Luth aux Mille Yeux

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Luth aux Mille Yeux

Message  Grelot-de-Bois le Ven 14 Aoû 2015, 02:26

LUTH
Sois béni, ô mon Maître ; je suis venue te demander d'être mon Maître. Sortiras-tu de ton silence centenaire pour me dispenser ta sagesse ? Ô Isosthène, si ta sagesse est le silence, ne parle pas, et je me tairai avec toi. Que ta main, alors, m'apprenne l'indicible ; que tes yeux m'enseignent ce qu'ils ont vu. Mais parle, ô mon Maître, si tes mots sont aussi précieux que le disent ceux qui ne se taisent pas ; parle, si je suis digne de ta parole rare et belle. J'écouterai tes signes, s'ils ne sont muets ; je les contemplerai, s'ils ne sont invisibles ; et je les méditerai, s'ils me sont offerts. Ô Isosthène, sois mon Maître, je t'en prie humblement.

ISOSTHÈNE
Lève-toi, étrangère, car c'est ma première leçon : ne te mets à genoux devant personne. Car si ton orgueil ne doit pas te commander, celui de tes pairs ne le doit pas non-plus. Lève ton buste, car ton Maître est plus grand que toi s'il est vraiment ton Maître ; lève ton cœur, car tu dois t'ouvrir pour recevoir, et t'exprimer pour t'ouvrir ; lève ta tête, car tu ne seras corrigée qu'en tombant dans l'erreur ; lève tes yeux, car le ciel est vide, et tu ne le défieras pas. Et maintenant, étrangère, parle : c'est à toi de parler, pas à ton Maître ; car tu seras sans Maître tant que nul ne te connaîtra.

LUTH
Alors, ô Isosthène, entends l'histoire que je suis. Mon nom est Luth, et on me dit « aux Mille Yeux » ; et peut-être ce nom dit-il déjà beaucoup de moi, car jamais je n'ai été que spectatrice.

Je suis, tout comme toi, Née des Étoiles ; mais s'il est vrai que tu étais déjà Ancien lorsque le monde se Fractura, moi, je n'étais pas encore jeune, car c'est Nordrassil lui-même qui veilla sur ma mère alors qu'elle enfantait, l'ombrageant de sa Vivante Couronne. Le premier jour de ma vie fut aussi le plus important ; car l'Arbre-Monde m'a bénie, moi comme les quatre-vingts autres Immaculés - neuf pour chacune des neuf racines du Fils de G'Hanir.

Et c'est sur ses Berges silencieuses, aussi silencieuses que toi, pétries de silence et de paix, imperméables à toute incantation et à toute magie, que, tous, nous reçûmes notre nom, nous, les Immaculés. Car, ainsi que Remulos l'enseigna à ses disciples, dont, je le sais, nous fûmes tous les deux, le Pacte des Aspects était Trine : Éternité, Sommeil, et Silence. Éternité, parce qu'il fallait que nous puissions remplir notre mission sacrée, nous les gardiens pénitents, les Kal'doreï. Sommeil, parce que telle était notre mission : de rejoindre le Rêve des Façonneurs et de Veiller sur lui. Et Silence, enfin, parce que la Magie était, tout à la fois, le Commencement, le Milieu et la Fin du Pacte.

Le Silence, ô Isosthène, est ce qui nous lie toi et moi ; il est ce pour quoi je suis venue à toi. Nul mieux que nous ne le connaît - toi, parce que tu es seul sur la cime des montagnes, et inégalé ; et moi, parce que je suis une Immaculée, et perdue. Mais tout cela, mon Maître, tu le sais déjà.

ISOSTHÈNE
Le sais-je ? Et toi, le sais-tu ? Parle, c'est à toi de parler. Alors je verrai ce qu'il y a à voir.

LUTH
C'est juste. Laisse-moi donc te parler du Silence.

La Magie était, dit-on, le Commencement et la Fin du Pacte ; et cela est vrai parce que, sans elle, jamais le Pacte n'aurait été nécessaire. Elle est la raison d'être du Pacte : le Puits d'Éternité, source sans fin de toute puissance arcanique en ce monde, origine de la vie mais aussi de la destruction irréversible dont nous nous sommes rendus coupables, le Puits, donc, devait être contrôlé. Deux voies existent à son sujet : la voie naturelle, celle voulue pour lui et nous par les Façonneurs, celle du silence et de la vie ; et la voie de la connaissance, celle des Bien-Nés et d'Azshara, celle de la démesure et de la mort. Druides et dragons choisirent de concert la première, et c'est ainsi que naquit le Pacte : la Magie fut à la fois sa cause et sa fonction.

