Odeurs de Bataille

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Odeurs de Bataille

Message  Aubelance le Mer 02 Déc 2015, 11:26

I - Un incident à Krasarang.



Sachez avant toute chose que je m'appelle Konstantînos Aubelance, que j'étais le Capitaine de la Seconde Compagnie du Quatrième Régiment de la Septième Légion, et que je rirai au visage de la mort jusqu'à mon dernier soupir.

Sachez ensuite que le jour où a commencé cette histoire, le soleil se levait sur les étendues de Krasarang, et fût surpris, comme souvent, de voir que tout le monde y était plus matinal que lui. La pluie ne l'avait pas attendu et battait nos casques depuis déjà trois heures, ainsi que les bottes de ma compagnie battaient la boue sur les chemins qui menaient à une troupe ennemie, afin de l'empêcher d'en renforcer une autre.

Sachez qu'en tête du cortège, il y avait les guerriers les plus féroces qu'ait jamais connu le royaume : Skjör le Têtu, qui avait brisé la mâchoire d'un drake noir pendant la campagne des Haute-Terres du Crépuscule à l'aide de son bouclier, Helène de Stratholme aux cheveux d'or et aux yeux gris, dont la hache fendit le crâne d'Aakh du clan Rochenoire et dont les nombreuses conquêtes n'étaient pas toutes militaires, Arthurus le comte déchu d'Arathi, dont l'épée se brisa après avoir tué cent Kvaldir sur les rivages de la Toundra Boréenne et qui en tua cent autres armé de son seul poignard, envoyant tant de cadavres aux requins qu'ils se mirent à flotter sur le dos, le ventre gonflé par la viande rouge. Et moi, leur capitaine, qui se grima en hyldir pour participer au Hyldsmeet, sortit vainqueur du Drakkensryd et se vit accorder une faveur de son choix par le Faux Dieu Thorim il y a plusieurs siècles de cela.

Derrière nous, une centurie d'homme de troupe dont l'histoire oubliera peut-être les noms, mais qui nous étaient, je vous l'assure, tous égaux en bravoure, en courage et en force. Mais nos informations étaient trop anciennes, et ce n'était plus qu'une question d'heure avant que les deux armées ennemies ne se rassemblent et fondent sur notre position la plus faible. Alors je conçus une ruse, un défi auquel des guerriers honorables ne pouvaient pas résister. Je fis d'abord jouer les tambours et je vis au loin les orcs et leur frères d'arme s'arrêter, et leurs propres tambours nous répondre à un rythme différent. Puis je levais la main pour faire jouer les trompettes, et ils firent demi-tour dans notre direction, soufflant à leur tour dans leurs cors de guerre. Puis nous nous mîmes à chanter l'Hymne de la Septième Légion à plein poumons, et ils pressèrent le pas, entonnant une marche de guerre Kor'kron.


C'est dans une plaine dégagée que nous nous rencontrâmes. D'un côté et de l'autre, nous rivalisions d'ardeur, c'était à celui qui ferait le plus de bruit. Il sembla, pendant un temps, que l'issue du combat serait ainsi déterminée, et que le perdant ne repartirait qu'avec les doigts gourds et la gorge sèche. Puis un arbalétrier Réprouvé -Puisse sa dépouille être rongée par les vers- creva d'un trait la cornemuse d'un Marteau-Hardi. L'offense était trop grande, nous ne pouvions pas laisser notre camarade perdre la face ainsi : Le sang devait couler.
Alors nous avons montré au ciel comment il fallait pleuvoir. Alors les sortilèges fendirent l'air en crépitant. Alors nous fûmes assourdis par les détonations des fusils. Alors nous avancâmes vers eux, et eux vers nous.

Puis j'ai battu des éperons et ma fidèle jument -retrouverai-je un jour aussi brave ?- fendit le vent en direction du flanc ennemi. Un orc monté sur un loup géant tenta le premier d'interrompre ma cavalcade. Ma lame trancha net le manche de sa hache et son bras par la même occasion. Puis un troll tenta sa chance. Je me baissais sous sa lance et laissais mon poignard dans l'oeil de son raptor. Je sentis à ce moment un choc douloureux, ma monture se déroba sous moi, et je me retrouvais à terre, les oreilles sifflantes. Autour de moi, la vague d'azur avait rencontré la vague écarlate, et leurs couleurs se mélangeaient tant et si bien qu'on ne put bientôt plus faire la différence entre notre sang, celui de nos ennemis et la pluie.

Sachez qu'il est de la justice du combat que dans la rencontre des armes un homme en attaque un autre, et que le guerrier ne fuit jamais devant son ennemi; telle était, depuis longtemps, la loi du vrai guerrier. Celui qui aspire à l'amour de sa maîtresse doit toujours se montrer intrépide au bruit des armes.

