I - Le Gouffre aux gnolls

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I - Le Gouffre aux gnolls

Message  Asra le Sam 28 Nov 2015, 17:22

"Oh Marin, racontez-moi encore l'une de vos histoires !"

La jeune femme était dans le plus simple des appareils, une bougresse élevée à la capitale qui n'avait connue de la guerre que des récits obscurs narrés par feu son grand père quant elle n'était encore qu'une enfant. Allongée sur le ventre, elle reposa sa tête contre la cuisse dénudée de son amant, le dévorant d'un regard touchant, éprise d'un amour adolescent.
Marin lui s'était prêté au jeu, promettant monts et merveilles à cette fille de la ville. Pour une fois il n'avait pas menti, enfin pas trop. Il venait la rejoindre quant il était de passage à Hurlevent, son père était le tenancier du Cochon Siffleur et il ne se privait pas de se faire payer sa chambrée par une adolescente en proie aux amourettes que seules celles de son âge connaissent.

Il avait dans le regard cette expression satisfaite, celle que font les enfants quant ils réussissent un coup fourré. Tout récupérant sa pipe qu'il se mit à la bourrer de sa fleur préférée, une feuille séchée que les chamans utilisent pour détendre les blessés, il répondit :
"Mh, as-tu déjà entendu parler de Raden le Téméraire et de son fils, Sebastian de Greyford ?"
Le coquin cala sa pipe de bois sculpté entre ses dents, les yeux encore pétillants de la jouissance qu'il venait de connaitre.
La sotte secoua la tête de négation tout en étendant un fin sourire sur son visage.
"Et bien, laisse-moi te narrer leurs exploits." Il opina du chef, craquant une allumette pour commencer à déguster sa drogue du terroir.

"C'était il y a quelques jours, je revenais de mon périple linguistique de Khaz Modan. Comme tu le sais déjà, j'étais parti apprendre, auprès de la guilde des bardes de Forgefer, à rédiger des lotharins en nain. Quoi qu'ils en soit..."

Marin savait y faire avec les femmes, c'était une espèce de prédateur, dans son esprit tout du moins. Il croisa le regard de sa conquête, passa ses doigts dans ses cheveux, et senti son cœur fondre en caressant le haut de son dos. Il fit planer un bref silence pour tirer une première latte sur sa pipe, soufflant sa fumée blanche et parfumée par le nez.

"Il me fallait faire une halte à Comté-du-lac, il me restait encore de la route à faire avant de pouvoir te rejoindre et je ne pouvais me risquer à achever mon périple au travers les Carmines de nuit.
Et mon flair ne m'avait pas trompé Suzzy. En trainant mes bottes dans la grande salle de l'auberge quelques paysans vinrent me mettre au parfum quant à la folie qui s'amorçait. Une tribue de gnolls s'en prenait aux villageois depuis quelques jours. L'un me dit qu'ils n'avaient plus peur de rien et qu'ils s'étaient glissés dans la ville à la faveur de la nuit pour kidnapper une jeune fille qui avait à peine ton âge. Un autre m'assura qu'un chef de guerre sanguinaire avait rassemblé sous sa coupe tous les clans de la région. Grognard, oui Grognard, voilà quel était son nom.

Alors que les piliers de bar partageaient leurs inquiétudes avec moi, ils firent leur entrée, les Chevaliers sans Bannière. Quant le plus vieux des deux poussa la porte, tous se turent pour l'admirer. Sire Raden le Téméraire, conquérant du Mont Rochenoire. Il portait une armure aussi vieille que ton Roi, un acier qui avait goutté aux haches acérées des orcs et aux crocs maudits des zombies. Il était fier, droit, son visage était ridé mais sévère. Il toisa l'assemblée longuement avant de franchir le seuil. Son tabard m'avait intrigué, ce dernier représentait deux serpents entrecroisés sur un fond jaune. Le serveur me souffla qu'il était l’héritier d'une maison massacrée lors de la deuxième guerre et qu'il s'était juré de tuer tous les orcs pour venger les siens.

A sa suite se trouvait son fils spirituel, Sebastian de Greyford, le Chevalier de Kul'tiras. Il avait quitté dès son plus jeune âge son île natale pour suivre les sages enseignements du seigneur Raden. Il maniait une épée nommée par la plèbe "Étoile" , disait-on que peu importe où il se trouvait, elle lui indiquait toujours le nord. Il était bien beau de son armure verte, un fin ouvrage aussi résistant que souple, un cadeau offert par les nains de glace pour le remercier d'avoir sauvé la fille du Roi d'un dragon belliqueux."


