[CdL] Dans l'arène

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[CdL] Dans l'arène

Message  Arcturus C. Aurélian le Dim 24 Jan 2016, 21:11

Prélude
Jeudi,
Bostin n’était pas revenu. Après avoir fouillé tous les recoins de la baie, cela semblait à présent être évident, il avait été retenu quelque part sur son retour. Il fallait le retrouver. Sans succès ils refirent le chemin inverse à leur retour, pour voir s’ils n’avaient pas manqué quelque chose. Sans succès ils allèrent là où ils s’étaient quittés, cherchant dans un périmètre aux alentours des traces du nain. Il faut dire qu’aucun d’eux n’avait vraiment de compétences de pistage, et la jungle avalait ses proies et brouillait les pistes. Impossible de retrouver les traces de bottes du courtaud, déjà dix traces de bêtes fauves avaient dû passer dessus depuis 24heures. C’est bredouille qu’ils rentrèrent à la baie. Le capitaine fulminait, s’inquiétait, l’espoir de retrouver sa trace s’effaçait inexorablement à chaque seconde.

L'arène
La renommée de l’arène des Gurubashi est légendaire. Ce vieux colisée en ruine a accueilli les plus grands combats, les plus grandes légendes du monde des gladiateurs et continue d’être le seul lieu où les trolls de la jungle coexistent sans s’entretuer. Les gladiateurs de l’arène sont des prisonniers de guerre trolls, des voyageurs, enlevés et élevés par des esclavagistes ou encore des idiots qui pensent que c’est un moyen facile de se faire un peu d’argent. Pour certains esclaves, ils sont nés, et ils mourront dans l’arène ou en s’épuisant à mort dans l’agglomération qui s’est formé autour. Cette « ville », un mélange hétéroclite de races et de structures diverses, des patrons d’écurie achetant aux marchands de chair, des arnaqueurs pariant et truquant sur la victoire ou la mort d’un champion. Pour certaines grandes écuries cela en devient presque industriel, une activité à plein temps. Des femmes sont enlevées et violées par les champions, en espérant qu’elles mettent au monde un jeune homme de la trempe de ce dernier, et si elles mettent au monde une femme, elle subira le même sort, ou pire.

Les alentours de l’arène comptent aussi un bestiaire étonnant, visant à répondre aux envies des spectateurs, histoire de mettre un peu de relief dans les combats en lâchant l’une ou l’autre curiosité sur les plus démunis des esclaves. Cette pratique donne souvent lieu à des débordements, mais qu’importe, rien n’est trop beau pour Pierre-sanglante, le « patron » de l’arène. Ce troll en veut toujours plus pour son colisée, pour la gloire et le prestige qu’il a dans le monde, mais surtout, pour ses profits personnels.


Jour 1

Vendredi,
Le Capitaine n’avait pas encore annoncé la suite des opérations, et les compagnons prenaient leur temps libre à la baie. Deux compagnons avaient entendu parler de l’arène plus au nord, pas très loin, et leurs récents succès et la montagne d’or qu’on leur promettait leurs faisaient passablement perdre de la tête, si bien qu’ils se dirent qu’ils allaient peut-être profiter de leur chance du moment pour aller gagner un ou deux paris et profiter du spectacle aux premières loges. Ils se mirent donc en route, n’en touchant pas un mot au capitaine, et arrivèrent au colisée quand le soleil était à son zénith. Le soleil tapait fort, et arrivés aux faubourgs de l’arène, ils s’empressèrent de prendre quelques rafraîchissements à une vendeuse gobeline tenant un kiosque ambulant, puis de trouver les meilleures places. Ils passèrent les écrasantes arches de l’entrée de l’arène au milieu d’une foule immense qui se pressait pour rentrer. Le spectacle de l’arène était époustouflant. Une énorme structure ronde, couverte et colorée des multitudes de races qui se posaient sur les gradins, s’agitant, criant et acclamant. Un spectacle comme nul autre auquel les deux compagnons assistaient bouche bée. Ils trouvèrent une place relativement proche du spectacle, et attendirent un moment, sirotant leur nuka-cola (bien que celui-ci ne soit évidemment qu’une odieuse contrefaçon aux ingrédients douteux, mais les compagnons n’en savaient rien).

