Échos d'âme

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas

Échos d'âme

Message  Holdodlig / Tàlae le Jeu 25 Sep 2014, 15:37

Les Carmines, il y a six ans.

"Mademoiselle Windsong ?"

Elle contemplait le corps allongé sur le lit, le regard perdu dans le vide, ce corps qui flétrissait à vue d’œil, un cadavre vivant pas mieux que les goules du Bois de la Pénombre. Il n'y avait que l'odeur qui n'y était pas, mais le goût qu'elle avait laissé à son entourage était tout aussi amer. Le prêtre se répétait, continuait de parler. Mais rien n'y faisait. Elle n'était plus dans le même monde. Elle s'était égarée dans le néant, dans l'idée que la mort était proche, et qu'elle n'avait plus beaucoup de temps. Doucement, elle revint à la réalité, réveillée par les deux larmes qui lui coulaient aux joues.

"-Mademoiselle Windsong ? Je comprends que la nouvelle ne vous enchante pas, mais tout espoir n'est pas perdu. La Lumière est partout, et prendra soin de votre mère. Vous devriez prier désormais.
-Vous ne pouvez pas la soigner ?
-Je vous l'ai dit. Nous ne savons pas comment combattre ce mal. D'autres personnes ont besoin de moi désormais, mademoiselle Windsong. Priez, priez pour que votre mère soit en paix car elle n'a plus la force pour le faire."

La maladie l'avait frappée de plein fouet il y a de cela un an, mais elle s'était empirée et de jours en jours, elle lui prenait une part de son corps. Elle s'était d'abord emparée de ses yeux, son acuité visuelle baissant de jour en jour, jusqu'à ce que la cécité provoquée par ce mal ne lui prive totalement du plaisir de contempler sa fille ou son époux. Puis, peu à peu, elle avait commencé à ronger son corps, la dévorant de l'intérieur, brisant chacun de ses sens. La maladie la brûlait et ses flammes étaient plus ardentes que coeur volcanique du Mont Rochenoire . Peu à peu, elle avait été dépossédée de son corps. Celui ci était devenu sa geôle, quant à la maladie elle était son tortionnaire. L'agonie qu'elle subissait chaque jour l'avait paralysée, et elle ne pouvait que se plaindre de la douleur, elle n'attendait que la mort.

Mais la maladie ne touchait pas qu'elle. La géhenne d'Eleonnor Windsong brûlait de flammes assez vives pour consumer sa fille Neelà ainsi que son époux Aurcaine. L'ironie du sort fit que ceux qui n'étaient pas privés de la vue étaient victimes de l'atrocité qu'ils contemplaient chaque jour. La douleur était insupportable à sentir pour elle, mais pour eux, elle était un spectacle macabre, une vision ignoble que eux devaient supporter chaque jour, et qui devenait un supplice de plus en plus invivable. Elle était devenue malgré elle un monstre, et l'agonie qui l'éreintait un peu plus chaque jour ses griffes acérées.


"-Si je peux me permettre, mademoiselle Windsong, vous devriez laisser la Lumière rappeler votre mère. Elle ne se libèrera jamais de son supplice avec les soins que vous lui apportez. Le seul moyen d’apaiser ses souffrances est de la laisser retourner dans les bras de la Lumière."

La carcasse défraichie se mit à s'agiter, laissant échapper des gémissements effroyables qui dissuaderaient même la mort de venir l'emporter. Elle prononça quelques mots d'une voix affaiblie et tremblante avec la tonalités d'un grincement de plancher :

