Lysange, écrivain public.

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Lysange, écrivain public.

Message  Lysange le Mar 05 Déc 2017, 00:02

Est-ce que l'on pouvait tout recommencer ?

Est-ce que l'on pouvait, vraiment, oublier quelqu'un que l'on pensait avoir aimé, tirer un trait sur une période pas si lointaine, et croire que l'on pouvait recommencer à vivre et peut-être même, aimer de nouveau ?

Est-ce que l'on pouvait, sans se perdre, ne rien renier, pardonner, rester soi-même, tourner la page et de nouveau vivre. Libre.

C'est ce que Lysange, la fille au chapeau, voulait croire. Et elle y croyait si fort que cela l'avait incitée à quitter le Sud pour remonter vers la capitale afin de tenter cette folle aventure, tout recommencer.


"Ah ! mais voilà pourquoi tu me sautes pas dessus !" avait lancé Joli Coeur avec un sourire entendu.
"De quoi tu parles ?" avait bougonné Lysange.
"En fait tu es toujours amoureuse du type avec qui tu as fait ce voyage, non ?”. Manifestement ça l’amusait de la voir rosir.
"Quoi !?! Mais c'est n'importe quoi !"

Roulant des yeux, la jeune femme avait tenté de contourner la question, perchée avec lui sur un immense arbre des faubourgs.

"C'est pas ça... Disons que j'ai pas compris pourquoi il avait disparu.  Qu'est ce qui s'est passé ? Qu'est ce que j'avais fait de mal ? J'ai toujours pas compris, et des fois ça me bloque encore un peu."

Le jeune homme l’avait regardée un moment. "Tu veux juste pouvoir tourner la page avant de t'engager à nouveau. Je comprends, et je trouve ça bien. T'es pas comme les autres filles."

“Bah, quand j’me donne, j’me donne à fond, c'est clair. Bon, on passe à une autre question ?"

Lysange avait relancé les dés, laissant derrière elle son passé et retrouvant le sourire. Toute une vie sans savoir qui on est, sinon la fille adoptive d’un vieux gars moins salaud que les autres, ça forgeait le caractère.

Hier était déjà loin, demain viendrait bien assez tôt et il fallait apprendre à vivre chaque moment comme si c'était le dernier. C'était la seule solution. Et ça fonctionnait puisqu'elle avait réussi à quitter le Sud avec une caravane pour aller chercher du travail dans la capitale.

"Chacun sa merde ! Si c’est pas toi qui prend ta vie en mains, personne le f’ra pour toi !” aurait dit son père adoptif avec philosophie  Et c'était bien vrai. Il fallait avancer, sans se retourner. Lysange était bien décidée à suivre les conseils du vieux Ben et trouver le chemin, le sien. Ici, dans cette ville, et nulle part ailleurs. Il suffisait de le vouloir.


Dernière édition par Lysange le Mer 11 Avr 2018, 18:32, édité 1 fois

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Re: Lysange, écrivain public.

Message  Lysange le Mar 05 Déc 2017, 18:31

Installée depuis moins d'une semaine dans la grande capitale, la fille au chapeau irradiait depuis la veille d'une joie simple. Un faisceau de petits détails le démontrait, elle avait fait le bon choix et une nouvelle vie s'offrait à elle.

Oser parler aux citoyens présents ici et là n'avait pas été facile mais cela commençait à porter ses fruits. Et la rencontre avec Joli Cœur en était probablement l'élément déclencheur. Face à lui, elle avait osé être elle-même, sans doute parce qu'il était jeune et inexpérimenté mais comique dans ses provocations et ses vantardises de gamin désœuvré. Enjouée et libre elle avait su refuser ses avances, assez lourdes, sans le vexer ni le rebuter, ce qui lui avait permis de trouver un équilibre dans cette nouvelle amitié.

En quelques jours, au fil des rencontres, elle avait trouvé de quoi occuper son temps libre en attendant d'occuper un emploi qui lui permettrait de ne plus dépendre de la compassion d'un chevalier, de la gentillesse de Joli Coeur ou de la miséricorde d'un membre du Clergé.  

Et petit à petit la capitale l'avait transformée. Cela s'était senti lundi soir, sur la terrasse de l'auberge.

Au milieu de toutes ces personnes qui se connaissaient et s'appréciaient, ces inconnus qui l'avaient accueillie comme une des leurs, avec une curiosité bienveillante, elle s'était sentie revivre. Moins en retrait, moins intimidée, plus enjouée, plus libre, plus vraie. Le vieux Ben aurait été fier d'elle.

La petite Lyly sans histoire ni avenir qui s'accrochait aux basques du vieux Ben sur les routes du Sud, garçon manqué par manque de modèle féminin, brusque et renfermée par méfiance, souvent blessée à cause de sa naïveté, la fille dont le chapeau vissé sur la tête donnait lieu d'identité sentit alors qu'il allait falloir se définir autrement.

La rencontre annoncée pour le mardi soir avec un employeur potentiel l'obligeait à faire preuve de créativité. On ne pouvait décemment trouver un travail intéressant sans avoir un vrai nom.

Lysange Delabay n'existait pas hier mais ce nom-là sonnait bien, et juste, et il lui semblait qu'il puisse être annonciateur d'une vie pleine de promesses.

Décision fut donc prise. Et pour marquer ce jour de naissance, c'est une Lyly radieuse qui fit graver "son nom complet" sur le petit médaillon qu'elle portait déjà lorsque Ben l'avait trouvée, nourrisson terrorisé et hurlant dans un panier sur les quais du port du Sud, une vingtaine d'années plus tôt.

