[Max Fletcher] Bribes de vie

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[Max Fletcher] Bribes de vie

Message  Invité le Mar 02 Juin 2015, 06:03

Tu t'es fourré dans de beaux draps, mon cher Max.

Max était à moitié allongé contre un tas de paille, à l'étage de la grange dans laquelle il s'était réfugié. Il lui arrivait souvent de venir se cacher ici lorsque l'une de ses petites combines échouait et tournait au vinaigre. Et pour l'heure, la situation ne lui était pas favorable.

Si elles m'avaient laissé une chance ! C'est facile pour elles. Je suis sûr qu'elles ne manquent de rien.

Il croisa les bras derrière sa tête en soupirant, agacé. Il avait du mal à savoir s'il en voulait aux deux femmes pour avoir voulu le livrer aux autorités sans lui laisser la moindre chance ou parce qu'il se sentait idiot de s'être fait attraper si facilement. Sans doute un peu des deux.

Il n'avait pas connu d'autre vie que celle-ci. Depuis qu'il était en âge de travailler, il jonglait entre les petits boulots et les larcins lorsque les premiers se faisaient rares. Même lorsqu'il vivait encore à l'orphelinat Rossignol il se débrouillait pour tenter sa chance dans les rues. Comme beaucoup de ses amis à l'époque. C'était une manière comme une autre de tenter de tirer son épingle du jeu. Certains y étaient parvenus et prospéraient grâce à un emploi stable ou un commerce, d'autres avaient mal tourné en rejoignant la Confrérie Défias, ou pire. Max se trouvait entre deux eaux, penchant tantôt vers un bord, tantôt vers l'autre, sans jamais basculer définitivement. Il n'était pas assez mauvais et retord pour tuer les voyageurs en forêt ni assez chanceux et éduqué pour ouvrir sa propre échoppe ou se faire recruter définitivement par un employeur. Il évoluait au jour le jour en saisissant les opportunités qu'il parvenait à dénicher au coin des rues de Hurlevent, lorsque la capital était d'humeur généreuse.

Il ramasse un brin de paille et le coinça entre ses lèvres, soucieux. Il pensait rarement aux conséquences de ses actes et lorsque l'occasion se montrait, il parvenait généralement à faire taire la petite voix dans sa tête avec une bouteille d'alcool bon marché. Seulement cette nuit, il n'avait ni alcool ni femme pour oublier sa conscience.

Elles vont alerter la garde et d'ici demain ma tête sera placardée sur tous les murs de la ville ! Bon sang, si j'avais su que cette fichue arbalète me coûterait si cher !

Il secoua sa tête dans tous les sens en tapant des pieds sur le plancher fragile de la grange avant de tirer sur son écharpe en poussant un râle.

Réfléchis, réfléchis...

Il plaqua ses mains sur son visage et se frotta les yeux avec ses paumes. Malgré ses déboires avec les deux femmes, une petite part de lui culpabilisait à propos de l'arme volé. C'était une arbalète d'excellente facture gravée avec les initiales de sa propriétaire. Elle n'était d'ailleurs pas si vilaine, cette fille, songea Max. Il se calma pour fixer les poutres et la toiture abîmée depuis laquelle il apercevait le ciel étoilé en tâches disparates.

Il avait croisé la jeune femme et son arbalète la veille dans la journée. Une chevelure ambrée, un regard de braise, la peau claire et une poitrine généreuse. C'était sur ce dernier critère que Max l'avait sélectionné pour l'aider dans sa combine. Il lui avait demandé son aide pour rabattre quelques badauds à son étal de bonneteau en échange d'une part des gains, persuadé qu'une jeune femme plantureuse ramènerait plus de monde. Bien sûr, ce qu'elle ne savait pas à ce moment, c'est qu'il n'avait pas réellement prévu de partager sa recette.

Elle transportait une arbalète en bois cerclé de fer doré et gravée des initiales L.C sur sa crosse. Max  lui avais promis de veiller sur l'arme pendant qu'elle partait à la pêche aux clients. Évidemment, le jeu était truqué. Max devait faire plus de bénéfices que de pertes sur le dos des passants.