Le maître de cérémonie, un ogre bicéphale, annonça le premier combat, une bataille sanglante allait opposer, d’une part, la compagnie indépendante trolle des « Empaleurs de la mort » à l’équipe de l’écurie KapitalRisk « Assurance santé³ », et bien que cela fasse glousser quelques gobelins dans le fond, les compagnons n’avaient jamais eu vent de ces deux équipes. C’était toutefois bien différent du reste de l’arène, qui acclama avec ferveur les trolls de la jungle lorsqu’ils émergèrent d’une des portes d’entrée des gladiateurs. Ils n’étaient « que » trois, ce qui ne semblait pas vouloir dire grand-chose tant ils étaient impressionnants. Des monstres. Ils devaient bien faire trois mètres lorsqu’ils se redressaient. Ils étaient équipés de tenues en cuir très légères et de protections en bois recouvertes de motifs funestes peints de noir et de blanc, à l’identique de leur peau et surtout de leur visage, semblable à une tête de mort. Ils portaient bien leur nom. Armés de longues lances ils en demandaient toujours plus à la foule, dévorant leurs acclamations comme ils devaient dévorer leurs adversaires, s’en nourrissant et s’en repaissant. Ce n’est qu’après cinq longues minutes d’acclamations qu’un semblant de calme sembla s’installer à nouveau. Le maître de cérémonie en appela à l’équipe adverse, tandis que les trolls se préparaient visiblement à leur fondre dessus et à les empaler cruellement.

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Bostin était là. Ils étaient alignés deux par deux dans le long couloir qui donnait sur cette herse après laquelle se trouvait leur mort certaine. L’odeur aigre de la crasse et de la pisse lui donnait la nausée, et l’humain devant lui, qui avait déjà perdu toute contenance un peu plus tôt à la vue des trolls, dégobilla les deux maigres tranches de pain qu’on lui avait donné avant le combat sur la terre battue. Ils étaient enchainés deux par deux, au mollet. Bostin était avec un humain, plutôt grand, et passablement musclé, qu’il n’avait pas beaucoup entendu depuis qu’il était captif avec les autres. Il ne l’entendait d’ailleurs toujours pas, il faisait visiblement partie des gens qui, comme lui, avaient adopté une posture stoïque face à ce qui les attendait. Ils –les gobelins- ne les avaient équipés que de tuniques en lin beiges et effilochées et d’une épée courte émoussée. Bostin n’était même pas sûr qu’il arriverait à trancher quoi que ce soit avec. Les gobelins ne comptaient visiblement pas sur leur victoire, ou en tout cas ils ne leur en donnaient pas les moyens. Bostin ne comprenait pas le jeu qu’il y avait là-derrière. La victoire de leurs équipes ne comptaient t’elles pas à leurs yeux ? Cela leur importait visiblement peu, et un immonde gobelin passa une dernière fois en revue les hommes, les nains, et même l’elfe qui se trouvait là, avant d’indiquer que tout était prêt à un supérieur.

Après un court moment, les acclamations tombèrent, et l’ogre annonça leur équipe. Les ovations retentirent au plus profond du nain, et bientôt, il se mit à se précipiter vers la lumière à la suite des trois premières paires d’hommes. C’était la première fois que Bostin avait l’occasion de voir la grande arène des Gurubashi, et il aurait nettement préféré que ce soit dans de meilleures conditions.