"C'est une bien belle médaille" avait dit l'artisan tandis qu'elle suivait des yeux son travail, plus tôt dans l’après midi. "On dirait un écusson d'noble, côté face, vous avez eu ça où ?".

Lysange avait passé des heures à regarder le dessin ouvragé d'un animal fantastique, crinière de lion et ailes d’aigle déployées sur un fond de drapeau, abîmé par le sel, mais jamais elle n'avait imaginé que cela puisse être un écusson.
"Je l'ai toujours eue….”.

L'homme l'avait observée un moment avant de reprendre son travail.
"Bah... c'est sans doute une copie. Faudrait que vous en parliez à votre famille, les Delabay, ils doivent savoir."

La toute nouvelle Demoiselle Delabay n'avait pas pu s'empêcher de rire joyeusement. "Mmh... faudrait oui !".

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Re: Lysange, écrivain public.

Message  Lysange le Mer 06 Déc 2017, 13:42

S'il existait un appareil pouvant mesurer le taux vibratoire intérieur d'un individu, combinant aussi bien la mesure de l'excitation joyeuse, l'envie de faire plaisir, la volonté de faire au mieux et l'énergie animant le tout, nul doute que Lysange aurait fait exploser tous les scores et l'appareil avec, mardi soir en quittant les locaux du Garnement.

Depuis qu'elle s'était assise dans le bureau de la Direction  pour expliquer ce qui l'amenait à postuler chez eux, les deux dirigeants semblaient beaucoup s'amuser.

Attentifs,  bienveillants, ils s'adressaient néanmoins force sourires amusés et hochements de tête, entrecoupés de rires qui ponctuaient chaque explication de Lysange sur son parcours et sa vision du monde lorsque, incité par Mairi O'Hara elle même, Andrew Forester la regarda d'un air sévère avant de lâcher."Bien. Nous vous proposons trois argentées par semaine pour commencer et, si besoin, vous pourrez profiter du canapé avant de trouver un logement".

La jeune femme en était à essayer de rattraper une de ses nombreuses bévues, peut-être celle sur "ceux qui n'ont pas les couil.., euh le courage de dire ce qu'ils pensent... " et cela l'arrêta, net.

"Hein ?!? Euh... trois argentées ?!? Mais... Euh... Alors ça veut dire que vous me prenez ?!? Ooh  !?! Ooooooh !!! Merci !!!! Merci mille fois !!!! J'vous promets que vous ne le regretterez pas !!!"

La jeune femme n'avait plus rien de l' adulte posée et réfléchie qu'elle s'évertuait à être depuis plus d'une heure, probablement sans grand succès. Tout à coup survoltée d'une joie quasi enfantine, elle se trémoussait sur sa chaise, ne sachant si elle devait leur administrer un câlin digne d'une famille complète de Bisounours ou faire le tour de la table en dansant et hurlant des Youhouhouhou capables d'attirer tous les Zoziaux des alentours plus la pluie, ou simplement jouer les blasées tellement sûre d'elle que, elle le savait, cette longue conversation ne pouvait avoir d'autre issue que son embauche.

Des trois scénarios seul le premier était à sa portée, incapable qu'elle était de jouer les blasés, comme d'ailleurs de se donner en spectacle.

Mais elle jugea bon de n'en rien faire, craignant sans doute à juste titre, que la bienséance professionnelle nécessitait de sa part une attitude certes positive mais néanmoins calme autant que faire se pouvait !

L'heure qui suivit n'en fut pas moins tendue, car déjà Lysange prenait son travail à coeur. Une Dame venait présenter son commerce, Mairi sollicitait sa nouvelle stagiaire pour un petit article éventuel sur le dit commerce, que déjà Lysange se positionnait, questionnait, donnait rendez-vous.

Quand elle rentra à l'auberge pour tenter d'y trouver le sommeil, bien malin celui qui aurait pu imaginer que la jeune femme qui dansait, chantonnait et riait tout à la fois n'avait rien bu d'autre qu'un thé agrémenté d'une larmichette de rhum.

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Re: Lysange, écrivain public.

Message  Lysange le Lun 11 Déc 2017, 18:17

Heureusement pour elle, son employeur principal, en l'occurrence la belle et libre Mairi O'Hara, avait su immédiatement cerner sa personnalité de chat échaudé et Lysange avait bon espoir de réussir à se dépêtrer de certains comportements qu’elle n’était pas sûre de toujours bien comprendre.

Elle avait débarqué en ville sans le sou mais libre, un peu naïve avec les charmeurs mais expérimentée avec les bonimenteurs, seule mais déterminée, gentille mais entière, sociable mais farouchement indépendante, jeune mais forte d'une expérience peu commune.

Et voilà que certains s'évertuaient à vouloir l'emprisonner. Oh pas vraiment, avec respect, cordialité, gentillesse, mais c'est ainsi qu'elle le ressentait. Une prison dorée qu’en d’autres temps elle aurait investie avec joie, mais plus maintenant, ou pas encore.

Ces avances de l'un ou de l'autre, car il y en avait delà plusieurs qui lui tournaient autour, n'avaient rien qui puisse comporter un danger réel. Pourtant c'est plus souvent qu'elle ne l'aurait souhaité qu'elle devait se brider, se fermer, reculer, se prémunir, par crainte de souffrir. Souffrir à nouveau.

“Un d’perdu pour la chienlit, dix de r’trouvés pour la gaudriole !”
aurait dit le vieux Ben qui n’avait pas son pareil pour mettre à sa sauce les dictons populaires. Et elle aurait ri avec lui, à n’en pas douter.

