Loup et Serpent

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Loup et Serpent

Message  Angron Manus le Mer 11 Fév 2015, 15:44

L’air avait ce parfum acre, chargé des relents de la terre humide et de la mousse grimpant le long des ruines. Une odeur d’abandon, de misères oubliées depuis trop longtemps. Ce qui ne s’était pas effrité au passage du temps avait moisi, et malgré tout, la nature peinait à reprendre ses droits en ces lieux maudits.
En remontant le petit chemin de terre, les images de ce qui fut se superposèrent à celles qu’il avait aujourd’hui devant les yeux, comme un fond opaque, marquant la rétine d’une trace indélébile. A droite, avant le mur d’enceinte, les stigmates de ce qui fut autrefois des cages pendues, dans lesquelles certains détenus étaient exposés pour servir d’exemple.
Un peu plus loin, ce qui restait du corps de garde et du rempart extérieur. Autrefois hautes murailles, taillée dans les rochers sombres d’Alterac, arrivait maintenant à peine au visage d’Angron. Seuls les plus gros blocs avaient résistés à l’incendie, aux intempéries, et par-dessus tout aux noirs sortilèges qui n’avaient jamais totalement disparus.

Le camp en lui-même se composait de trois quartiers distincts. En premier lieu, la zone des baraquements, qui abritait autrefois une garnison complète, une forge, des écuries, et même un emplacement de baliste. Plus à l’intérieur, les Fosses, l’arène ou les orcs se battaient parfois pour divertir le maitre des lieux (et l’aider à en maitriser la croissance démographique sans se fouler) et les restes des cages creusées dans le sol. Bien que ces dernières se devinaient plus qu’elles ne se voyaient, presque entièrement couvertes par l’herbe et la terre.
Et enfin, le donjon. Du moins le grand bâtiment de pierre qui se trouvait au centre du domaine, légèrement surélevé. Une sensation de nausée serra les tripes de l’homme, comme à chaque fois qu’il revoyait cet endroit. Il laissa la Bête s’extraire des limbes de son esprit, pour chasser le flot d’émotions qui s’éveillait en lui. L’effet fut immédiat, et le grognement sauvage qui sorti de sa gorge fit se hérisser son échine.
Mais le changement ne s’arrêta pas là. Bien que dans un élan de volonté il parvint à conserver sa forme physique, la présence de la Bête balaya tout un pan de son être, sans la moindre délicatesse. Sa démarche se fit plus lente, moins droite. Un rictus se figea sur son visage, exposant ses canines hypertrophiées, et chaque mouvement entraina un sinistre craquement de son squelette, alors que chaque fibre de son corps semblait lutter, dans un combat contre elle-même.

Il bondit contre le mur ouest du donjon, le seul qui tenait encore debout, et l’escalada sans peine pour se faufiler à l’intérieur de la bâtisse par une section ouverte. Ses mains garnies d’ongles qui se rapprochaient de plus en plus de griffes proéminentes trouvaient sans peine des accroches dans la pierre froide, jusqu’à le hisser au niveau de son objectif. Angron se laissa basculer de l’autre côté, et la chute de deux mètres fit craquer les planches moisies où il atterrit. Il parvint à conserver de peu son équilibre, usant de son odorat et de sa vue développée comme d’un sonar, au milieu des ténèbres ambiantes.

Maléfices. Sorcellerie. Un fiel noirâtre, suintant de chaque pierre, chaque poutre. Si oppressante que l’homme serra la main sur son arc, pour se rassurer. Tout en progressant presque à l’aveugle, il puisa dans ses souvenirs, car tout ici n’était que tromperie, et même les sens de la Bête ne pouvaient palier aux pièges disséminés ici. Il se souvenait de chaque couloir, chaque escalier, malgré l’état misérable de la demeure.
Il se revoyait, jeune garçon progressant vers l’âge d’homme, arpenter ces coursives en portant des plateaux de victuailles. La faim qui tiraillait son ventre alors que lui-même n’aurait pour seul diner que quelques restes. La peur de  tomber à chaque virage sur l’un des gardes violents, sur Mademoiselle Sheppard, ou pire encore, sur le maitre des lieux.

Le chasseur passa devant le cadre d’une porte effondrée sur elle-même, celle qui donnait autrefois accès aux cuisines. Sans qu’il s’en soit vraiment rendu compte, la Bête avait fait emprise sur son corps, et le Worgen arpentait à présent l’endroit dans toute sa magnificence. Ses lourdes pattes raclaient le sol, et il dégageait sans peine les portions écroulées de ses bras puissants. Ses babines retroussés dévoilaient dans la pénombre des rangées de crocs acérés, reflétant le peu de lumière tel une centaine de dague tranchantes.