Le stratagème fonctionnait à merveille jusqu'à ce qu'un homme en armure pose des questions sur la légalité de l'étal et les rapports de Max avec les autorités. Il disparu d'ailleurs assez rapidement pour aller chercher un « ami à lui » disait-il, un garde, pour l'inviter à jouer. Max n'était pas dupe et flaira l'entourloupe. Le jeu ne lui avait pas rapporté énormément mais il avait appris avec le temps qu'il valait mieux se retirer rapidement plutôt que de risquer de tout perdre et croupir dans une cellule.

C'est à ce moment qu'il envoya son acolyte faire un dernier tour du quartier. Il n'avait pas prévu que la bonne poire qu'il avait manipulé soit accompagnée d'une amie. Une femme d'un certain âge, rousse, vêtue d'une robe sombre, qui le surveillait depuis le début. Il était parvenu à endormir sa méfiance en bafouillant une excuse rapidement à propos de sa vessie et d'un besoin pressant. Lorsque la jeune femme à la chevelure cuivrée fut assez éloignée, il ramassa ses gains et l'arbalète et prit la poudre d'escampette. Par chance, l'autre ne s'était encore aperçue de rien.

Lorsqu'elles réalisèrent le subterfuge, il était déjà loin.

Il ne lui avait pas fallu beaucoup de temps pour revendre l'arbalète et la potion qu'un gnome lui avait offerte en guise de paiement à un prêteur sur gage. Il en avait tiré un bon prix, assez pour se payer un repas copieux, quelques bières et faire réparer sa paire de bottes. En moins d'une après-midi, il avait dépensé l'intégralité de ses gains, poussé par son insouciance et ses rêves de grandeur.

Le cours des événements s'était compliqué lorsque sa route avait à nouveau croisé celle de la femme à la chevelure rousse. Elle l'avait aussitôt reconnue et il s'en était suivit une course poursuite jusqu'à ce qu'elle parvienne à lui mettre la main dessus. A ce souvenir, Max se frotta l'oreille en repensant à la manière dont cette femme l'avait traîné hors d'une taverne douteuse. Il n'était pas du genre à agresser une personne inutilement, encore moins pour frapper une femme.

Il lui expliqua malgré lui où se trouvait désormais l'arbalète et, pendant un instant, il crut qu'il avait réussi à l'endormir avec de belles paroles. Les choses s'envenimèrent lorsque la jeune femme qu'il avait dupé dans l'après-midi fit son apparition, furieuse et bien décidée à récupérer son bien. Elles étaient toutes les deux insensibles à son numéro de charme. Finalement, elles décidèrent de le traîner jusqu'à la caserne pour le faire répondre de son crime. Cette décision avait eu l'effet d'un choc électrique et Max n'avait eu d'autres choix que de s'en prendre physiquement à la plus âgée qui le tenait pour s'écarter et prendre la fuite.

C'est sûr, depuis hier, elles ont déjà alerté les gardes. Je suis fais. Je ferais mieux de me rendre tout de suite ! Quoi que... Je pourrais peut être me cacher quelques jours. Mais où imbécile ? Tu vis dans la rue aux dernières nouvelles !

Max gémit. Il avait passé la journée à se terrer dans la grange et son estomac commençait à crier famine.

Un tourbillon de sentiments contradictoires agitait son âme. Il aurait voulu chasser de sa tête cette histoire mais il en était incapable. Et malgré tout ce était arrivé l'autre soir, il ne pouvait s'empêcher de culpabiliser en repensant au vol de l'arbalète. La jeune femme y tenait énormément. Parce que tu as des principes maintenant ? se sermonna-t-il intérieurement.

Une brise timide interrompit le fil de ses pensées et le fit frissonner. Il crut entendre un murmure et se pencha au-dessus de la barrière pour jeter un coup d’œil en contrebas. Il n'y avait personne. Il secoua la tête et poussa un profond soupire. Le temps s'écoula pendant de longues minutes jusqu'à ce que le jeune homme prenne une décision.

- Maximilien Fletcher, s'exclama-t-il à voix haute, tu es complètement fou.