Mais là, tout arrivait trop vite, et elle n’avait pas vraiment eu le temps de se faire une raison.


Aussi, heureusement que Mairi était là.

Affutée et bienveillante, la rédactrice de la rédaction du Garnement avait tout de suite senti combien la jeune femme avait besoin de liberté et de confiance pour faire rapidement ses preuves, mais aussi d’une sorte de rideau protecteur pour qu’elle puisse épanouir au mieux.

Un premier article écrit et mis sous presse devant les amis du Garnement pour fêter l’arrivée de la toute nouvelle machine d’imprimerie. Un second dans les tuyaux et un portrait à trouver. Des rencontres suggérées et d’autres proposées. Tout un réseau qui s’offrait à elle pour développer son goût pour le croquis en mots.

Au final, pour rien au monde Lysange “Delabay” serait repartie dans le Sud. Elle devait prendre ses marques, doucement mais sûrement, s’installer, simplement mais sérieusement, et continuer à regarder le monde avec ses yeux d’enfant libre et curieuse, sans se fermer outre mesure, ni non plus s’ouvrir plus que de raison.

Et puis, bientôt allait débarquer du Norfendre celui qu’elle n’avait encore jamais rencontré, le fameux Grand Père Hiver. On disait qu’il exauçait toutes sortes de voeux, pour peu qu’on soit sincère et bienveillant. Qui sait si le vieil homme n’allait pas lui amener dans sa hotte le cadeau qu’elle attendait en secret.

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Re: Lysange, écrivain public.

Message  Lysange le Mer 13 Déc 2017, 13:00

Mais c’était quoi cette histoire de cadeau désintéressé ?!? Bien sûr qu'elle ne pouvait pas accepter une bague aussi raffinée et probablement très chère !

“Foutaises !!” aurait dit le Vieux Ben. “C’gars là y veut t’mettre dans son lit, même s’il le dit pas, y’a pas à tortiller du cul ! Fuis ! Cours ma Lyly ! Dégage le vite fait sinon il va te croquer toute crue !” Et il aurait même accompagné la sentence d’un rire graveleux qui aurait ôté tout doute à la jeune fille.

Mais Lysange n'avait pas la force de caractère du vieux Ben. La jeune et tendre Lyly,  bien qu'ayant du souvent se défendre des charmeurs qui lui tournaient autour, et parfois même tentaient le diable, n'était pas préparée à cette avalanche de compliments, attentions et cadeaux.

Non pas qu'elle ne le croyait pas sincère, ce jeune homme tout énamouré, mais il était hors de question de le laisser penser qu'elle allait accepter sans broncher de se laisser ainsi enfermer.

Car cher ou pas cher, un tel cadeau était pire qu'une chaîne à son pied. La chaîne on pouvait la détester, la maudire, la rompre, s'en défaire, quitte à devoir se couper le pied s'il fallait.

Mais ce genre de chaîne qui ne disait pas son nom... jamais. Ou alors une seule et unique fois, et pour toujours.

Heureusement que Joli Coeur était dans les parages.

"Salut Chenapan ! " lui avait-il susurré en arrivant derrière son dos au marché.
"Oh ! Comment tu vas ?". Elle était ravie, de le voir là. La dernière fois ils s'étaient quittés fâchés, mais ça ne pouvait pas durer. Pas entre eux.
"Toujours bien quand j'aperçois ton chapeau !".

Sa présence discrète avait été d'un grand secours, car la situation était plus qu'embarrassante. Et de le savoir là, même bougon et chieur, l’avait très largement aidée à passer la soirée.

Mais le problème restait entier.

Il avait été question d'aller faire un article chez le jeune homme. Mais Lysange n'en avait plus envie. Bien trop risqué, bien trop embarrassant, bien trop dangereux même, car elle n'était pas certaine de savoir, encore et encore, repousser ses avances avec gentillesse.

Elle devait en parler à Mairi. Elle saurait que faire, elle. A n'en pas douter.

S'il y avait bien une chose, un fait, une personne qu'elle bénissait chaque jour en secret, remerciant tous les dieux du monde de l'avoir guidée jusque là, c'était bien la rencontre avec Mairi O'Hara.

Sans elle, elle le sentait tout au fond de son cœur, elle n'aurait peut-être pas su, ou même pu, reprendre vie.

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Re: Lysange, écrivain public.

Message  Lysange le Mar 19 Déc 2017, 21:03

"Tu me donnes un baiser ?"
"Euh... mais pourquoi ?"
"Mais t'écoutes rien !! On a gagné un bon qui dit qu'on doit s'embrasser !!"
"Mais... euh... et pourquoi un bon donné par des nains devrait m'obliger à t'embrasser ?!?"
"Mais c'est un bon !!! J'en sais rien moi ! Demande leur !!!"
"Mmhh... "

Elle avait regardé les nains, qui semblaient gentils et simplement désireux de mettre sur leur stand cet esprit des fêtes d'Hiver dont on parlait partout en ville. Elle avait cherché le regard de Jacob pour vérifier qu'il n'y avait pas d'embrouilles. Il semblait déçu, tout bêtement. Alors elle avait décidé d'accepter, tendant simplement sa joue gauche vers le visage du jeune homme, ce qui avait mis tout le monde en joie, et au final elle aussi.

....

"Tu voudrais pas te mettre dans mes bras, pendant le spectacle ?"
"Euh...?"
"Un câlin quoi !"
"Mais... euh... un câlin ... genre .... juste un câlin et rien d'autre ?"
"Bah non !!! Que veux tu qu'il y ait d'autre ??!!!"
"Ben ... je sais pas !"