Le premier bruit lui échappa, trop distant. Le second qui répondit en écho lui rappela un rire d’enfant, clair et joyeux.
En quelque secondes, Angron pointait les ténèbres d’une de ses flèches barbelées, encochée à son arc massif. Peu pratique dans un endroit aussi exigu, il n’aurait sans doute le droit qu’à un seul tir. Les minutes passèrent, silencieuses, immobiles. Tout comme l’était le chasseur, dont les sens exacerbés peinaient à capter autre chose que sa propre respiration et le sang battant à ses tempes.

Puis les ombres se mirent à se mouvoir, lentement. D’abord de gauche à droite, avant de s’enrouler sur elle-même. Les murs gémirent et un sifflement strident fit se hérisser son pelage, sa main tremblant pour ne pas décocher inutilement son tir au hasard.

« L’enfant prodige est de retour… » Murmura la voix mielleuse, qui provenait à la fois de partout et de nulle part. Le piège se referma lentement, et quand le worgen chercha à reculer d’un pas vers la porte d’où il était venu, il ne rencontra qu’un mur épais. L’opacité ambiante et la réverbération des sens rendaient toute sensation distante. Incapable de mesurer la distance de son adversaire, il grogna de défi.
« Ssssi petit…piégé… Sssssi fragile… et ssssssi seul » Le rire fut repris en échos par les quatre coins de la pièce, si tant est qu’ils se trouvaient dans une simple pièce. Il poussa un grognement plus fort, bandant d’avantage son arc, au risque de le briser.

« Tu fais erreur… C’est toi la proie…»

Un bref instant, les ombres semblèrent vibrer, se flouter. Comme sous le coup d’une légère hésitation, un moment de surprise aussi inattendu qu’éphémère.
Il n’en fallut pas plus, et le chasseur lâcha son arc, pour se jeter corps et âme vers les ténèbres tourbillonnantes, qui l’avalèrent brusquement.



Dans la campagne de Lordaeron, la pluie se mit à tomber.

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Re: Loup et Serpent

Message  Angron Manus le Jeu 05 Mar 2015, 16:02

LoneWolf

« - Pitié… »

La plainte s’éteignit dans un gargouillis inaudible, sans réponse et sans échos. L’homme tira sur son bras pour ramener à lui un pan de ses robes, couvrir son squelette décharné par le temps et le Flux. Sa main desséchée eu tout juste le temps de se refermer sur l’étoffe noirâtre avant que la patte griffue n’arrache brusquement son bras qui se sectionna au niveau de l’épaule.

Son hurlement ne dura que quelques secondes, et la douleur lui fit perdre conscience tandis que son enveloppe charnelle était tirée à bras le corps vers l’extérieur par le Monstre aux yeux d’ambre.

…..


Ce furent tout d’abord les morts les plus anciens qui se levèrent. Leurs dépouilles couvertes d’uniformes rongés par les vers titubant maladroitement hors de la terre. Les mains fermées sur les hampes de lances rouillées, ils se tournèrent vers le worgen, leurs orbites vides le fixant depuis la pénombre.

La Bête grogna dans leur direction, et leva ses haches en signe de défi. A ses pieds, plusieurs corps gisaient déjà démembrés.

« Venez ! Venez misérables ! »

La silhouette morbide qui se tenait derrière les rangs des non-vivants siffla dans sa direction. D’un seul geste, il fit se mouvoir ses serviteurs ressuscités, les lançant face à la créature au pelage hérissé. Ils s’élancèrent méthodiquement, comme des nouveaux nés découvrant l’usage de leurs jambes. Certains s’empêtrèrent au milieu des décombres, d’autres escaladant maladroitement les obstacles les séparant du LoneWolf rugissant.

Angron ne fit qu’une bouchée des sbires les plus proches, brisant avec la même aisance armes et os, renvoyant à la poussière les anciens soldats du campement. A chaque coup de hache, un des morts-vivants se brisait en mille morceaux sans pousser la moindre plainte. Mais pour un monstre envoyé au tapis, deux autres prenaient sa place, répliquant de coups fébriles.
La masse grouillante faisait peu à peu reculer le worgen, qui puisait déjà dans ses réserves pour abattre les monstruosités impies avant qu’elles ne posent sur lui leurs doigts griffues.
Sentant le vent tourné, le Maitre des non-morts tira de son fourreau une lourde lame couverte de runes brillantes, et s’avança au milieu de ses serviteurs. Paré d’une armure bronze et ocre, il se déplaçait avec l’aisance d’un épéiste sûr de sa victoire, décrivant d’élégants moulinets de son épée sifflante. La beauté de son visage était aussi hypnotisante que dérangeante, les traits chérubins de sa peau blafarde s’illuminant d’un sourire mielleux en voyant les forces de la Bête faiblirent à chaque seconde.
Acculé, encerclé, Angron parvenait tout juste à se tenir debout pour faire face aux rangs morbides des serviteurs impies et de leur Maitre qui se tenait en première ligne, bourreau assurée d’une victoire déjà acquise.