Et la Magie était, dit-on aussi, le Milieu du Pacte ; et cela est vrai parce que, sans elle, jamais le Pacte n'aurait été réalisable. Elle est le seul moyen de réaliser le Pacte : seul un animal divin peut veiller sur une plante divine. C'est par la magie elle-même que l'Arbre-Monde crût, buvant les eaux du Puits de ses racines, absorbant sa magie et devenant comme elle titanesque. Et cette magie que Nordrassil devait supprimer et rendre inutilisable, il la supprima en l'utilisant, et l'utilisa en répandant la vie tout autour de lui, donnant naissance aux forêts luxuriantes d'Ashenvale et donnant la mort à notre mort elle-même. Aussi est-ce pour cette raison que, toute entière épuisée par le divin gardien du Mont Hyjal, l'énergie infinie du Puits est inaccessible à proximité de lui. Le Silence est tombé sur ses Berges fleuries ; aucun mage ne peut laisser son art s'exprimer en sa présence.

L'Éternité, mon Maître, n'était qu'un moyen ; et le moyen de ce moyen était le Silence. Mais sa fin était, elle aussi, le Silence ; car seul le Silence protège de la magie. Et c'est ainsi qu'était le Pacte, d'après ce que l'on m'a appris.

ISOSTHÈNE
Oui, c'est ce Pacte que signèrent les Druides, ce Pacte que défendirent les Sentinelles. Mais, toi, quelle fut ta place dans le Pacte ?

LUTH
Ma place, ô mon Maître, fut celle à la fois bénie et maudite des Immaculés.

Les Immaculés, comme je l'ai dit, ne sont en tout et pour tout que quatre-vingts-un ; et je suis l'un d'entre eux. D'autres créatures, sans aucun doute, vécurent des expériences similaires, et subirent les mêmes effets ; ils sont, comme les Immaculés, ce que l'on appelle des négateurs, mais ils diffèrent sur le reste. Les Immaculés sont ceux et celles qui, comme moi, naquirent sur les rives de l'Arbre-Monde avant le commencement de la Grande Veille et, pour des raisons que n'appréhendent que les dieux, furent liés à lui corps et âme.

La nature de ce lien est ce qui nous vaut notre nom. Par le corps, bien sûr, nous sommes Immaculés : les couleurs ont pour jamais quitté notre chevelure, et notre peau même est blême, non-pas comme la lune, mais comme la maladie, car nous sommes des êtres chétifs, vulnérables, dépourvus de force comme de vitalité ; aussi ne pouvons-nous être Sentinelles. Mais, Immaculés, nous le sommes aussi par l'âme, car, comme la Couronne du Mont Hyjal, nous avons été marqués par le Silence, et nous portons le Silence en nous. Ainsi sommes-nous mystérieusement évités par la Magie, intouchés et intouchables, pour ainsi dire sans tache. Il y a entre nous et elle une incompatibilité radicale ; et s'il est vrai que la magie vient du Vide, alors nous sommes le Vide de ce Vide. Cela est si profondément vrai que nous échappe même la forme la plus pure de la magie, c'est-à-dire l'essence vitale et naturelle des êtres vivants ; aussi ne pouvons-nous être Druides.

Notre particularité, ô, Isosthène, est d'une ambivalence terrible. En un sens, elle est un pouvoir immense et sans pareil ; car notre immunité à la magie arcanique est entière, alors que cette magie est presque pour tous la puissance-même ; même aux autres formes de magie, nous résistons dans une certaine mesure. Mieux encore : dans certaines limites, nous neutralisons la magie par notre simple présence, même si ce n'est pas nous qu'elle vise. Ainsi, même les sortilèges des Démons et des Bien-Nés ne peuvent rien contre nous ; et le destin nous a donc élus comme armes exceptionnelles. Avec de la discipline, nous sommes même capables d'employer d'une façon active le Silence qui nous habite : détecter les sorciers, annuler les enchantements, briser les incantations et dissiper le mana en libérant son incandescence chaotique et éphémère, tout cela est en nos capacités avec de l'entrainement. Telle est la voie du négateur.

Mais jamais je ne me suis sentie puissante, ô, mon Maître ; jamais l'arme que je suis n'a été à mon service. Sache tout d'abord que la nature unique des Immaculés attise bien des convoitises, même parmi les Kal'doreï les plus fidèles au Pacte ; car, justement, nous sommes l'antithèse de ce qu'ils traquent. Ainsi, que les uns nous estiment utiles à leurs plans et que les autres nous considèrent comme des menaces, cela, dans tous les cas, nous nuit.

