Les pierres levées

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Les pierres levées

Message  Arliden le Jeu 21 Avr 2016, 12:23

Uldum.

A une certaine distance du camp la verdure ne parvient plus à s'enraciner et, après une vaine lutte de végétation rase, s'estompe vers l'ocre et le doré.
Ici résonne d'abord le silence, ce silence immense des étendues sans limites, ce silence impersonnel, indifférent, et au-delà même, noble, dans ce qu'il évoque la petitesse des hommes.
Puis vient le délicat murmure du vent, seul maître parmi le ciel, sculptant à mille mains les crêtes des dunes jusqu'à les rendre acérées comme des lames, dessinant d'incompréhensibles lettrines, levant des langues de sable dans sa traîne lorsqu'il se fait plus vif.
Si l'on ferme alors les yeux, on s'aperçoit que le chemin continue.
On découvre que le sable bruit, crisse et s'écoule. On découvre que le désert est une grande bête allongée, assoupie - que les dunes se soulèvent et s'affaissent au rythme de sa respiration infiniment lente. On entend les cliquetis -chitine et écailles- de la vie qui s'abrite dans ses entrailles.

Assis là, alors que le ciel divisé valse et oscille constamment, on ne voit plus. On n'entend même plus, désormais.
Car il y a quelque chose qui rayonne.


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Re: Les pierres levées

Message  Arliden le Jeu 21 Avr 2016, 12:25

Elle me fit assoir devant l'arbrisseau.
"Que perçois-tu ?"
Je l'ai regardée longuement. Son visage me paraissait fermé comme la roche. Et ses yeux ne me lâchaient pas.
L'arbre n'avait pas bonne allure. Ses branches fines ployaient sous le poids de feuilles jaunies. J'ai posé la main sur son écorce et fermé les yeux.
Et là...
Rien.
Je suis resté immobile. Je devais mal faire quelque chose. Mais quoi ?
Ça ne marchait pas. L'angoisse montait sans que je puisse la refouler. Je sentais le regard de la vieille chouette me vriller la nuque. Elle savait, j'en avais la certitude.
Mais de magie, il n'y avait pas. L'arbre était parfaitement muet. Aussi fermé qu'Ansuz. Peut-être que les druides percevaient intuitivement, grâce à leur savoir, ce qu'ils croyaient ressentir par leurs dons.
"Je ne sais pas. Je ne sens rien."
Sa voix était alors aussi lisse que la surface de la rivière sous laquelle s'enroulent de dangereux courants.
"Tu comprends donc pourquoi tu dois repartir."
Mes loques défraîchies étaient comme un linceul autour de moi.
Elle était impitoyable.

J'erre dans un monde de brumes incolores. Je délire, je crois. La fièvre m'a saisi cette nuit-là, brève et passagère, mais épuisante. Comme lorsque nous fumions pour appeler les visions des esprits. J'entends de l'agitation près de moi. Mais ce n'est mon nom que l'on pleure.
La vie me fuit. J'imagine que ce n'est pas assez spectaculaire.


Je ne suis pas reparti. En vérité, j'ai gagné la ville la plus proche, où j'ai écumé les bibliothèques et dévalisé les apothicaires. Et fréquenté les usuriers. Souvent. Trop souvent.
Je volais les ouvrages en me promettant de les rapporter dès que je le pourrais. Je les dissimulais dans les rayonnages jusqu'à me faire exclure. Et j'apprenais. Les noms des herbes, là où les trouvait, ce qu'on en faisait. Je rattrapais les années d'enseignement que je n'avais pu avoir.
Mais je n'étais toujours pas l'apprenti que souhaitait la vieille chouette. J'étais de ces élèves qui connaissent leur leçon sur le bout des doigts après de longues nuits à les apprendre par coeur mais qui sont incapables d'être assez souples pour adapter leur savoir aux situations.
Elle me renvoya alors une seconde fois, en me conseillant d'aller me perdre dans un patelin où son agacement ne pourrait me rattraper. Ce n'était pas exactement encourageant.