"-La ... ténacité, mon Père. Pourquoi vivons-nous sous le regard de la Lumière, éprouvons-nous ces supplices, s'il suffisait de baisser les bras pour sentir sa douce étreinte ?
-Eleannor, vous ne comprenez pas. La seule chose que peut faire la Lumière à l'heure c'est de vous rappeler et d'apaiser votre âme. Le tourment que vous subissez est sans nom, et les ténèbres qui vous déchirent ne peuvent être détruites. Vous devez me croire, elle a déjà apaisé les souffrances de grands combattants, non pas parce qu'ils ont abandonné, mais parce qu'ils ne pouvaient plus se battre.
-Je crois en la Lumière. La maladie m'a volé la vue ... elle m'a privé de la possibilité de contempler ma fille, mon époux. Je ne les verrais jamais heureux lorsque ma fille portera sa si belle robe de mariage, je n'aurais jamais l'occasion de contempler le sourire radieux de mes petits enfants, mais tant que mon cœur bat, et que la maladie n'a pas emportée mon âme, je vivrais. La Lumière peut encore m'aider mon père. Elle sera mes yeux. Elle éclairera l'ombre qui a dévoré mes yeux, et m'enverra une vision. Ainsi, là haut ..." dit-elle, tapotant faiblement sa tempe "... je verrais ma fille, heureuse avec ses enfants, et avec leur grand-père. Elle m'a pris mon corps, et me prendra sans doute ma vie. Mais elle ne prendra pas à mon âme ces moments là, mon Père."

Les mots d'Eleannor ne l'avaient pas laissé indifférent, et il saluait son courage. Mais il sentait également la douleur qui émanait de cette charogne respirant. Avait-il perdu espoir ? Était-il un mauvais prêtre ? Ou savait-il simplement que la Lumière aurait également salué un combat qui avait déjà semblé être une éternité pour la famille Windsong, et qu'elle aurait simplement apaisé son âme ? Dans cet élan de compassion, avait-il oublié la ténacité ? Ou peut-être que la ténacité était justement d'accepter qu'il n'y avait plus rien à faire pour elle, et qu'il était temps qu'elle retourne à la Lumière.

Elle souria, mais ce sourire prit la forme d'un rictus. Son corps n'avait plus l'air humain, et les émotions qu'elle tentait d'exprimer étaient déformées par les ténèbres qui l'avaient dévastés. Neelà ne pouvait cacher ses sanglots, observant la dépouille vivante et écœurante qui servait de corps à sa mère. Elle n'avait pas même volonté que sa mère, même si elle tentait de rester inflexible. Les liens du sang et l'amour qu'elle éprouvait pour sa génitrice étaient des branches de rosiers.Elles étaient magnifiques et portaient les fleurs d'un attachement incontestable, mais elles se plantaient également dans le cœur des deux femmes qui étaient tombées dans le cercle vicieux d'une peine éternelle qu'elles éprouvaient chacune, qu'elle eu été physique ou spirituelle. Elle échappa un long soupire, et hocha la tête alors que le prêtre lui lança un regard grave.


"-Mère, je suis la cause de ce combat déjà perdu ?"
avatar
Holdodlig / Tàlae

Personnages Joués : A définir ;)

Voir le profil de l'utilisateur

Revenir en haut Aller en bas

Re: Échos d'âme

Message  Holdodlig / Tàlae le Ven 26 Sep 2014, 12:23

Les Carmines, il y a six ans.


Neelà travaillait comme journalière dans un petit champ de citrouilles des Carmines. Elle avait ainsi de quoi nourrir sa mère le temps que le salaire de son père arrive au foyer pour payer divers remèdes qui ne faisaient pas effets. Le jour elle se crevait à la tâche, et le soir elle s'occupait de sa mère qui semblait s'être enracinée dans son lit. C'était de pire en pire, et plus elle observait sa mère, plus elle avait l'impression de voir que son agonie n'en finirait jamais.
Un soir, alors qu'elle rentrait beaucoup plus tard qu'elle ne l'aurait dû et que la nuit recouvrait déjà le ciel, elle s'arrêta devant la petite échoppe du forgeron, observant les armes d’apparat qu'il exhibait fièrement. Des créations forgées par les mains d'un expert qui n'attendaient qu'une chose : être utilisées. Elle s'arrêta sur la lame d'une épée courte teintée en noir et blanc. La lame était en vrai-argent, un métal précieux et rare souvent utilisé dans la forge d'objets sacrés.


