant de la magie? N'être plus que l'essence, juste une jeune femme mi humaine mi haute elfe. Devenir... Cherchons un joli prénom pour cette fois... Devenir Shänae.

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