Alors, je suis retourné à l'arbrisseau. Je savais désormais que c'était un frêne, et qu'il était malade. Mais je ne sentais toujours rien.
J'essayais des potions, des herbes à fumer. En désespoir de cause, je me tournais vers la méditation.
Je somnolais très vite. La clairière était si paisible. L'arbrisseau se trouvait à sa bordure, rejeton d'un géant que la foudre avait abattu il y avait quelques saisons. Ses frères obscurcissaient l'atmosphère, découpant de longs rais de lumière qui venaient ensuite capturer des nuages de pollen rouge et ciseler chaque brin d'herbe noire d'un liseré doré.
Et tout d'un coup elle était là. Comme si elle l'avait toujours été. Silencieuse comme une effraie qui se serait posée sur une branche.

"Tu souhaites devenir druide pour fuir ton passé. Expier un crime."
J'en fus comme frappé par la foudre.
Elle savait.

Mon sommeil traîne les fers de l'inconscience. Je ne sais plus où je suis mais je sens autour de moi la pression rêche de couvertures. Je sens sur mes paupières la lumière implacable que la toile de la tente peine à occulter. Je sens les étoiles défiler, la nuit. Je sens luire la rune que j'ai tracée sur ce montant, à l'aplomb de ma tête.
Dagaz, Dagaz, le jour ne se lève plus...


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Message  Arliden le Jeu 21 Avr 2016, 12:25

Je n'ai jamais été proche de la mer.
Bien sûr, j'aimais ce qu'elle représentait, son immensité, ses trésors oubliés, sa vie cachée.
J'aimais voir le couchant le napper d'or et de fauve, l'aube rehausser ses profondeurs grises.
Mais je n'étais pas fils de l'eau, et je n'avais pas ma place sur les flots.
Car la mer est insatiable; lorsqu'elle réclame son dû, son pesant de morts, elle envoie tempêtes et monstres pour l'obtenir.
Ce qui rôde sous la surface affleure alors sous le couvert d'une obscurité commune aux cauchemars.

Il y a eu un grand choc, suivi de cris que je n'ai pu saisir. Le roulis interdisait tout équilibre, le grain brassait le ciel sans qu'il soit possible d'y voler, crachant des langues de feu qui mugissaient en fendant l'air.
La coque s'est fendue comme un œuf.
Je suis tombé dans une brèche.

Ansuz me parlait souvent des autres druides, dont le rôle et les pouvoirs étaient aussi nombreux que les feuilles d'un arbre. Elle m'affirmait qu'aucune voie n'était unique, et qu'il n'y avait pas un seul être qui arpentait une voie de la même façon qu'un autre.
Elle m'expliquait que, malgré mes capacités moindres et ma sensibilité réduite, mon expérience quasi-nulle du monde, je pouvais avancer loin. Je ne serais jamais un druide puissant. Mais je pourrais être un druide utile.

L'eau noire me presse de toute part, m'emporte dans une direction impossible à déterminer.
Le froid me glace jusqu'à la moelle, le sel ronge ma chair végétale.
Aveuglé dans les flots emmêlés d'écume, je m'empêtre dans les cordages, dans les toiles, je heurte des caisses et des tonneaux. Des corps, aussi, auxquels j'essaie de m'agripper malgré mes membres gourds. Mais la mer insidieuse ne cesse de me les arracher.
Je sens la colère monter, en battement ténu au fond de mes veines, alors que je commence à lâcher prise, ballotté par la tempête. Je laisse des tourbillons de bulles invisibles filer.
Je me noie.