Il se redressa avec quelques épis dans les cheveux et tapota son gilet pour se débarrasser des brins de paille. Il replaça sa longue écharpe autour de son cou et tourna la tête pour observer le champs de citrouilles par la petite lucarne en bois logée dans la mur, sous le toit. L'endroit était désert, à l'exception de quelques rongeurs nocturnes et d'une chouette qui hululait dans un bosquet lointain.

Il s'assura une dernière fois que la voie était libre et quitta la grange. Il traversa rapidement les faubourgs avant de s'engager d'un pas décidé dans les rues de la ville.

Je vais m'occuper de cette arbalète. Je sais où se trouve le prêteur sur gage après tout. Il ne me reste qu'à m'infiltrer chez lui et la lui voler. Une fois qu'elles l'auront récupéré, elles iront expliquer aux gardes que tout ceci n'était qu'un malentendu et elles me ficheront enfin la paix.

S'il n'aimait pas la décision qu'il venait de prendre, une part de lui se sentait soulagée à l'idée de réparer son erreur, tant pour sa propre sécurité que pour dissiper le malaise de la jeune femme.

Il bifurqua dans une allée sombre et commença à fouiller les poubelles des petits commerces en quête de matériel. Il débusqua un sac en toile usé, vestige d'une livraison de navets ou de pommes de terre, de la ficelle, une vieille épingle à cheveux tordue et rouillée et un rouleau de ruban adhésif en fin de vie. Il jugea que c'était un butin plus que suffisant pour s'introduire chez le vieux Grindell et reprit sa route.

Il ne tarda pas à arriver dans le quartier des mages. Il marchait à la hâte sur le sol tapis d'herbe des rues qui serpentaient entre les bâtiments d'études de la magie, les boutiques d'herboristes, d'alchimistes et d'enchanteurs et les habitations des mages et de leurs apprentis. Il rasait les murs du mieux qu'il pouvait et évitait la lumière des lampadaires aussi souvent que possible. Les patrouilles n'étaient pas nombreuses à cette heure et il arriva rapidement jusqu'au commerce du prêteur sur gage.

La voie se divisait en deux et un chemin dallé s'élevait sur le côté, formait une boucle puis passait par-dessus la rue, à la manière d'un petit pont ou d'une arche, avant de se terminer face à la porte de la boutique. Une enseigne en bois était suspendue à côté de l'entrée : Le Bazar du lézard.

Max se cacha dans l'ombre d'un coin et observa le bâtiment. Il se dressait sur trois étages et se trouvait à l'angle de la rue ce qui offrait deux faces visibles aux passants. Un arbre grimpait à côté de la façade et ses dernières branches atteignaient difficilement le dernier étage. Max repéra cependant une branche assez épaisse pour supporter son poids qui se trouvait à proximité de l'une des fenêtres du second palier. Les volets étaient fermés mais il pouvait les ouvrir de les extérieur. C'était risqué mais avec un peu de méthode et beaucoup de précaution ce n'était pas impossible.

Il tourna la tête des deux côtés pour guetter la lueur dansante d'une lanterne qui marquait généralement l'arrivée d'un patrouilleur mais ne vit rien. Il prit une profonde inspiration, rajusta le sac en toile qu'il tenait par-dessus son épaule gauche et s'approcha rapidement de l'arbre.

Ce coup là si tu le réussis mon vieux, tu as intérêt à te faire petit pendant plusieurs semaines. Peut être même t'engager sur un bateau le temps d'un aller-retour pour le Norfendre !

Max grimpait entre les branches de l'arbre en essayant de faire le moins de bruit possible. Il avança prudemment sur la branche qu'il avait repéré plus tôt et s'approcha de la fenêtre du second étage. Il tira le couteau qu'il cachait dans sa botte droite et commença à s'occuper du verrou des volets. Une goutte de sueur perlait le long de son front tandis qu'il se concentrait pour ne pas commettre d'impair. Après deux minutes de bataille, la fermeture céda et il put ouvrir le volet.

Il jeta un coup d’œil à l'intérieur de la pièce. La fenêtre donnait sur un petit bureau. Il n'y avait personne à l'exception d'une belette empaillée qui trônait sur une caisse à côté du bureau et servait de presse-papier.