Et intrépides nous fûmes, de part et d'autre. Les lances frémissaient, les haches frappaient les boucliers, les épées tranchaient les chairs, les cris de guerre retentissaient.
"Lok'tar ogar !" hurlaient les uns. "Pour l'Alliance !" répliquaient les autres. Mais c'était la même voix qui parlait dans tout ces corps, et on aurait peiné à les reconnaître les unes des autres, tant nous étions tous vaillants et féroces dans la mêlée.  Je m'extirpais de la boue, à la recherche de mon arme, et retrouvait ma lame runique dans les mains d'un elfe de sang, qui la tenait par la lame et me présentait sa poignée. Alors je l'ai saisie et j'ai fait dix pas en arrière avant de saluer à la mode elfique.
Alors un cercle invisible sembla se former autour de nous, pendant que nos hommes s'écartaient pour nous laisser à notre duel. Alors nos épées enchantées se sont croisées dans une gerbe d'étincelles.


Cela dura longtemps. Comme souvent, lorsque deux Elfe se croisent. Nous avons vécu les mêmes choses. Nous avons étudié avec les mêmes maîtres d'arme. Nous avons arpenté les mêmes champs de bataille. Mais il y avait quelque chose de différent, cette fois-ci. Leur Centurion semblait connaître toutes mes passes d'arme, toutes mes techniques, toutes mes bottes. En me disant que c'était peut-être un de mes anciens élèves qui me résistait ainsi, mon coeur battait de joie comme au jour de mon premier baiser, car je savais que, quelle que soit l'issue de ce duel, l'honneur serait préservé, et le camp des vaincus pourrait partir en emportant ses blessés en hommage au guerrier tombé qui se battit si vaillamment. Nous échangeâmes des coups pendant une longue demi-heure, personne ne semblant prendre l'avantage. Quand soudain, quelqu'un cria, dans un camp ou dans l'autre: "Aubelance ! Aubelance !". A ce moment mon adversaire sembla hésiter pendant une demi-seconde, et ce fut suffisant pour planter ma lame en son sein. Alors la bataille et la pluie cessèrent en même temps. Alors les soldats se tournèrent tous vers nous.

Je me penchai aussitôt sur mon adversaire afin de retirer son casque et entendre ses dernières paroles, qu'elles soient adressées à sa patrie ou à son amour. Et je fus frappé d'effroi, car il avait mon visage, trait pour trait. Il me fallu une seconde pour reprendre mes esprits, et alors que la lueur verte quittait son regard pour être remplacée, un bref instant, par une lumière bleue, je compris.

Il avait les yeux de sa mère. C'est la vie de mon fils et non d'un ancien élève que ma lame venait de voler. Alors j'aurai voulu que la pluie ne cessât point. Alors j'aurai voulu que le soleil se cache. Alors j'aurai voulu que les étoiles s'éteignent, que les chiens se taisent, que les horloges s'arrêtent et que le monde entier partage ma peine car mon coeur était trop aride et pas assez gros pour la contenir, et qu'il était impossible de trouver, en cet instant, sur Azeroth et ailleurs, un homme plus malheureux que moi.

Puis j'ai pris mon fils dans mes bras, j'ai baisé son front, et j'ai crié : "Soldats de la Horde ! Cet homme s'appellait Andrea Aubelance, c'était mon seul enfant, et c'était votre Centurion ! Qui vient tout juste de prendre sa place à son dernier soupir ?" Et un Légionnaire leva la main. Je lui dis alors "Centurion, je t'autorise à prendre tes hommes, tes blessés, tes morts et ton matériel avec toi. Nous ne ferons aucun prisonnier, et ne demanderont nulle rançon. En échange, je te demande de me laisser emporter avec moi le corps de mon fils, pour pouvoir l'enterrer près de sa mère dans un bosquet tranquille. Sache que si ton coeur est insensible à la douleur d'un père, cela ne le protègera pas de son acier, et je saurai trouver, parmis tes successeurs, un homme plus sage et plus conciliant."
Sur ces mots, je tranchais le cou de ma monture devenue boiteuse. Car un guerrier ne respecte un autre guerrier que s'il sait qu'un poing fermé se cache toujours derrière sa main tendue.

L'Orc hocha la tête, je hochai la tête en retour, et nous sommes rentrés dans nos camps respectifs pour y annoncer, chacun, une victoire. J'ai dit à mon supérieur que j'avais tué un homme de trop sur le champ de bataille, et que je désirais prendre congé de la Septième Légion. En attendant que ma démission soit acceptée -Elle l'a été après le Siège d'Orgrimmar et la signature de la Trêve-,je pris ma première permission depuis de longues années, fis appel à un vieil ami Forestier, et enterrait mon fils aux côtés de sa mère, sous un cerisier en fleur dans le Bois des Chants Eternels. Et alors que je regardais la tombe en silence, cherchant le courage de partir, mon vieux camarade se mit soudainement à gémir et à pleurer, de grosses larmes coulant le long de ses joues pour s'arrêter dans sa barbe. Interloqué, je lui demandais ce qui lui prenait et s'il était devenu fou, lui qui n'avait jamais connu mon fils.

Et il me répondit : "Tu es Konstantînos Aubelance. Capitaine de la Seconde Compagnie du Quatrième Régiment de la Septième Légion. Au sortir du Drakkensryd, Thorim t'as accordé le droit de voir ton âme emportée par une Val'kyr le jour de ton dernier soupir. Et d'ici à ce que ce jour arrive, tu riras au visage de la mort. Jamais tu ne pleureras ; alors je pleure pour toi."

Nous avons chacun hoché la tête, et je suis remonté sur mon destrier.

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