Un troll frappa le premier humain qui sortit de la petite entrée. D’un bond inhumain de force et de souplesse il enfonça sa lance dans le thorax de l’homme, avant d’attraper celle-ci à deux mains et de projeter le corps du malheureux vers son compagnon de chaîne. La deuxième paire fut tout aussi vite massacrée par les deux autres trolls, mais la lenteur de leurs armes et le temps qu’ils mettaient à sortir leurs lances des cadavres permit à la troisième paire de sortir de cette embouchure, et parvint à parer les premiers coups de lance mal assurés dans leur direction. Bostin et son compagnon sortirent ensuite, et déjà un troll tenta d’empaler l’homme sur sa lance, mais celui-ci semblait particulièrement agile et alerte, et il dévia la frappe du troll avant de forcer celui-ci à reculer de concert avec Bostin. Une deuxième paire particulièrement maladroite tenta de leur venir en aide, mais le troll, déjà courroucé, attrapa l’un deux –l’elfe- d’une main, et lui craqua le cou par la seule force de sa poigne, tout en menaçant les trois autres de sa longue lance, les tenant en respect. Cette vision d’horreur tétanisa l’autre homme, mais le compagnon de Bostin était un brave, et il tira ce dernier avec lui pour venir à bout du troll. Agissant de concert, ils parvinrent à passer sa garde en déviant ses coups et en l’attaquant d’un côté différent tour à tour, avant que l’homme n'arrive enfin à lui enfoncer l’épée dans la cuisse, lui faisant perdre ses appuis, permettant à Bostin à toucher le torse pour que l’homme ait une ouverture décisive sur sa gorge, mettant fin à ses jours dans une giclée de sang.

Recouverts de sang, ils purent enfin prendre un instant pour regarder les autres combats. Les deux autres trolls étaient encore debout, et le nombre de leurs alliés avec chuté. Un homme faisait face seul à un troll, visiblement avec grande peine. Il était toujours enchainé, mais à l’autre bout de la chaine n’était plus attaché qu’un pied sanguinolent. Bostin et l’homme s’accordèrent, et attrapèrent leur chaine dans leur main, et chargèrent furieusement en direction de ce troll. La chaine se prit dans les pieds du mastodonte, qui chuta lourdement en arrière, permettant à l’homme de tuer son deuxième adversaire d’un coup sec à la gorge, encore une fois. Le troisième troll finissait d’empaler son adversaire. Il ne restait plus que trois hommes et un nain face à lui. Ils étaient tous exténués, mais il fallait pour eux trouver une dernière once de force, de courage. L’homme, le compagnon de Bostin, qu’il arrivait mieux à distinguer à présent, avec sa posture athlétique, svelte, inspirante et héroïque, sa barbe et ses cheveux courts, son regard assuré, ses mains puissantes, attrapa la longue et lourde lance du troll qu’il venait d’abattre, et d’une main demanda au courtaud de le suivre, et de l’autre porta la lance au-dessus de son épaule. Il souffla un instant. Ses muscles se raidirent dans un seul sens, et ses épaules pivotèrent vers la droite. Il resserra sa poigne sur la lance, et fit un premier grand pas en avant, puis un deuxième, plus court, avant de faire basculer tout son buste dans l’autre sens, et de projeter son bras et la lance en direction du troll avec une élégance et une puissance époustouflante. La lance fendit l’air sous un silence de plomb, chacun dans l’immense colisée, spectateur et spéculateur, retenant son souffle au son de l’air qui caressait le bois de la lance.

Elle finit sa course en empalant le troll à son tour. Ironiquement, c’était à son tour de subir ce sort. Elle le transperça de toute sa largueur, en rentrant un peu au-dessus du cœur et ressortant de l’autre côté, par ses omoplates. Il chuta en arrière, porté par la puissance du lancer héroïque.

La foule qui retenait son souffle jusqu’alors, poussa une clameur à en faire frémir des mondes. Bostin n’avait jamais vu un tel spectacle. Sa bouche était sèche, elle goutait le sang et le sable. Mais dans la victoire il trouvait l’exaltation de la gloire.

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