La déchirure n'était pas belle à voir. Les bords de la plaie étaient déchiquetés, en lambeaux. Le sang qui s'en échappait achevait de la rendre indistincte. J'aurais dû la recoudre, mais l'aspect de la blessure ne le permettait pas, ou difficilement; le fait qu'elle soit à ma propre épaule rendait l'opération impossible.
La forêt autour de moi retenait son souffle. Les arbres se recroquevillaient dans leurs troncs, le temps de laisser passer la fureur. Les croassements des corbeaux, affolés par les cris et les coups de feux, me vrillaient les oreilles. La peur les rendaient incompréhensibles.
Les chasseurs me traquaient, désormais.

Je suis fils du vent comme d'autres le sont des forêts.
Celui qui porte ses nouvelles aux arbres qui les murmurent dans leur sommeil, celui qui les emporte lorsqu'il s'enfle furieux, celui qui danse valse serrée contre la peau liquide de la mer. Le vent centre de toutes choses, qui lie tout à tout. Qui souffle l'herbe drue à nos fronts. Toujours le vent.
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Re: Les pierres levées

Message  Arliden le Jeu 21 Avr 2016, 12:26

Il m'a été donné de rencontrer un jour le maître d'Ansuz. À l'époque, j'étais un jeunot qui n'avait pas encore la vingtaine; elle me devançait, je supposais, d'une bonne dizaine d'années. Cleithe, elle, en avait plus du double.
C'était comme une grand-mère tout droit sortie d'un conte. Petite, ronde et braillarde, au visage qui serait rougeaud sans le teint pâle des gilnéennes et zébré de tatouages, de petits yeux noisettes qui pétillaient, elle faisait montre d'une énergie intarissable. Sa rudesse mêlée d'une chaleur renfrognée contrastait fortement avec les silences élégants et énigmatiques d'Ansuz. Les deux femmes ne se ressemblaient en rien; cependant cette discrète énergie, cette aura mystique qui entoure ceux qui sont initiés aux mystères les liait davantage que n'importe quel trait physique.
Elles étaient comme deux chouettes posées sur une branche alors qu'elles retrouvaient les habitudes d'une vie commune dans laquelle j'étais comme un intrus, un corbeau dépenaillé, paria auprès des siens.

C'était elle qui m'avait trouvé cette nuit-là, alors que j'errais entre les ronces de la forêt noire, fiévreux, l'épaule béante. Elle y vivait dans une vieille bicoque biscornue et branlante, envahie d'un bric-à-brac de plantes, de fioles et d'autres reliques. Elle m'avait recueilli et chassé les pisteurs et leurs chiens furieux par de grandes vociférations plus effrayantes pour eux que n'importe quel monstre tiré des anciennes légendes.

Ansuz y a vu un signe. Cela l'a confortée dans la certitude qu'elle avait eu raison de me former. Cleithe était moins impressionnée : elle m'a tout de suite traité de bon à rien.
Elle n'a pas pris la peine d'attendre que ma blessure soit fermée pour donner de grands coups de bâton sur mon dos et ma tête carillonnante de douleur.
Ansuz conservait un air grave, et se taisait.
Je ne comprenais pas encore ce que j'avais fait.
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Re: Les pierres levées

Message  Arliden le Jeu 21 Avr 2016, 12:26

Nous restâmes coupés du monde des mois durant. Je restai alité la plupart du temps, quand Ansuz ne me forçait pas à aller me perdre parmi les langues de brume de la Forêt. Je n'aimais pas qu'elle me voit ainsi, vacillant, me pendant à ses branches. J'entendais les corbeaux se gausser.

Car je n'allais pas mieux, malgré les soins des deux sorcières. La plaie était refermée mais avait un aspect qui attirait sur leurs lèvres des moues inquiètes.
Mes jours se teintaient de délires ou s'estompaient dans la brume selon un cycle invariable. Mes nuits étaient déchirées de violents cauchemars où je goûtais leur chair rouge, sanglante, qui me faisait exulter comme une bête; le matin me trouvait pantelant, nauséeux et dégoûté, épuisé par l'angoisse. Je sentais rôder cette ombre au fond de mon esprit, je la sentais s'étirer et se languir derrière mes paupières fermées. Je l'appelai fièvre, je l'appelai délire, mais j'avais tort.