« Petit ecuyer, je te savais stupide, mais pas arrogant à ce point. Faut-il être fou ou désespéré pour se dresser seul face à moi »

Sa voix n’avait pas changé depuis toutes ces années. Le même ton cinglant, les mêmes accents travaillés, le timbre hautain et narquois. Angron chercha un instant à discerner dans le regard clair du nécromancien les vestiges de l’homme qu’il avait autrefois connu, en vain. La folie, le pouvoir, et les années d’errance avaient définitivement taillé dans l’âme du chevalier, réduisant les restes de son humanité sous l’influence des sombres Arts.

Sheppard s’avança un peu plus, l’arme en main, sans afficher la moindre crainte envers le LoneWolf à bout de forces. Il n’aurait eu aucun mal à dévier la moindre tentative d’assaut, et mettre un terme à ses élans bestiaux. Lorsqu’il se pencha vers son ancien écuyer, son sourire dévoila d’impeccables dents blanches entre lesquelles dansait une langue verdâtre et sinueuse.

« Pauvre petit Manus. Toi qui avais peur du noir, tu reviens seul dans la tanière du monstre. Il est temps d’en finir avec ce petit jeu qui a trop duré. »

Le nécromant serra la garde de son épée, ne pouvant s’empêcher de savourer l’instant, les délicieuses secondes parachevant une victoire qui avait mis des années à venir.
Angron lâcha une de ses armes qui tomba au sol dans un bruit sourd. Le museau baissé, du sang coulant de son pelage sombre, il respirait avec difficulté, cherchant les forces nécessaires à redresser la tête vers Argel. Il cracha un glaviot de sang en lui dévoilant un sourire qui fit ciller le Serpent

« Tu te trompes, sorcier. Ce n’est pas toi, le Monstre »

Un rictus de colère déforma le visage du nécromancien, face à l’impertinence de son ancien écuyer. Il leva la main pour le gifler, faire taire cet insolent qui osait encore et maintenant lui tenir tête et…

« KHAZ MODAN ! »

Ce fut comme si un coup de tonnerre venait d’éclater dans les ruines du fortin. Un mur de pierre explosa, projetant des gravats gros comme le poing qui balayèrent les morts-vivants les plus proches. Avant que la fumée ne se dissipe, un nain massif en bondit, tenant dans ses mains un énorme marteau stylisé pour représenter la gueule d’un brochetripe. Son armure ornementée reflétait la lumière, et même les sbires décérébrés semblèrent un instant prit de court face à l’apparition.

« PLENEZ CA BANDE DE VAULIENS ! »

L’impact du nain chargeant au milieu des squelettes disloqua leur ligne. A chaque coup de marteau, trois d’entre eux s’évanouissaient dans un nuage d’os brisés.
Sheppard siffla avec hargne vers l’intrus, et leva une main dans un ordre silencieux. Le reste de ses soldats non-morts encore debout se retournèrent pour faire face à cette nouvelle menace, là où de simples humains auraient décampés. Une nouvelle mêlée s’engagea, la fureur du barbe-de-bronze face à l’impitoyable avancée des réanimés.

A peine le Serpent eu-t-il envoyé ses monstruosités face au nain déchainé, que deux coups de feu claquèrent dans l’espace exigu. Le premier vaporisa le crâne d’un squelette proche, alors que le second s’enfonçait entre les omoplates du nécromancien, lui arrachant un cri de douleur.

D’une des portes opposée venaient de surgir deux silhouettes supplémentaires. Le premier pointait deux mousquets à canon court dans leur direction, dont les gueules fumaient encore des tirs qui venaient de faire mouche.

« Salut les blaireaux ! La cavalerie est là ! »

Le tireur éclata de rire, lâchant ses armes pour en dégainer une troisième du même acabit : canon court cerclé de bois et de dorures. Il était relativement jeune, malgré des cheveux décolorés aux tons grisâtres. Sa tenue consistait en une armure de cuir et de tissu débraillé, lui donnant l’air d’un matelot à la sortie du bistrot. Il semblait réjouit de son entrée théâtrale, comme s’il attendait des applaudissements pour ses coups au but.

La silhouette derrière lui était bien plus fine, et contrairement au tireur et au nain, s’élança sans bruit dans la mêlée. Sa cote de maille ne gênant presque pas ses mouvements, elle bondit au milieu des squelettes, et en faucha deux à l’aide d’un fouet garnie de lame à sa pointe. Sa chevelure blonde nouée dans son dos aurait pu rappeler une danseuse de la foire de sombrelune, virevoltant avec agilité en faisant tournoyer son arme exotique. A chaque claquement, le fouet balayait les non-morts qui ne semblaient même pas encore avoir remarqués sa présence, concentrés sur le nain braillard qui les broyait sous ses bottes.