Max déglutit et sortit le rouleau de ruban adhésif du sac en toile. Il déchira des morceaux du ruban pour les coller ensemble contre la vitre jusqu'à former une étoile grossière et assez épaisse. Il s'assura qu'il n'y avait personne dans la rue avant de laisser tomber le rouleau vide dans l'herbe, au pied de l'arbre. Il recula légèrement son buste et prit une profonde inspiration avant de fracasser la fenêtre d'un coup de coude à l'endroit qu'il avait ciblé. Le ruban adhésif amortit le son et empêcha les morceaux de verre de se répandre dans la pièce.

Max retenait sa respiration en tendant l'oreille. Il ferma une seconde les yeux, soulagé, en réalisant qu'il n'avait pas fait de bruit. Il perdit l'équilibre un instant et manqua de chuter de la branche avant de se rattraper de justesse. Quelques feuilles tombèrent de l'arbre tandis qu'il se stabilisait à nouveau, priant pour que personne à l'intérieur du bâtiment ne l'ait entendu.

Il dégagea l'amas de bris de verre et de morceaux de ruban adhésif avant de passer son bras par le trou de la vitre en quête du loquet de la fenêtre. Quelques secondes plus tard, il pénétrait silencieusement dans le bureau.

Il balaya la pièce du regard. Une cassette verrouillée se trouvait sur le bureau, à côté d'une plume et d'un encrier. Une rangée de livres s'étirait sur une étagère à côté de lui et quelques caisses achevaient de compléter le décor. Il n'y avait rien d'intéressant, sauf la cassette peut être, qui, réflexion faites, contenait peut être une coquette somme d'argent. Max dût se faire violence pour ne pas la dérober.

Reste concentré. Tu es ici pour récupérer l'arbalète. Et de toute façon, cette cassette est sûrement verrouillée. Elle doit contenir beaucoup d'or et tu auras d'énormes problèmes si monsieur Grindell remonte jusqu'à toi.

Max poussa doucement la porte du bureau. Il jeta un rapide coup d’œil dans le couloir. Un long tapis bleu s'étirait de bout en bout comme une langue. Il y avait deux autres portes. A droite, des escaliers descendaient vers la boutique tandis que ceux de gauche permettaient de se rendre à l'étage supérieur. Il doit garder l'arbalète en bas, songea Max avant de se faufiler hors du bureau.

Il descendit les escaliers lentement. L'avant-dernière marche émit un léger grincement lorsque Max posa son pied dessus et il le retira aussitôt en rentrant sa tête entre ses épaules. Il patienta quelques secondes et l'enjamba. Il poussa un rideau de perles pourpres et bleues pour se retrouver dans la boutique principale.

De nombreux objets étaient étalés sur différents comptoirs. Une longue épée à la garde mêlant métal sombre et décorations dorées était enfermée derrière une vitrine avec d'autres bijoux ostentatoires. Des cors de chasse de qualités variables étaient suspendu par des cordelettes en cuir à des clous.

Max ne savait plus où donner de la tête tant la pièce débordait d'objets divers et variés. Il remarqua l'arbalète qui se trouvait sur un étal, visible à côté d'un arc et d'un carquois. Une dizaine de carreaux assez épais avaient été disposé à côté mais au vue de leur taille, Max conclu qu'ils n'appartenaient pas à cette arbalète.
Il s'approcha lentement de l'objet convoité en foulant le plancher décoré de tapis colorés de la pièce. Dès qu'il posa une main sur l'arme, il sentit son cœur plus léger. Il s'autorisa un sourire satisfait, fier de lui. Il souleva l'arbalète et la glissa dans le sac en toilé usé.

Soudain, un planche craqua derrière lui et il perçu le cliquetis métallique d'une arme à feu que l'on charge. La voix de ténor du vieux Grindell résonna dans la pièce tandis qu'il pointait Max avec le canon de son fusil.

- Jeyse ! Descend ! Va alerter la garde ! J'ai choppé un foutu rat de cambrioleur ! Et toi, ajouta-t-il dans le dos de Max sans le lâcher du regard, sale fils d'enfoiré, t'as pas intérêt à bouger d'un millimètre ou je te décore d'un second trou du cul !

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