Qui plus est, l'adage dit que les extrêmes se ressemblent, et, que cela soit vrai ou non, les Immaculés sont pour cette raison vus de presque tous comme des sortes de cousins des Bien-Nés. Après tout, ne sommes-nous pas les détenteurs d'un grand pouvoir, lequel a tout à voir avec la magie ? Et ne sommes-nous pas même, par le biais de l'Arbre-Monde, nés de la magie et profondément marqués par elle, en un sens de même nature qu'elle ? Notre position est très ambiguë aux yeux de ceux qui ne nous connaissent pas ; aussi sommes-nous le plus souvent des parias. Même si nos actes participent de façon décisive à la mission des Gardiennes, en veillant sur nous et en nous protégeant, elles en viennent à nous surveiller. Comme elles, et d'une façon différente encore, nous sommes prisonnières tout en étant du bon côté des barreaux.

Mais je n'ai pas encore parlé du plus évident des contrecoups. Vois-tu, mon Maître, ce que cela signifie d'être immunisé à la magie, incapable d'être touché par elle ? Cela signifie qu'elle aussi est immunisée à nous, que nous ne pouvons la toucher. Non-seulement il nous est impossible d'être aidé par elle - nous empêchant par exemple d'employer des objets magiques, de passer par des portails, et même, dans une certaine mesure, d'être soignés -, mais, de plus, il nous est impossible de la pratiquer d'une quelconque façon. Il serait extrêmement naïf de voir les Immaculés comme des privilégiés ; car notre immunité est un handicap. Jamais nous ne pourrons manipuler les Arcanes d'aucune façon, et cela rejaillit sur les formes non-arcaniques de magie, en tant qu'elles procèdent d'une nature semblable.

ISOSTHÈNE
Oui... oui. Je sens tout cela en toi. Tu es la troisième que je rencontre des Quatre-vingts-un. Le premier fut mon ami, le second, mon ennemi. Peut-être seras-tu bien mon disciple, mais il est trop tôt pour le dire. Il te reste encore beaucoup de choses à révéler. Dis-moi quelle fut ta vie, et je te dirai quelle elle sera.

LUTH
Tu es vraiment un sage, Isosthène, car, en dépit de ce que je viens de dire, la vie des Immaculés est d'une grande imprévisibilité. Ton ami et ton ennemi suivirent chacun un chemin différent, et pourtant pas si éloigné l'un de l'autre qu'on se l'imagine. Je fus, sans doute, moi-même ton ennemie ; car les Sentinelles m'ont longtemps utilisée à leurs fins.

Pour elles, comme je l'ai dit, j'étais une arme naturelle et idéale contre les créatures surnaturelles qu'elles pourchassaient. Puisque j'étais bénie de Nordrassil, il me fallait le lui rendre et employer cette bénédiction dans le même but que lui - c'est là la devise de tout mon peuple, le sens même de son sacrifice, et son sacrifice, en un Immaculé, ne peut qu'être exacerbé. Le sens du devoir surpassait alors tout ; ma liberté faisait pâle figure en comparaison, et pouvait tout aussi bien ne pas exister. Puisque je ne savais ni ne pouvais me battre, l'énergie vitale me fuyant comme l'énergie occulte, je ne pouvais être qu'un glaive - et la main qui me tenait était celle des Gardiennes.

Cette main me tenait fermement. Je ne luttais pas, au début, inconsciente que j'étais du danger ; je faisais très exactement ce que l'on me disait, et, dans cette période, j'ai participé de façon décisive à la capture de nombreux mages renégats, comme on me le commandait. Mais bientôt, mes maîtres eux-mêmes se rendirent compte qu'il ne fallait pas abuser de moi, car il serait très dommageable pour eux qu'une Immaculée passe aux mains de leurs ennemis. Leur priorité devint alors de me protéger et de me cacher. Me protéger, car, seule, j'étais absolument inoffensive ; et me cacher, car un mage ne peut que sentir la présence du Vide que je suis, l'absence douloureuse de ce dont il ne cesse de s'abreuver.