En quelques secondes, la balance pencha subitement du côté des vivants. Les relevés, qui tiraient leur seul force de leur nombre, virent celui-ci chuter drastiquement face aux assaillants sans scrupule.

Le Serpent siffla de colère, et malgré la douleur dans son dos, décampa vers un couloir proche. Sans ordres, les morts-vivant perdirent le peu de vigueurs qui les animaient encore. L’homme aux mousquets pointa une de ses armes vers le nécromancien en fuite, fermant un œil pour ajuster sa visée.

« Laisses le moi Etheos ! Celui-là est ma proie ! »

En un battement de cil, Angron s’était redressé, et donnait déjà la chasse au Chevalier déchu. Le tireur grogna de mécontentement, déviant sa visée pour abattre un sbire à la place.

« P’tain, enculé, c’est encore toi qui va te la raconter ensuite avec les filles du bistrot ! »

Mais la remarque de son comparse n’atteignit pas le LoneWolf, qui s’était déjà engouffré à la suite du sorcier en fuite.

…..

La lame fendit les ténèbres, pour ne rencontrer qu’un mur en pierre. Le Serpent frappa de nouveau, encore et encore, délivrant une tempête de coups autour de lui, sans jamais toucher sa cible. Il cherchait à suivre le raclement des griffes sur le sol, les grognements rauques provenant des ombres. La blessure dans son dos le faisait souffrir le martyr, tout comme les entailles récoltées par la Bête qui le traquait depuis plus d’une heure dans le dédale des couloirs du donjon.

« Montres toi ! Impertinent ! »

La seule réponse fut un ricanement rauque et le claquement de mâchoires démesurées.
Sur ses épaules, son armure lui semblait plus lourde. Son épée ne luisait plus, et un étrangement sentiment s’insinua dans son esprit. Comme un aliment qu’on n’aurait pas gouté depuis trop longtemps, une saveur oublié, relégué au rang des souvenirs les plus lointains.

Etait-ce la peur, qui faisait trembler son bras ?

Argel frappa de nouveau, et cette fois, son épée rencontra quelque chose. Le bref espoir de victoire disparu quand il fut brusquement tiré en avant, et que son poignet se brisa.
Le Serpent roula sur le flanc, sentant des griffes labourer son dos. Il chercha à incanter, appeler à lui les ténèbres qui dissimulaient son ennemi, mais en vain. Il glissa sur son propre sang en cherchant à se relever, et quelque chose le frappa au ventre, avec suffisamment de force pour briser une de ses cotes. La sensation d’être soulevé du sol ne dura qu’une seconde avant qu’il s’écrase contre un pilier en pierre.

Cette fois, son adversaire ne se cachait plus. La Bête s’avançait vers lui, d’un pas lourd. Il avait abandonné ses armes, et ses griffes massives dégoulinaient du sang frais. Sheppard chercha à lever une main dans sa direction, mais Angron l’attrapa par la gorge, le soulevant à son niveau, sa poigne fermée autour de la gorge frêle du sorcier.

Les mains d’Argel cherchèrent à éloigner ses pattes velues de lui, agitant mollement les pieds dans le vide. Le worgen arrachant de son membre libre les plaques d’armure ornementées du chevalier déchu, avant de les balancer plus loin. Il le mettait à nu, exposant son corps frappé par la corruption à son regard sauvage. Dans un sursaut pour gagner du temps, le Serpent chercha à parler, mais seul un râle de douleur s’échappa de ses lèvres.

Nu, dépourvu de son armure, le corps frêle du nécromancien donnait l’impression d’un vieillard malmené par un monstre massif. Angron desserra légèrement sa prise, plongeant son regard ambré dans les yeux effrayés du sorcier brisé. Son rictus de crocs saillants à quelques centimètres du visage fripé, il inhala de toutes ses forces.

« La voilà. L’odeur de ta peur. »

Une nouvelle fois, le nécromant chercha à répondre, s’adresser avec sa verve autoritaire et froide, comme il le faisait des années de cela au jeune garçon Manus, à ce petit garçon à peine capable de se tenir droit.
Mais dans le regard qui lui faisait face, il ne vit ni innocence, ni intimidation, pas même la moindre trace de compassion. Juste la fureur d’une Bête sauvage et monstrueuse.

Il s’exprima d’un grognement sourd, ses mâchoires massives s’écartant face au visage tremblant du sorcier.

« Fais-le. Oses demander pitié. »


…..

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