A la lueur de la lune

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A la lueur de la lune

Message  Senkar le Lun 08 Aoû 2016, 07:30

Le jeune homme ouvrit un œil, puis deux. Le temps que sa vision fasse le point, il avait reconnu la sensation granuleuse à travers son plastron légèrement enfoncé. Un sable beige-gris bordait une eau aux odeurs de marais.

Il se redressa sur la plage étrangement familière et fut ramené à la réalité après un rapide coup d’œil. Face à lui, de l’autre côté de cette rivière qui faisait guise de douve, la cité brûlait. Quelques échos de cris troublaient le crépitement des flammes tandis que les ombres de zeppelins tâchaient des nuages noirs qui complétaient assez bien ce paysage chaotique.

Les évènements lui revenaient par bribes floues et désordonnées. Les cris rauques des orques, les gémissements plaintifs de ses premiers camarades tombant au combat et le sifflement des flèches. Senkar était sur les remparts lorsque l’assaut principal fut lancé. Les défenseurs de la cité, compagnie hétéroclite rassemblant factionnaires, membres de son ordre et héros anonymes avaient vaillamment tenu les murs durant deux jours et une nuit.

Durant la deuxième nuit du siège, cependant, les forces ennemies avaient étrangement battu en retraite alors même qu’elles semblaient gagner du terrain. Les assiégés en avaient profité pour panser leurs blessures et prendre du repos. Des attroupements de combattants ensanglantés, boiteux et autres amputés s’étaient formés autour de braseros au centre de la cité. Précisément là où les bombes frappèrent.
Senkar, qui avait eu la bonne idée de rester en état de combattre fut tenu de garder sa position, sur un des chemins de ronde du mur Nord. Quand les explosions détonnèrent, le pan de fortification où il s’était à moitié assoupi vola en éclat, le projetant dans les airs avec une telle violence qu’il perdit connaissance avant de connaître la -sa- chute.

Maintenant qu’il avait retrouvé ses esprits, le corps à moitié brisé et son armure cabossée comme un pan de tôle, il assimilait lentement les faits.
Theramore était tombée. Au loin, il voyait les torches des orques traversant le pont principal pour piller ce qu’il restait à piller dans les ruines. A l’opposé, il distinguait les dernières voiles de ses compagnons qui avaient pu fuir et qui disparaissaient maintenant au large, ralliant Hurlevent.
Des cris rauques, de nouveau, résonnèrent à une distance qu’il jugea relativement inquiétante. Jetant un œil aux marécages sombres derrière lui, il se leva complétement dans un râle de douleur. Il entendait à présent distinctement les pas lourds des orques qui fouillaient les alentours de la ville à la recherche de survivants.

Le cœur battant, dénué de toutes ses armes durant son envolé et claudiquant au moindre pas, le jeune guerrier voyait ses derniers instants se dessiner. Il ôta son plastron et dénoua un à un les lacets de ses jambières. Ainsi délesté de quelques dizaines de kilos, il se sentit plus léger et plus optimiste quant à sa capacité à se déplacer, malgré la douleur d’un genre nouveau qu’avait engendré cette décompression de son thorax.
Sa chemise était trempée de sueur et de sang. C’est alors qu’il essayait de découvrir s’il s’agissait de son propre sang ou celui d’un autre qu’un bruit dans le sable humide lui fit relever la tête.

Un orque se tenait là, à trois mètres du jeune humain, une hache de guerre en mains et le regardait en inclinant la tête, comme surpris. Senkar jaugea le monstre. Par chance, ce n’était pas le spécimen le plus massif qu’il ait vu et il ne dépassait le guerrier que d’une tête. Une tête d’orque, mais juste une tête.

Après un bref coup d’œil vers l’armure aux couleurs de la Cité posée à côté du guerrier, l’orque chargea sans poser plus de questions, hache levée. Senkar fit volte-face et bondit vers la rivière, là où l’orque couvert de plaques de fer ne pourrait le suivre. Trop tard.
La hache était plus rapide. Le tranchant de l’arme vint d’abord fendre net l’étoffe sur le dos du jeune homme. Senkar fut fauché dans son élan, inexorablement projeté vers le sol par la force du coup. La hache touchait à présent sa peau, qui ne tarda pas à se déchirer. Vinrent les nerfs et un début de souffrance crue, insoutenable. Le sang coulait le long de son dos et gouttait le long de ses côtés pour brunir le sable sous ses flancs. L’orc tâcha d’extraire sa hache du dos du guerrier pour la brandir de nouveau, prêt à porter le coup de grâce.


Senkar rouvrit les yeux, posant prestement sa paume contre le parquet pour ne pas chuter de sa couche. Son cœur tambourinait et ses cheveux étaient collés sur son front et ses tempes moites. Il continuait de revivre cette nuit dans ses cauchemars. Presque quatre années plus tard, il y avait encore droit plusieurs fois par an.

Il se hissa en position assise contre la tête de lit richement sculptée. Le souffle régulier de sa compagne l’apaisa progressivement tandis qu’il la regardait, vaguement éclairée par la lueur de la lune que les rideaux de tulle ne filtraient pas. Elle était redevenue menue et cela lui rappelait le temps où il l’avait rencontré. Il sourit en silence. Cela lui suffisait, à présent. Son épée reposait depuis quelques temps sur un râtelier et même ses armes d’entraînement commençaient à prendre la poussière.    

Un deuxième souffle, plus léger, retint son attention. Il regardait le berceau immobile à quelques pas du lit d’où provenait ce bruit. Beaucoup de ses anciens frères d’armes avaient quitté ou perdu leur famille de sang pour en trouver une nouvelle sous les bannières militaires. Senkar avait fait l’inverse. C’était très bien comme ça.

Qu’en étaient-ils des rumeurs de troubles qui agitaient de plus en plus la ville ? Et ces histoires de Légion Ardente qu’il prenait soin de ne pas écouter mais qui, l’air de rien, occupaient une part de plus en plus importante de ses pensées ? Rien, ce n’était rien. C’était l’affaire d’autres. Il ne voulait plus y prendre part. Après tout, il a plus ou moins promis. Ça ne le concernait pas. Pas encore ? Non, ça ne le concernerait pas du tout, il était décidé. Il hocha la tête pour lui-même, convaincu.

Il se baissa pour embrasser le front de sa femme et s’extirpa des draps sans un bruit. Il allait tout de même aiguiser son épée et remettre son armure en état, sait-on jamais.

Senkar


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