Alors, comme je te l'ai dit, je suis devenue prisonnière sans avoir été jugée ni condamnée. Cela dura dix mille ans, et aussi rares que courtes furent les interruptions dans ma détention. J'étais théoriquement libre ; mais je n'avais pas le droit de quitter les Caveaux secrets des Gardiennes, dont j'ai connu plusieurs intimement, mais jamais de façon absolument positive et stable. Là-bas, j'eus aussi l'occasion de faire la connaissance de quelques uns de tes amis ; la plupart m'ont tout de suite détestée, pour des raisons évidentes, mais pas tous, ou pas définitivement. Et, tu vas rire, je me suis également découverte une passion : les insectes. Sans être le moins du monde scientifique, je suis en quelque sorte devenue entomologiste, ce que les druides apprécièrent, et ce en quoi ils m'aidèrent. C'est de là que me vient mon surnom : « aux Mille Yeux » ; car papillons, phalènes, lucioles et guêpes sont bien plus pour moi que des sujets d'étude, ce sont mes amis les plus proches, et c'est à jouer et dialoguer avec eux que j'ai passé le plus clair de mon temps.

ISOSTHÈNE
Et pourtant tu es là devant moi aujourd'hui. Il n'existe pas d'évidence ; tout est toujours tortueux. Tu me l'as prouvé comme mille autres avant toi, mais il te reste à l'expliquer. Tu me veux comme Maître ; pourquoi ?

LUTH
Ô Isosthène, toi qui es sage sur la montagne, crois-tu que l'on puisse être libre ? Être libre est mon plus cher désir, et c'est afin de le devenir que je suis venue à toi.

Après la Troisième Guerre, les Gardiennes ont peu à peu commencé à relâcher leur emprise sur moi. Cela se fit progressivement, et non sans irrégularité ; les nombreux événements majeurs de ces dernières décennies ont bouleversé notre peuple, et les Gardiennes plus que quiconque. Il y eut la fuite d'Illidan, l'éveil des Druides, le dessèchement de Nordrassil, la fin de la Longue Veille, la naissance de Teldrassil, le Cauchemar d'Émeraude, l'entrée dans l'Alliance, l'ouverture du Cercle Cénarien, la défaite d'Illidan, le Cataclysme et la mort de Neltharion, l'abdication des Aspects, et bien d'autres choses terribles encore. Tout changeait, s'effondrait, se désagrégeait, et tout était dès lors à reconstruire - sur des bases nouvelles et entièrement différentes.

Il me fallut beaucoup de patience et de force pour cela, mais, aidée de la pression de l'Histoire elle-même, j'obtins un jour le droit de rejoindre la nouvelle Darnassus et de vivre... enfin. Mais je savais que cela ne me suffirait pas ; j'étais insatiable. Je voulais découvrir ce nouveau monde, un monde aussi dévasté que celui dans lequel j'étais né, et pourtant entièrement différent. J'y étais prête, aussi : pendant mes dernières années d'enfermement et de solitude, j'avais eu l'occasion d'apprendre le langage des jeunes races. Alors, finalement, la paix semblant pour la première fois depuis longtemps se déclarer, je fis la demande d'aller seule à Hurlevent, et, à contrecœur, les Gardiennes acceptèrent malgré le danger évident de la chose.

Je n'avais que faire du danger. J'avais tort.

ISOSTHÈNE
Que tu étais naïve, mon enfant ; que le châtiment millénaire a nui à ta lucidité. As-tu appris que la paix n'existe pas ? Si tu veux être libre, si tu veux être vivante, il te faut être guerrière. Le feu brûle partout, toujours et sans cesse, respirant dans son âtre, mourant et renaissant de ses cendres dans le cycle tourbillonnant et infini de la victoire et de la défaite - or, s'il brûle, c'est surtout dans les veines des êtres vivants ; si l'on est vivant, c'est surtout que l'on brûle.

LUTH
Tes paroles m'éblouissent, ô, mon divin Maître ; elles sont plus vraies que jamais, car, aujourd'hui, le destin ayant encore frappé dans toute son ironie, la paix a été brisée de la pire façon qui soit, la Légion Ardente est revenue, et, avec elle, tout brûle véritablement. Mais je sais, saint Isosthène, je sais et je comprends, car tu l'as dit mieux que moi, que rien n'a jamais cessé de brûler depuis la Guerre des Anciens et même avant. Oui, tout change toujours, tout est mouvant, et les bouleversements historiques ne devraient jamais nous surprendre, tant ils sont mineurs comparés à la suprême impermanence des choses les plus simples. Mais il est trop tard. J'ai été surprise. J'ai été dans l'erreur.