L'enfant était pendue aux lèvres du beau-parleur. Marin était allongé de moitié, adossé au cadre du lit. Ainsi, Suzzy était allongée sur lui, son visage en dessous du sien. Il continuait de passer ses doigts dans sa chevelure et d'en démêler les mèches. Un geste tendre et fantoche.
Suzzy l’interrompit dans son récit pour poser l'une de ses questions. Elle se redressa sur ses coudes pour mettre son visage au niveau de celui de son amourette, humant par la même les émanations de la pipe. "Et tu leur as parlé ?"

Marin souffla, forçant un sourire dans une poussée ironique.
"Bien entendu Suzzy, j'ai du nez."
Il reprit, tirant une nouvelle latte sur sa pipe.

"J'avais commandé un porc salé, je m'en souviens très bien. Le cuisinier de l'auberge cuisinait le porc comme personne. Si je te dis ça, c'est parce que c'est ce que je leur ai conseillé. Ils s'étaient attablés dans un coin de l'auberge, près d'une fenêtre d'où filtrait les rayons de la Dame Blanche, - Elune Adore - n'est-ce pas. Il opina vivement, comme pour appuyer sa propre bêtise.
Je me refusai de perdre une épopée que les bardes s'arracheront, celle qui sera narrée en vers NAINS les trente prochaines années. Ainsi, je me suis joint à eux, ne me fiant qu'à mon culot pour espérer gratter les miettes de leur gloire.

-Puis-je me joindre à vous messires ? Je vous recommandes le porc salé, la sauce aux châtaignes du chef est divine. Sans même attendre leur réponse, je pris place, m'imposant à eux.

Je pensais faire une erreur. Sebastian, aujourd'hui mon ami n'aie crainte, fronça les sourcils et gonfla ses nasaux.
-Qui es-tu barde ? Nous sommes en quête !"


Marin forçait les traits du Chevalier dans ses descriptions. Sebastian de Greyford n'existait sans doute pas, pas plus que Raden le Téméraire. Il présentait le Tirassien comme le cliché du chevalier errant aigre et farouche, sorti des ténèbres pour sauver le monde de sa propre fin. La grimace du bel homme amusa la jeune blonde, elle souffla du nez en cachant un ricanement adorable derrière la paume de sa main. Elle se laissait tirer dans l'histoire de Marin et y croyait de bon cœur. Elle était éprise de lui, vivant un amour adolescent puissant mais faux. Le barde lui avait promis qu'un jour ils iraient loin et qu'elle verrait la Pandarie avec lui. Si elle savait, la pauvre.

"Je levai les mains en signe d'apaisement, feignant mon minois le plus mignon pour attendrir le cœur salé de ce marin basané.
-Je viens vous prêter main forte messires. Suis-je Marin de Goldshire, barde des grands chemins et conteur de fables. Je viens à vous avec les meilleurs intentions du monde. Des gens sont en danger et je ne peux rester sur mon fessier à attendre que le malheur passe.

Ma petite tirade semblait avoir fait son effet, Suzzy ma douce. Greyford le jeune afficha une moue perplexe, il s'en voulait de m'avoir jugé alors que je me portais volontaire dans sa quête, quellle qu'elle soit.
L'ancien prit la parole. Quand il ouvrit la bouche, on aurait dit que la montagne grondait. Sa voix était celle des grands sages dont chaque mot est aussi affuté que le plus fin des glaives du plus fin des bretteurs. Il prit un ton grave en me toisant, fronçant ses gros sourcils.

-Je te connais Marin, sacré Marin. Feu mon fils, que la terre lui soit légère, m'a parlé de toi. Parait-il que tu connais bien les mers, que les pirates te craignent et que la couronne te doit une fortune..."


L’affabulateur avait peut-être un rien poussé le bouchon. Sa conquête, aussi écervelée soit-elle, sentait que le récit de son aimé commençait à doucement branler dans son escalade soudaine. Marin n'avait rien d'un corsaire ni même d'un brigand, il aurait au mieux pu faire musicien de régiment, et encore... Elle fronça le nez, ouvrant à demi la bouche.
Mais Marin lui savait s'y prendre, il ne lui laissa dire mot et reprit son récit dans la foulée sans même corriger son léger écart. La marque des maîtres.

"-Que nous veux-tu, barde, nous sommes solitaires.