De jour en jour, lorsque la brume m'enveloppait d'une étreinte opaque, la Forêt me semblait plus sauvage, plus violente; le brouillard la noyait désormais tous les jours aux alentours de notre repaire, comme une gangue. J'en déduisais que ce n'était pas naturel, et que j'étais encore traqué. La crainte me faisait alors filer à la bâtisse pour m'y terrer.
Ansuz me dévisageait et son regard se voilait; Cleithe claquait la langue et se détournait. Une peur ténue et indistincte posait comme un voile noir et immobile sur la grande pièce où j'étais étendu.

De jour en jour je m'affaiblissais. La zone de la plaie semblait noire à mon regard trouble. La fièvre me paralysait, me couvrant tour à tour d'une toile brûlante et d'une couche gelée. Ma vue semblait rougie, et les cauchemars m'assaillait désormais de jour comme de nuit, se superposant à mon regard. La nourriture me révulsait, les infusions des sorcières me tordaient l'estomac. Je ne voulais que de la chair, et du sang chaud à boire comme un vin.
Parmi tout ça, je commençai à perdre pied.
Ansuz restait à me veiller lorsqu'un sens que j'ignorais posséder releva l'atmosphère changée de l'habitation; Cleithe n'était plus entre ses murs. La pièce réverbérait une sorte de calme silence qui ne trouvait pas de place où faire son nid lorsqu'elle était présente. Elle ne revint que des jours plus tard, imprégnée d'une odeur de peur, le visage sombre sous ses tatouages.
Je devinai que le dénouement, quel qu'il soit, approchait. Dangereusement.
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Re: Les pierres levées

Message  Arliden le Mer 04 Mai 2016, 18:50

La fureur monte irrépressible comme un flot sans digue.
Rouge est l'envers de la chair sous le noir charbonné du ciel frileux.
Nous courons sans but; qu'importe, la forêt est nôtre. La joie de la course nous emplit, humus et ossements craquent de la même manière sous nos pas précipités. Douce musique à nos oreilles.

Les traqueurs sont là, déployés dans le sous-bois; leur peur fait tinter l'air. Le frisson de la chasse court le long de nos échines.
Un coup de feu. La balle part vers le ciel alors que l'homme s'effondre. La jambe est brisée : l'os brille sous le sang et la chair en pulpe. Il rampe. Cloué au sol.
Les autres le cherchent. S'inquiètent. Paniquent.
Déjà un autre cri. Douleur. Couvert par le hurlement de joie pure qui suit la mort de la proie. Nous hurlons de concert.
Les hommes veulent reculer : nous les rattrapons. Impossible pour eux de nous distancer.

La Bête festoie. La faim est apaisée, pour un temps.
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Re: Les pierres levées

Message  Arliden le Mer 04 Mai 2016, 18:52

Mutiler la carcasse. Le sang a taché les fougères recroquevillées. Noir. Les tripes répandues. Sur le visage nul corbeau n'osera se poser.
Mais ils rient. Toujours. Ils ne s'arrêtent jamais. À chacun de mes pas les ricanements.

J'ai perdu la meute. Trop lent : l'acier m'a mordu. Ils sont partis.
Des hurlements, parfois, la nuit. Grevant la solitude.

Mutiler la carcasse. Les os craquent et grincent. Il y a une colère qui fait écho à la mienne. Je la provoque. Trancher les membres. À nu les os, trop blancs dans l'obscurité.
La chair sera laissée là et pourrira.

Et toujours les moqueries des oiseaux. Je frappe les troncs. La sève suinte. Forte odeur, âcre. Les arbres saignent.
Les corbeaux s'envolent. Se reposent plus loin. Recommencent.