"-Mademoiselle Windsong ! Vous avez besoin de clous ou d'autre chose pour réparer un pont ?" dit-il, se flattant de sa blague par un ricanement lourd tout en se tournant vers le pont en construction. "Ou vous comptez peut-être rejoindre la milice locale, et chasser les orcs ? Ça rapporte déjà plus que de récolter des choux !
-Je suis simplement contemplative de votre travail, sir."

Elle resta calme malgré les brimades du forgeron, et fixa la pointe de l'épée qui avait captivée son attention. Elle vit en cette pointe le bout d'un tunnel sans fin, l'illumination sacrée qu'elle attendait. C'était un message que la Lumière lui avait envoyé. Les remèdes que la nature et la magie lui avaient offerts n'avaient eu aucun effet sur sa mère qui se décomposait malgré tout et qui ne laissait que des branches mortes et flétries derrière elle. Mais le remède qu'elle cherchait était peut-être dans le métal. Des idées noires se mirent à traverser son esprit, elle ne voyait non plus l'agonie, mais la mort. Et pour elle, il s'agissait de la voie de la guérison. La fin de la tourmente s'offrait à elle, mais elle avait également un prix.

"-J'aimerais connaitre le prix de cette lame, s'il vous plait.
-Voyez-vous ça ! Petite fille, tu devrais passer ton chemin et retourner voir ta mère. Elle a besoin de soins, pas d'une famille absente."

Neelà fixa le forgeron, le regard noir. Visiblement cela lui rappelait de mauvais souvenirs, et l'idée même qu'elle abandonne sa mère n'était pas envisageable pour elle. C'était comme une insulte pour elle. Elle rétorqua sèchement :

"-Je tiens à rester aux cotés de ma mère, contrairement à mon père. Je veux simplement avoir de quoi la défendre.
-Oh ! Je vois." dit-il en se grattant la tête, l'air gêné qu'ont les donneurs de leçon du dimanche alors qu'ils sont visiblement dans l'erreur."Elle coute ... euh, cinq pièces d'or car les matériaux sont de qualité. Mais ... vu que t'es du village, tu peux l'avoir pour trois pièces d'or."

Les propos de Neelà avaient fait leur effet. Mais elle n'avait pas sur elle l'argent nécessaire pour acheter cette arme. Elle se dit cependant que le salaire de son père allait arriver dans les jours qui suivent. Elle négocia alors avec le forgeron pour payer plus tard. Celui ci accepta naturellement. Il pouvait toujours se plaindre à la garde pour récupérer sa lame et voulait de toutes façons faire bonne impression après la bourde qu'il venait de faire.
Elle avait désormais en sa possession le seul remède qui à sa connaissance pourrait libérer sa mère du mal qui l'habitait. Elle s'isola du village, épée en main, et observa son reflet dans le lac placide un long moment. Elle songeait à ce qu'elle pouvait faire avec cette lame, mais à chaque fois la même réponse revenait. Dans la mort, sa mère trouverait la paix. Elle fermerait ses yeux et la douleur s'estomperait. Il n'y aurait plus rien, juste le repos. Et elle n'aurait pas abandonné, alors la Lumière l'aurait admise en son sein et son âme aurait enfin connu à nouveau la liberté.
Elle se répètait que c'était la seule solution, qu'il n'y avait pas d'autre moyen. Mais elle ne tenait pas à perdre sa mère, ni à prendre sa vie. Elle cherchait à se donner du courage, mais elle était tiraillée. Son cœur était le théâtre d'une dichotomie inspirée par des questions morales. Devait-elle tuer, ou laisser souffrir ? Elle échappait de longs soupirs entre deux réflexions, et n'arrivait pas à se décider.
Sa reflexion fut cependant interrompue par un homme encapuchonné qui l'avait aperçu au loin malgré le voile nocturne qui s'était emparé d'Azeroth. Il s'asseya à coté d'elle, et lui tapota l'épaule, le visage obscurcit par son capuchon.