Découvrant l'horreur de la nouvelle invasion et apprenant son ampleur inégalée, je sus que mon heure était venue - d'une façon ou d'une autre. L'heure de devenir l'arme que j'étais vraiment. L'heure de devenir libre en me battant de ma propre initiative. L'heure, peut-être et même sans doute, de mourir ; mais cela était sans importance, puisque le combat était alors devenu nécessaire à la possibilité-même de l'existence.

Je devais me rendre utile ; qui plus est, je le pouvais ; et même, plus que tout, je le voulais. Car cela serait le signe de ma liberté. Mais il demeurait un obstacle : je ne savais pas me battre. Et cela, mon Maître, n'a pas changé jusqu'à présent.

J'ai pourtant tenté ce qui était en mon pouvoir. Lorsque les Onze Ordres furent fondés et menèrent les grandes puissances de notre monde à la croisade, j'y ai vu l'occasion parfaite de devenir celle que je devais être. Ils étaient les guerriers ultimes et se battaient pour le bien de tout ce qui existe ; ils sauraient comment me donner la pleine maîtrise de mes capacités. C'est, du moins, ce que je croyais.

Alors je vins à la rencontre d'un Maître de chacun de ces Ordres successivement, et tous étaient aussi saints et savants que toi, chacun d'une manière propre. Parmi eux, le Mage et le Démoniste ne purent évidemment rien pour moi. Le Druide, le Chaman et le Prêtre non-plus, car, bien que je ne sois véritablement immunisée et inapte qu'à la magie arcanique, les autres formes de magie me sont tout de même fort éloignées. Le Guerrier et le Chasseur, bien sûr, me trouvèrent trop faible physiquement ; quant au Paladin et au Moine, ils virent en moi les deux problèmes à la fois. Ce n'est qu'en désespoir de cause que je rencontrai le Chevalier de la Mort, sachant par avance que cela était absurde. Restait seulement le Voleur, qui vit en moi du potentiel, mais m'apprit que son art n'était pas fait pour moi : ayant été élevée par les Druides et les Gardiennes, je suis incapable de tricherie comme de mensonge, et ce qu'il appelle la finesse m'est donc inaccessible.

Et cependant, le conseil de ce dernier Maître fut décisif ; car il m'apprit l'existence du Douzième Ordre, le tien, Isosthène. Et avec ce conseil, l'évidence me frappa de plein fouet : vous, chasseurs de démons, malgré votre usage de la magie gangrenée et malgré vos origines Bien-Nées, vous êtes des combattants anti-magiques et partagez énormément avec nous autres négateurs. Peut-être mon espoir est-il vain ; peut-être suis-je folle d'imaginer que vous pourrez plus que les autres faire quelque chose de moi. Mais j'attends votre réponse et, quelle qu'elle soit, je suis prête à la recevoir.

Maintenant, ô, Maître, juge-moi, et dis-moi ceci : seras-tu mon Maître ?

ISOSTHÈNE
Ô, Luth aux Mille Yeux, tu ignores à quel point le chemin qui s'ouvre devant toi est terrible ; et cependant, je vois clairement de mes yeux crevés que tu es prête à l'emprunter ; car, comme nous, tu connais le véritable sens du sacrifice ; et, comme nous, tu comprends que tout est tortueux, qu'aucune voie n'est véritablement droite.

Si tu es prête à t'immoler des flammes de la Passion, qui est douleur et vie, celles du démon ne te seront pas nécessaires. Si tu es prête à tout abandonner et à te trahir toi-même, jamais tu ne mentiras, car tu seras toujours sincère dans la contradiction et en harmonie avec le Changement. Si tu es prête à faire du Silence qui est ton instinct le Silence qui est ma discipline, alors tu n'auras nul besoin de magie, car le démon qui est en toi sera sous ton contrôle et vaincra pour toi le démon qui est face à toi. Si, enfin, tu es prête à faire de ton corps un outil et à le meurtrir au nom de ton âme, alors tu n'auras nul besoin de force, car le corps que l'on nie est éther, et car ton pas sera aussi léger qu'une danse ; deviens une arme parfaite, et nul autre que toi ne te maniera.

Clos tes paupières, mon élève, si tu es prête à recevoir ma sagesse ; clos tes paupières, et oublie tes yeux. Car la vérité n'est pas dans la Lumière, mais dans l'Obscurité ; perds ton Regard, et tu deviendras Vision. Luth aux Mille Yeux : si tu es prête, que tous tes Yeux deviennent Un ; si tu es prête, que cet Œil reçoive le don de mon aiguille, et que tu apprennes le don ultime - le don du don.

À nous de nous taire, à ma main de parler. Écoute la sagesse de la Lame. Que le Silence soit.
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