(bon à rien, bon à rien, bon à rien)

Mes grognements ne les effraient pas. Je retourne à la charogne. Passer la rage : déchirer, lacérer, épandre. L'herbe même frémit sous mes pas.

Je suis seul. Plus de meute. Frustration. La fureur tressée à chacun de mes gestes.
Seul avec les oiseaux. Bien sûr. Ne partent pas. Ne se taisent pas. Ricanant sans cesse. Sans cesse.
Les plus audacieux descendent me piquer l'échine, les oreilles. Les yeux. Ne se détournent qu'au dernier moment.

Alors je pars. La carcasse abandonnée n'attirera aucun charognard.
Je m'enfonce toujours plus dans cette forêt sans couleur. Je glisse parmi les ronces. Des épines comme des griffes. Comme des crocs. Les corbeaux ne s'y aventurent pas.

Tanière.
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Re: Les pierres levées

Message  Arliden le Mer 04 Mai 2016, 18:54

Perdu. Les bois sont rouges. La forêt n'est plus tanière mais piège. Les bois rouges et la brume grise, froide, qui se colle à moi.
La fourrure lourde et poisseuse.

Perdu, je suis. La forêt n'est plus forêt mais jardin taillé : labyrinthe. Sans l'être, bien sûr. Je tourne en rond. Quelque chose -quelqu'un- est à l'œuvre. Qui murmure à la forêt. J'en vois les mots se dessiner, parfois, dans la masse fluide du brouillard.
Les corbeaux sont finalement partis. Leurs moqueries me manquent presque. Le silence est magique. Il étouffe mes hurlements dans un chuintement ouaté.

Je charge à travers les taillis. J'écarte les ronciers, les buis. Je piétine les fougères. Mais la brume s'enroule. Comme une main se resserre.
Les mêmes sentes. Les mêmes odeurs. Je tourne en rond.

Je me redresse. Il y a des yeux qui percent la brume. Et qui m'observent. Jaunes comme la petite flamme des bougies. Noirs comme la nuit sans lune.
Je les pourchasse sans jamais parvenir à avancer vers eux.
Comme dans un rêve.

Et la brume a commencé à sinuer. Elle a avalé les couleurs. Elle a tissé de grandes nimbes qui ont effacé les troncs. Qui ont fait flotter les frondaisons au-dessus de mon crâne. Elle a étouffé, lentement, doucement, les formes sombres que la luminosité ambiante laissait encore distinguer. Flou, d'abord. Puis plus rien : un néant gris.
Plus de vision. Les odeurs sont noyées dans l'humidité. Les sons sont assourdis.

Elle serpente jusqu'à moi et m'enveloppe. Froid. Le froid lancinant qui s'insinue jusqu'aux os, qui s'installe à l'intérieur jusqu'à ce qu'il n'y ait plus rien d'autre.

Seul dans la brume, avec ces yeux qui s'allument de temps à autre comme de grands feux. Seul avec cette petite voix d'enfant effrayé par les mystères qui...
Qui chante.

Malgré moi j'écoute. Mon instinct me commande de la faire taire mais la brume dans ma tête a fait pousser une étrange et paralysante mélancolie.

C'est une comptine. Un petit air simple et rythmé, qui résonne, et qui reste. Une comptine comme chanterait un enfant qui a peur du noir, pour se rassurer au son de sa propre voix. Une comptine pour, lorsque tombe la nuit, se rappeler de son existence.

Quelque chose de brisé.
Comme la vitre d'un manoir qui laisse entrer le vent.
Des échos-chuchotis. La mémoire des frênes.

Cette petite comptine qui se tisse et se brode désormais de paroles hésitantes, sans doute improvisées, parce que, pour un temps, la fureur a cédé à l'écoute.

Frêne
Chêne
Baies de sureau
Ciel
Sel
Sans repos
Rêve
Sève...
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