"-Vous êtes la jeune femme qui habite dans la maison, sur la colline. Votre mère est malade, je me trompe ?
-Non, je peux vous aider ?
-Pourquoi avez-vous acheté cette épée ? Vous semblez être dans l'ombre du doute, et des questions vous tourmentent, plus que la douleur que votre mère affronte chaque jour.
-Qui êtes-vous ?
-Je ne suis qu'une ombre. Peut-être l'ombre de vos doutes, ou l'ombre qui vous apportera la Lumière."

Elle haussa un sourcil en observant la silhouette encapuchonnée qui se tenait à coté d'elle. Elle semblait humaine, mais l'entièreté de son corps était caché sous un vêtement ou une pièce d'armure. Pas un morceau de chair visible. Peut-être était-ce véritablement une ombre.

"-Je sais à quoi vous pensez, Neelà. Vous comptez éliminer votre mère, mais vous avez peur car vous savez qu'une fois que la lame transpercera son corps, vous aurez atteint le point de non-retour.
-Qu'est ce qui vous fait dire ça ?
-Vous n'avez pas acheté cette arme pour défendre votre mère. Vous ne savez sans doute pas vous en servir."

Il marqua une pause. La jeune fille en profita pour observer les lieux, ou du moins ce qu'elle pouvait voir au cas où quelqu'un l'entendrait. Mais personne n'était là, personne n'entendait cette discussion. Peut-être était-ce simplement dans sa tête.

"-Prendre une vie n'est pas toujours facile. C'est un crime, puni par la loi. Vous savez qu'en tuant votre mère vous allez vous attirer les foudres de la justice, de votre père, et même de la part de lumière qui, dans votre âme, fige votre corps devant votre reflet et vous oppose à un jugement intérieur. Vous cherchez quelle part de votre âme vous devez sacrifier. Vous tentez de distinguer l'ombre de la Lumière. Vous hésitez entre le tourment qu'est l'amour, et l'effroyable peine qu'est la solitude."

L'ombre marqua à nouveau une pause, fixant Neelà qui restait attentive.

"La seule chose que je peux vous dire, c'est qu'un de vos choix est définitif, tandis que l'autre ne l'est pas."

Neelà resta silencieuse un long instant, fixant son reflet, et remarqua que l'homme qui siégeait à ses cotés avait disparu. Avait-il au moins existé ailleurs que dans son imagination, se demandait-elle. Elle se leva au moment où sonnèrent les cloches pour vingt heures. Elle inspira longuement, puis dans le tintement de la cloche, se dirigea vers sa demeure. Les huit coups semblaient être les raisonnements du glas, annonçant un sinistre prochain. Ils contrastaient parfaitement avec l'air résolu de la jeune femme qui, l'épée en main, entra chez elle, et s'approcha de la dépouille défraichie de sa mère. Eleannor laissa alors sa tête tomber du coté de sa fille pour se tourner vers elle, et lui adressa le même rictus qu'à la dernière visite du prêtre.
Sa fille la fixa alors. Ce sourire macabre la jugeait à nouveau. Elle fut éprise à nouveau par le doute, épée à la main, larme aux yeux. Elle leva sa lame, et la pointa au dessus de sa mère, prête à frapper. Elle serrait le manche de son épée, tenue au dessus du corps presque sans vie de sa mère, les mains tremblantes, hésitant encore à la sauver du funeste destin que la maladie lui avait déjà tracé si elle continuait de vivre. Puis elle ferma les yeux, et planta sa lame.
Les cloches se mirent à nouveau à sonner. Elles n'annonçaient pas l'heure, mais une attaque d'orcs rochenoire sur Comté-du-lac.
"Il faut se mettre à l’abri." dit alors Eleannor. Neelà acquiesça, tout en retirant sa lame du sol, et barricada l'entrée de la porte, le visage honteux, comme si elle avait été lâche et qu'elle avait fait le mauvais choix, même si au fond d'elle, elle savait qu'elle aurait sans doute eu la même réaction si elle en avait fini une bonne fois pour toute. Mais elle n'aurait plus eu le temps de réfléchir.
avatar
Holdodlig / Tàlae

Personnages Joués : A définir ;)

Voir le profil de l'utilisateur

Revenir en haut Aller en bas

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut

- Sujets similaires

 
Permission de ce forum:
Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum