Sauvagerie

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Sauvagerie

Message  Angron Manus le Mer 15 Oct 2014, 10:25




Le tocsin réveilla le Belluaire en sursaut. D’un bond, il se redressa dans sa couche en grognant, sentant le loup allongé contre son flanc se tortiller de protestation.  Le temps devenait plus frais avec l’arrivée de l’automne, et la cape en fourrure sur le dos d’Angron le protégeait de la fraicheur matinale.  
Se redressant, il sorti de la grange ou il venait de passer la nuit. Les faubourgs, d’habitude plutôt calme comparés au cœur de la ville, étaient pris d’une étrange agitation ce matin. Plusieurs groupes de personnes courraient en tous sens, des patrouilles de garde allaient et venaient, charriant avec eux des curieux.

Au loin, les cloches sonnaient, encore et encore. Il y avait dans l’air, une tension qui mettait en éveil les sens exacerbés du belluaire. La même panique poussant le troupeau de moutons à se jeter du haut de la falaise, une peur sourde prenant ses racines dans les fondations de l’âme. Irrépressible, violente,  la terreur de la proie.

Caressant la tête massive du loup venu le flanquer, le belluaire porta son regard vers les attroupements aux abords du quartier nain. Ajustant sa cape, il traversa le terrain qui jouxtait l’étang d’Olivia, jusqu’à rejoindre un des groupes rassemblé autour du panneau d’affichage. Plusieurs crieurs se tenaient en haut de monticules de caisses, hurlant à la populace d’une voix déjà rauque malgré le petit matin.

« Guerre ! Guerre ! Les orcs traversent le portail ! Nethergarde est tombée ! »

Comme la plupart de personnes rassemblées, ce fut d’abord l’étonnement, et la stupéfaction, qui frappèrent Angron. L’incohérence des propos tenus fit naitre des picotements dans sa nuque, les souvenir d’une même annonce lui revinrent à l’esprit. Bien des années auparavant, lorsqu’il n’était encore qu’un petit garçon, ces histoires de porte, de horde, d’invasion, de…

Nethergarde. Lorgan.

L’image de son fils ressurgit de ses pensées troublées.  Le visage du jeune garçon, dans la tenue des écuyers de Rempart-Du-Néant, et…

Le belluaire attrapa l’un des crieurs par la gorge, l’attirant brusquement à lui en grondant sauvagement. L’homme en perdit son verbe, nez-à-nez avec ce facies à peine humain, qui lui lança à la figure.

« Expliques toi. Pourquoi la Horde a attaqué ? Qu’en est-il de Nethergarde ? »

La poigne ferme sur son cou fit l’effet d’une douche froide  au crieur, qui sentit ses pieds déraper sous lui et quitter le sol. Luttant contre l’envie de crier et de se débattre, il opta pour la solution de raison et se mit à répéter son message, d’une voix légèrement étranglée.

« Ce n’est… pas la horde. Ce sont des orcs, d’autres orcs. Par la porte des ténèbres. Une armée qui… a rasé les défenses. Nethergarde et les postes avancés sont tombés. Le Roi… lance un appel aux armes. La guerre, pour riposter à la... à leur sauvagerie. »

Angron relâcha le crieur, et resta planté devant le grand panneau. Au fond de son cœur monta une rage intense, une colère qu’il n’avait jamais encore senti couler dans ses veines. Pas même contre Sheppard, ni contre ceux qu’il avait eu à affronter au cours des guerres passés. Malgré la rage qui agitait son regard, il était effrayé. Où pouvait être son fils à cette heure ? Etait-il seulement encore en vie ?

Il tomba à genoux, la gorge nouée, embrouillé par ces sentiments conflictuels. Il ne savait que faire, comment réagir, que…

Ce fut à ce moment précis, que la Bête brisa l’homme. Soulevé du sol, pour le projeter en bas d’une falaise rocheuse, assister au spectacle de son corps s’écraser en contrebas, désarticulé. Assez de l’hésitation, de l’attente, des questions. Assez des demi-mesures, et de la retenue, assez de la faiblesse et de la défensive.

Le belluaire se redressa, et s’éloigna d’un pas lent de la foule, flanqué de son loup. Dans son regard inhumain brillait une flamme furieuse, haineuse. Le goût amer de la vengeance contre son palais, mêlé aux relents de fer de son propre sang sous sa langue.

Son esprit n’avait jamais été aussi clair, limpide. Ses pensées s’enchaînaient sans le moindre accroc, imposant ce qu’il allait faire dans les heures, les jours à venir. Se mettre en chasse, traquer, et finalement, tuer ces êtres jusqu’au dernier.

Répondre à leur sauvagerie, par une sauvagerie plus grande encore.

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