-Je veux me joindre à vous messires ! Oui, me joindre à vous ! J'usais de mes dons de comédien Suzzy. J'ai honte de l'admettre mais à cet instant je mentis, mentis à un rempart de notre civilisation. Je veux venir en aide à ces bougres de paysans et sortir Comté-du-lac de ce mauvais pas !
Mes intentions étaient toutes autres, tu dois bien t'en douter. Comme je te l'ais dis, j'étais à l'affut de la prochaine saga fantastique à chanter dans les tavernes les plus prestigieuses du royaume... Mais mon cœur est vaillant Suzzy, tu le sais mieux que quiconque."


Elle opina en silence, le pic de folie dans le récit du barde déjà oublié. La jeune fille, femme de frais, glissa une main hésitante le long de la cuisse de Marin. Lui qui s'attendait à une remise du couvert tomba de haut quant la belle enfant mêla ses doigts aux siens. Dépité, renfrognant un moue contrariée, il reprit son récit, s'humectant les lèvres tout en continuant de déguster ses délicieuses herbes chamaniques.

"Sebastian reprit alors la parole. Si Raden était la montagne, il était la foudre. Sa voix grondait comme celle d'un Dieu de la guerre infini, couvrant le ciel et la terre de son hurlement guerrier.
-Soit barde, tu nous sera utile. Nous chassons le gnoll et nous avons juré de ramener à l'éleveur de porcs sa fille bien aimée. Grognard, damné soit-il, a fomenté le complot. Que la Lumière le préserve lui et ses sbires, qu'elle les prenne en pitié, car moi, je n'en aurais aucune.

Je sentis toute la colère qui brûlait dans son poitrail. Ce n'était pas une haine masquée, à demi-mesure et inassouvie. En quelques mots je fus balayé par une tempête de mépris, une rage franche, honnête, une pierre taillée que le Courroucé de Boralus avait cultivé toute sa vie.

Il m'inspira le respect, j'aurais voulu être aussi franc que lui.
-Bien chevaliers, bien. Vous pourrez compter sur moi. Il me reste encore mon épée, celle de mon père. Je viendrais avec vous et nous sauverons cette enfant. Votre quête est noble messires, et nous chanterons vos louanges pendant des siècles et des siècles."


Marin soupira longuement, d'aise, comme si il venait de s'assoir après une longue journée de labeur. Il avait terminé sa pipe, seul restait la cendre encore tiède en son foyer. Il avait les yeux rouges et les dents jaunes, plongé dans une extase que seul lui pouvait comprendre. "Les nains savent se retourner la tête." Pensait-il.
Sa douce, elle, plissa le nez, les yeux illuminés par le récit du barde ténébreux. "Et ensuite ? Que s'est-il passé ?" Marin retira la pipe de ses dents et la déposa sur la table de nuit. Il se passa la main sur le visage, comme pour se donner du peps, et repoussa gentillement Suzzy, déposant sa main sur son épaule. La jeune femme elle suivie le mouvement, inquiète de savoir ce que cela annonçait.

Marin se mit assis sur le rebord du lit, ses joyeuses ballotant dans le vide.
"-Je garde le meilleur pour mon retour ma Suzzy, je n'ai que trop trainé."

Il se releva en s'étirant, totalement détendu. Puis il récupéra son pantalon qui trainait sur le sol et se mit à l'enfiler. La fille de tenancier de l'auberge, elle, déglutit en soupirant, déçue. Marin l'avait habituée à se genre d’éclipse après leurs retrouvailles. C'était un barde, il était très occupé.

"-Mais où vas-tu ? Tu avais dit que nous passerions la fin de semaine ensemble..."

Marin soupira à son tour, comme si l'enfant menaçait directement son intégrité. En un clin d’œil, il avait repris toute sa stature de trentenaire détachée et rôdée, passant sa chemise en vitesse avant de la rentrer dans son pantalon.

-Je suis un homme d'affaire Suzzy, je suis actif. Tu as entendu parler de cette taverne, la Choppe Sucrée ? Je dois visiter leurs locaux pour m'y produire avec la troupe de Gontran. Ne t'inquiète pas tu y sera conviée.

Il se releva, attrapant son veston pour le passer à la va-vite, se dirigeant d'ores et déjà vers la porte. Il poussa la clenche, entrouvrit la porte, et se faufila à l’extérieur, ne laissant pas la moindre chance à la pauvresse de pouvoir le retenir. Elle resta là, seule, à essayer de se consoler et de se convaincre que Marin n'était pas qu'un beau parleur et qu'un jour, il l’emmènerait loin...
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