Elle l'avait observé, puis elle avait ri, et elle s'était retournée pour se caler gentiment dans les bras de Jacob, naturellement et sans crainte aucune, le laissant même poser sa main sur son ventre. Et elle s'en était sentie bien, contente de ce contact vaguement rassurant.


...

Ils étaient sur le chemin qui venait du port et de la fête et menait vers le centre.
"J'ai quoi comme chance de dormir avec toi ?"
"Euh... comment ça... quand ?"
"Ben ce soir ! Pas demain pour la sieste hein !"
"Zéro."


Ils avaient continué sur la place et Jacob lui avait dit qu'il avait payé pour une semaine supplémentaire, ce qui l'avait énervée mais touchée aussi. Puis devant l'auberge, il lui avait demandé de venir tout près de lui, avec douceur. Elle en avait été étonnée mais elle avait obtempéré. Et là, adossé au muret, il avait dégagé son visage d'une pichenette sur son chapeau, puis il lui avait simplement caressé le menton tout en la remerciant de cette soirée toute simple mais bien agréable qu'ils venaient de passer ensemble.

Lysange avait hésité un instant. Elle aussi, elle avait passé une excellente soirée et elle voulait le lui dire. Alors elle l'avait embrassé, sans qu'il l'ait demandé ou même suggéré. Oh un tout petit baiser de rien du tout posé au coin de ses lèvres ! Mais quand même.

Une soirée tout en douceur.

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Re: Lysange, écrivain public.

Message  Lysange le Jeu 21 Déc 2017, 18:34

Mais quelle mouche l'avait piqué ?!!!

"Il faut que tu fasses le portrait de quelqu'un que tu aimes bien, avant tout, Lysange. Il faut que ça te plaise de faire cet article".
"Ben je connais personne, ça va devoir attendre alors".
"Pourquoi tu fais pas celui de ton amoureux ? "
"Euh... il a disparu Jacob, je vais pas faire le portrait de quelqu'un qui n'existe plus."
"Qu'est ce que tu en sais ?"
"Comment ça qu'est ce que j'en sais ! Il m'a abandonnée, je n'ai plus de nouvelles, il a disparu de ma vie, tu veux quoi de plus ?"
"Et s'il n'avait pas pu te prévenir ? S'il était empêché ? Ça s'est passé quand, comment ?"
".... L'été dernier, on était en bateau, de l'autre côté de la Grande Mer, je suis allée à terre et quand je suis revenue, il avait disparu".
"Il avait laissé un mot, quelque chose ?"


Jacob souriait mais Lysange, elle, commençait à aller vraiment mal.

".... Arrête Jacob, c'est pas gentil, j'ai presque réussi à l'oublier là... pourquoi tu me ramènes la tristesse... "
"Tu l'as pas oublié du tout. T'arrêtes pas de penser à lui, ça se voit comme le nez au milieu de la figure. Moi je vais t'aider à le retrouver."


Il souriait encore mais Lysange, elle, ne pouvait déjà plus cacher ses larmes.

"S'il te plaît, Jacob, arrête de parler de lui. Tu me fais du mal, tu vois bien."
"Lysange, tu es adorable. Tu me plais beaucoup mais ... t'es pas libre, c'est pour ça que...
"Hum ?"
"Rien. Tu y penses toujours à ton amoureux, hein ? Tu as perdu tout espoir mais en fait tu es toujours amoureuse."
"... Oui..."
"Moi je vais le retrouver."


Il l'avait ramenée chez elle, mais le cœur n'y était plus.

Arrivée toute joyeuse en ville en début de soirée, elle rentrait le cœur bien lourd. Et Jacob qui blaguait sur un hypothétique câlin avant de le quitter à la porte de l'auberge.

"Je crois pas que tu te rendes compte de ce que tu fais, là...".

Et elle avait disparu dans l'auberge, sans un regard, sans un sourire, sans un mot. Pour se remettre à pleurer, seule dans sa chambre.

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Re: Lysange, écrivain public.

Message  Lysange le Ven 22 Déc 2017, 14:52

Normalement Lysange ne devait plus s'habiller en rouge. Une décision prise trois mois plus tôt, en signe de "deuil". Le rouge était la couleur de la passion, couleur de la folie, couleur d'un amour enfui. Elle ne voulait plus en entendre parler.

Mais voilà que les fêtes d'Hiver avaient ramené la couleur rouge partout en ville et surtout que Jacob avait déposé une toute  petite graine d'espoir dans son cœur la veille.

Il lui était devenu difficile d'y échapper.

En se couchant mercredi soir elle était triste, vraiment très triste. Mais le lendemain matin, bien malgré elle, la petite graine avait germé, et avait réanimé l'espoir totalement fou qu'elle se refusait depuis des mois à alimenter.

Alors, même si elle essayait de calmer tout emballement qui l'aurait de nouveau mise à mal, elle avait sorti une jolie tenue de soie rouge et or, jamais portée mais conservée pour une belle occasion, et elle avait rejoint Jacob à la veillée des contes de Forgefer toute de rouge et or vêtue.

Et la joie était revenue. Ils avaient écouté les histoires, puis joué dans la neige et enfin dormi dans une auberge remplie de nains, dans la même chambre mais comme deux amis, deux vrais amis.



Le lendemain en rentrant sur Hurlevent, Lysange eut envie d'écrire une chanson, cela la prenait parfois.

Et c'est en songeant à ce qui la taraudait qu'elle l'écrivit, sur un air qu'elle connaissait d'ailleurs. Ecrire faisait du bien, pourquoi s'en priver.

Viens avec moi dans la nuit, je t’écrirai une chanson ....

Viens avec moi dans la nuit
Je t'écrirai une chanson
Tu seras là, groggy
Et moi j'te dirai "Rêvons"

Sur le chemin tu riras
Pendant que moi j'écrirai
Fou de ma prose tu seras
Oubliant qui tu étais

Seulement méfie toi de moi
Surtout de mon exigence
Car j'attendrai tout de toi
Plus qu'une simple présence

Tu seras mon prisonnier
Mots et rêves emmêlés
A jamais envoûté
Ensemble pour l'éternité

Car il faut que je te dise
Je t'aime et je t'aimerai
T'envoutant à ma guise
Encore, toujours, à jamais  

Tous les jours et toutes les nuits
Tu guetteras mon passage
Aucun repos dans ta vie
Tu oublieras le mot sage

Mais si tu es encore là
Fébrile conquistador
Et mes rêves d'au delà
Tu veux les résoudre ... Alors...

Viens avec moi dans la nuit
Je t'écrirai une chanson
Tu seras là, averti,
Et moi j'te dirai "Vivons"

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Re: Lysange, écrivain public.

Message  Lysange le Lun 25 Déc 2017, 18:01

Elle était trop fatiguée pour rester en ville pour la fin de semaine et c'est donc en accord avec Mairi que Lysange avait pris quelques jours pour se reposer.

Direction les Carmines où elle avait loué une chambre pour trois jours. Balades dans la campagne, repos, solitude, calme, elle le sentait, elle s'était emballée et elle devait se reprendre.

Malgré ce qui avait été dit, Jacob et son père, un homme qu'elle ne connaissait pas encore, ne pouvaient rien pour elle.

Nul doute que s'il avait pu, Jacob lui aurait ramené son amoureux disparu, mais c'était tout bonnement impossible. Elle l'avait cherché, elle l'avait attendu, longtemps, des semaines, des mois, et elle avait finalement réussi à se faire une raison, ou du moins à vivre avec l'idée qu'il ne réapparaîtrait plus.

Elle n'aurait pas dû laisser Jacob s'emballer avec ce désir de l'aider. Il ne savait pas ce qui s'était passé, de la douleur qu'elle avait surmontée, de celle qu'il allait forcément lui infliger après lui avoir redonné espoir en ne pouvant y donner suite, de l'état dans lequel il allait la mettre si elle baissait sa garde. Mais elle ne lui voulait pas car elle savait que jamais il n'aurait pensé lui faire du mal.

Longues marches en forêt, silence et réflexion méditative ne pouvaient être que bénéfiques.

Petit à petit le calme revenait en elle et en même temps l'évidence. Tout ça n'était que rêve et folie.

Il fallait rapidement cesser de croire à l'impossible, se contenter d'un célibat choisi et rageusement préservé, et se remettre en route sans rien attendre d'autre qu'une petite vie simple, sous peine de devoir reprendre à zéro le chemin de la rédemption. Et cette idée ne l'enchantait absolument pas, car les derniers mois avaient été bien trop compliqués à vivre.  

Une nouvelle année se profilait.
Finalement, toute cette vie avait-elle finalement un sens ?
Pas sûre, pas sûre du tout.

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Re: Lysange, écrivain public.

Message  Lysange le Jeu 28 Déc 2017, 14:53

Il y avait un petit quelque chose qui ne tournait pas rond.

Difficile de dire quoi, précisément, mais c'était certain, elle le sentait, "quelque chose" avait changé depuis sa retraite aux Carmines.

Un soupçon de rage, ou de colère, ou d'impatience, qui traînait et rôdait autour d'elle, et qui se révélait au détour d'une conversation, parfois totalement anodine ou sans réelle raison de se rebeller.

Comme avec le gnome contrôlant qu'elle aurait volontiers transformé en bouillie en l'obligeant à la bouffer lui-même, un projet impossible à réaliser mais néanmoins jouissif à imaginer.

Ou cette altercation, sur le surplomb face au terrain d'entraînement, dont elle s'était mêlée alors qu'elle n'aurait pas dû, avant d'embarquer Jacob qui s'animait à la vue... d'une rapière... portée par une femme, bien évidemment.

Et tout en même temps une sorte de lâcher prise face au même Jacob qui, quand il n'était pas dirigé par sa queue, était d'une tendresse rare qui ne pouvait la laisser indifférente.

Lysange avait décrété ne plus vouloir entendre parler de celui qui avait disparu. Pourtant, son absence continuait de la hanter, quand bien même elle avait décidé du contraire.

Soit disant que les parents de Jacob étaient partis de l'autre côté de la Grande Mer munis de toutes les informations susceptibles de le retrouver.

Et si....




Prends-moi la main, s'il te plaît,
Ne me laisse pas t'oublier...

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Re: Lysange, écrivain public.

Message  Lysange le Mar 02 Jan 2018, 09:29

“J’ai pas besoin de vous pour écrire. Pis j'aime pas vos manières et surtout j’ai pas à m’expliquer, bonne soirée.”

Le gnome la poursuivait depuis la place parce qu’elle ne voulait pas justifier son refus de travailler avec lui.

“Mademoiselle vous manquez de professionnalisme et vous êtes une jeune sotte !”.

Ce n’était décidément pas sa soirée, la lucidité ne lui réussissait pas.

Quoique… au final, dire ses quatre vérités à un gnome qui se croyait permis de la juger lui faisait le plus grand bien après s’être épanchée sur l’épaule compatissante de Jacob.

….

Tout avait démarré une heure plus tôt.

“Y’a un garde…. il a pas bougé son cul de son griffon depuis le début de l’affaire, tu te rends compte ?”.
Ils observaient une scène de crime.

“T’as bouffé quoi pour être dans cet état ? ”.
Elle avait soupiré longuement, lasse et vaguement déprimée.

“Bah.. j’ai vu ton père avant-hier et depuis j’essaye de me faire à l’idée que je reverrai plus celui qu’ils trouveront jamais…”.
Jacob l’avait observée puis prise par la main.

“Bon, viens, je t’emmène parce que là tu me déprimes…”
Puis il l’avait entraînée vers le cimetière tandis qu’elle essayait de lui expliquer.


“T’as déjà aimé à en crever ? Aimé… mais tellement, tellement…”.
Il avait bougonné.
“Je me suis jamais mis dans ce genre de situations, donc non”.

La patience de Jacob, la gentillesse un peu étrange de son père, leur volonté commune de l’aider, tout cela avait fini par avoir raison de sa folie, cette idée totalement absurde qu’elle le reverrait un jour.

“Il faut que tu fasses un grand pas en avant Lys’, pour te sortir de là. Tu peux pas rester à te morfondre comme ça”.

C’est justement parce que les parents de Jacob étaient partis en voyage et avaient promis de faire des recherches, que Lysange avait  pu commencer à faire son deuil de l’amoureux disparu.

“Tu vois, je crois qu’il a choisi de ne plus me revoir, pour je ne sais pas quelle raison, mais qui le regarde. Et de voir ton père, ben… je me suis dit que cela ne servait à rien de continuer à espérer le contraire. Alors j’ai décidé de tourner la page… “.

La tête posée sur le torse de Jacob qui l’écoutait, elle pleurait, laissant enfin la douleur couler hors d’elle.

“Mais tu sais quoi… j’espère quand même qu’il est heureux, là où il est.. c’est con hein…”.

Pleurer sur son sort dans les bras de Jacob lui avait fait beaucoup de bien. Jacob avait pu lui aussi dire combien il se satisfaisait de cette relation vraie  où “il n’avait pas besoin de faire le malin”.

Ces deux là savaient trouver un terrain d'entente, doux et tendre, quand il le fallait, mais cela ne l’avait pour autant pas calmée. Alors quand le gnome l’avait poursuivie pour tenter de la faire culpabiliser sur son soit-disant manque de professionnalisme parce qu’elle n’avait pas suivi la totalité de la veillée et surtout assisté à “son” spectacle de fin de soirée, son sang n’avait fait qu’un tour.

…..

Lysange toisait le gnome à chapeau, les sens en alerte, la rage de nouveau au bord des lèvres.

“….. Et vous …  un petit con, ça vous va comme ça ?”.

Si elle avait pu, elle l’aurait giflé, en prime, pour avoir essayé de la prendre de haut, en la gonflant avec ses avis et conseils à la petite semaine.

Le pire est qu’il l’avait remerciée de sa franchise, alors qu’elle n’avait cessé d’être franche ! Fallait-il qu'il tienne tant à avoir le dernier mot, fallait-il qu’il soit vraiment con et imbus de lui-même ….

Une fois chez elle elle s’endormit comme une souche. Il fallait tourner la page, elle le savait. C’était une question de survie. Et la survie, Lysange, ça la connaissait.

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Re: Lysange, écrivain public.

Message  Lysange le Mer 03 Jan 2018, 22:11

Si elle s’attendait à ça…

C’est en allant ranger quelques affaires dans les locaux du Garnement que Lysange prit connaissance des décisions de Mairi O’Hara. Elle avait bien ressenti en elle une sorte de lassitude, depuis le départ d’Andrew Forester, en particulier, mais elle n’aurait pas imaginé que ce fut au point de fermer boutique.


Un paquet et une lettre l’attendaient.

Une fois rentrée chez elle, Lysange avait sortis de sa besace l’encrier fétiche de Mairi et une très jolie plume, cadeaux de départ qu’elle avait déposés sur le petit bureau de son appartement de location.

Elle avait ensuite pris la lettre avec elle, pliée en quatre et glissée dans une poche et  s’était promenée en ville, sans doute en quête de Jacob, le seul qui pouvait comprendre ce qui la préoccupait.

Depuis, elle ne cessait de la sortir de sa poche, sautant tous les passages explicatifs pour lire et relire à l’envi le tout dernier chapitre.



Ma chère Lysange,

Je suis navrée de ne pouvoir en discuter avec toi de vive voix, ces derniers jours ayant été particulièrement agités (….). Je l'arrête pour de multiples raisons (…..) Mais assez parlé de moi. Je suis réellement désolée de ne pas t'avoir connue plus tôt, (….).

Enfin, je te dirais simplement de suivre ton cœur, Lysange. Le chemin qu'il offre est sinueux, mais plus lumineux que celui de la raison. On risque d'y rencontrer plus d'obstacles, et l'on en distingue rarement l'horizon. Mais malgré les déceptions, je crois que les risques sont bons à prendre. Je ne doute pas que tu ne aies le goût du risque. Fais en une force, et souviens toi surtout que tu n'as besoin de personne pour t'épanouir. Ni de moi, ni d'un homme, ni celui au plus doux sourire, et encore moins des autres, si ce n'est quelques amis fidèles. Ne reste jamais avec ceux qui veulent t'enfermer et te garder pour eux, même s'ils sont dotés des meilleures intentions au monde.

Un oiseau est rare lorsqu'il vole, pas lorsqu'on s'amuse à l'admirer dans une cage.

Avec toute mon affection,

Mairi Elisabeth O'Hara



Si Lysange relisait sans cesse la lettre de Mairi, c’est que jamais, de sa courte vie, quelqu’un l’avait aussi bien cernée, n’avait eu d’aussi bons conseils, et n’avait su autant la toucher.

Qu’était donc la colère face à un gnome trop fier, qu’était la douleur face à l’absence d’un être aimé, qu’était la déception qu’apportaient parfois les uns ou les autres, face à tant de bienveillance et d’intelligence ? Rien. Absolument rien.

Et curieusement, c’est de cette lettre d’adieu que Lysange décida de puiser la force de continuer à être elle-même, tout simplement.

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Re: Lysange, écrivain public.

Message  Lysange le Sam 03 Fév 2018, 15:43

Triste premier mois d’année 18 pour Lysange.

Jacob avait dû s’en aller, lui aussi. Mais il n’avait pas disparu sans la prévenir. Il lui avait expliqué, s’était excusé, lui avait souhaité de belles rencontres. Ce n’était pas un adieu mais un au revoir. Un véritable ami s’en était allé, la laissant quelques temps triste et désabusée, mais non pas abandonnée.

Puis la vie avait repris son cours, vaguement mélancolique, et les fantômes du passé étaient réapparus, forcément. Toujours là pour combler le vide d’un quotidien morne ou la vacuité d’une vie sans projets. Plusieurs soirs de suite, elle était donc restée cloîtrée dans son petit appartement, seule et se questionnant sur le sens de sa vie.

Un soir de la fin du mois, cependant, elle était sortie avec son livre. Après avoir marché, elle s’était assise face au port,  non loin d’un soldat avec qui la conversation avait été immédiatement fluide et agréable, comme avec Jacob. Alors elle le lui avait dit, plusieurs fois, tellement cela la perturbait. Et cela avait agacé le soldat, ce qui l’avait du coup rendu intéressant aux yeux de Lysange.

Amusée, intriguée, elle l’avait alors laissé être lui-même. Et elle n’avait pas été déçue. Car le soldat, sans doute emporté lui aussi par la facilité de leurs échanges, avait eu de bien curieuses manières alors qu’ils ne se connaissaient pas. Très vite, il s’était permis de critiquer sa façon de parler, de lui suggérer de changer sa coupe de cheveux voire même son comportement hésitant, d’après lui peu en accord avec ce qu’elle était vraiment.

Autant dire qu’après tout ce temps passé à se cacher derrière un masque que seul Jacob pouvait faire tomber, avec son accord, se retrouver face à quelqu’un qui la perçait aussi bien à jour, en si peu de temps, avait eu de quoi la désarçonner mais aussi la ranimer.

C’est donc presque malgré elle qu’elle avait accepté de laisser pousser ses cheveux, de lui écrire pendant sa campagne,  et qu’elle l’avait même embrassé, la veille de son départ en mission pour le Nord. Oh, un petit baiser de rien du tout. Un baiser au coin des lèvres, donné sous le coup de l’émotion et regretté tout de suite après, mais demi-baiser quand même. Le genre de baiser que Jacob avait longtemps espéré avant de l’obtenir et de laisser à penser au monde qu’ils entretenaient une relation amoureuse sans risque de recevoir une magistrale paire de claques.

Jacob obtenait d’elle toute la tendresse qu’il désirait parce que le contrat était clair. Il ne serait jamais plus qu’un ami.  Tout simplement parce que jamais personne ne pourrait obtenir d’elle ce genre de familiarités. Pas tant que le fantôme du passé la hantait.

Étonnant que ce soit le soir où elle avait raconté son histoire à un autre, le soir où elle s'était abandonnée à la mélancolie, que justement ce soir là, elle ait baissé sa garde et oublié la promesse qu'elle s'était faite des mois auparavant. Très étonnant. Suffisamment en tout cas pour qu’elle lui envoie un colis, en espérant que le Commandant de leur compagnie le ferait passer jusqu’aux montagnes où les soldats s’entraînaient.

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Re: Lysange, écrivain public.

Message  Lysange le Mar 06 Fév 2018, 12:50

« Ça va un peu trop vite, non, tu trouves pas  ? ».

Elle ne savait plus que penser de cette conversation devant la taverne, alors qu’il l’avait entraînée au dehors pour pouvoir la prendre dans ses bras avec plus de spontanéité.

Tout était tellement irréel.

Cette envie qu’elle avait eue de lui prendre la main, sans y penser, avant de la lâcher deux secondes plus tard au passage d’un des soldats de la compagnie.

Cette façon qu’il avait eu de mettre ses bras autour de son cou pour la regarder droit dans les yeux pour l’écouter raconter sa semaine.

Ce baiser posé sur ses lèvres sans donner l’air d’y toucher du haut de son mètre quatre vingt. Un baiser simple et doux, corps légèrement courbé, visage penché vers elle. Un baiser inattendu qui, pour Lysange, en appelait pourtant un autre, aussi simple, aussi doux, dressée sur la pointe des pieds pour atteindre son visage étonné.

Oui, tout semblait presque trop beau pour être réel. Actes et paroles, tout paraissait sorti d’un songe.

«Mais.... comment ça tu veux me protéger ? ... Alors... euh... c’est comme si....... tu étais mon amoureux ? ».

Le soldat avait acquiescé, parlant même de réciprocité, de contrat donnant-donnant, avec une assurance qu’elle avait reconnue comme étant celle d’un homme en qui elle pouvait avoir confiance. Un homme encore jeune, certes, mais qui donnait l’air de savoir ce qu’il faisait.

Or il ne donnait pas l’air de vouloir jouer avec elle et ses sentiments. Et c’était bien ce dont elle avait besoin. Se sentir rassurée, en sécurité, non pas physique, mais affective.

Pourtant, si elle était rassurée sur le fond, elle ne l’était pas encore sur la forme.  Elle l’avait laissé prendre sa main pour la ramener chez elle, mais n’avait pas réussi à cacher son inquiétude.

« Tu sais j’ai jamais... enfin.. pas depuis... alors… bon... faut pas me brusquer, d’accord ? ».

La soirée avait démontré qu’ils étaient bien tous deux « sur la même longueur d’onde », pourtant il valait sans doute mieux rester sur ses gardes. Elle l’avait donc quitté sur une promesse de se revoir, mais en essayant de se donner un air léger.  

Tout était tellement irréel.  Est-ce qu’elle pouvait vraiment y croire ?

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Re: Lysange, écrivain public.

Message  Lysange le Jeu 22 Mar 2018, 16:27

Pour qui l’avait connue du temps du Garnement,  Lysange semblait l’ombre d’elle même.

Un mois plus tôt, on l’avait vue au Bar Tabass avec des Ren’dorei qu’elle interrogeait pour le compte de la Gazette de Hurlevent, mais plus rien par la suite sinon quelques apparitions sur le port, armée d’un livre qu’elle lisait sans du tout se préoccuper des allées et venues autour d’elle.

Elle avait perdu sa joie de vivre, son allant, sa curiosité, et même le désir de faire ce métier qu’elle croyait pourtant apprécier, journaliste.

Son monde semblait avoir dérapé à cause de cette interview ratée, un entretien qu’elle avait pourtant initié avec plaisir.

Ce soir-là au Bar Tabass, la Ren’dorei de l’ambassade l’avait prise de haut, pour une bête question de mixité amoureuse soit disant « dégoûtante » et « contre nature ». Lysange n’avait pas pu s’empêcher de réagir avec un peu de rage au coeur. « Parce qu’on est pas assez bien pour vous, genre ? ».

La conversation s’était un peu envenimée, la directrice de La main de Cendres lui avait demandé de s’excuser, émettant des doutes sur son professionnalisme, et même si la jeune femme avait réussi à rattraper sa bévue, elle était rentrée chez elle avec l’envie de rentrer à la Baie pour retrouver le vieux Ben et se saouler à mort. Malheureusement son tuteur gisait au fond d’une crique au sud de la Baie et personne ne l’attendait plus là-bas. Elle s’était donc contentée dune beuverie solitaire au fond de son lit.

Mis au courant de l’affaire, Rislon Miloin lui avait écrit gentiment pour lui offrir son aide et la remettre en selle,  mais elle n’était même plus certaine de vouloir continuer à travailler pour la presse.  

Et comme un malheur n’arrive jamais seul, après Jacob qui avait quitté la ville un peu avant les fêtes d’Hiver, voilà que Raphaël s’en était allé chercher l’aventure sur les îles, laissant Lysange plus esseulée que jamais.

Elle avait donc dû se rendre à l’évidence : ses deux amis lui manquaient. Jacob et ses bêtises d’adolescent, Jacob et ses idées farfelues, Jacob et ses conquêtes d’un soir, Jacob et cette amitié simple et tendre qui les liait tous deux. Raphaël et son assurance simple, Raphaël et ses exigences de confiance partagée, Raphaël et ses demandes répétées sur la possibilité d'aller dans son lit plutôt que sur le canapé, Raphaël et cette croyance qu'il avait d'une possible relation amoureuse entre eux, un jour...

... Tout ce qu’elle avait repoussé de tendresse ou d'amitié amoureuse des deux garçons qui s'en étaient allés lui paraissait tout à coup la quintessence d’une vie rêvée.

Dommage qu’il ait fallu attendre cet intense sentiment de perte pour en prendre conscience.

Alors que faire maintenant ?

Trouver de quoi payer le loyer, peut-être déjà. Et ensuite…. advienne que pourra.

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Re: Lysange, écrivain public.

Message  Lysange le Lun 26 Mar 2018, 12:40

Parfois il suffisait de trop vouloir une chose pour qu’elle n’arrive jamais et le contraire était tout aussi vrai.

Cela lui avait été expliqué maintes fois par le vieux Ben, surtout quand elle essayait de passer au travers des rondes des gobelins de la Baie du temps de leurs petites rapines. « Si t’angoisses trop avec l’idée qu’ils vont t’repérer, t’peux être sûre que ça va pas faire un pli, ton nez va clignoter comme un M’sieur Bling-bling à la foire de Sombrelune ! Pis là t’auras plus qu’à prendre tes jambes à ton cou et plonger au milieu des godasses du port ! » lançait-il dans un grand rire sonore qui avait le don de la omettre en joie.

Ces derniers temps, elle avait beaucoup  repensé au vieil homme et à ses explications sur le monde, y cherchant sans le trouver le réconfort qui l’aurait sortie de la déprime dans laquelle elle s’était laissée glissée.  Le vieux Ben l’aurait remise sur pieds d’une bonne claque dans le dos avec une rasade de rhum. Mais tout ce qu’elle espérait fuyait devant elle, comme l’horizon sur la mer, et elle avait fini par croire que plus rien de bien ne pouvait lui arriver.

Pourtant….

Une rencontre inattendue au petit kiosque avait ramené le souvenir du vieux Ben, et avec ce souvenir, un premier sourire puis de nombreux autres.


Le prêtre avait un discours totalement inattendu sur le partage, l’amour, le bien-être. Totalement inattendu parce qu’en accord avec ce que Lysange pensait mais n’osait pas dire de peur de passer pour une idiote. Pour la jeune femme il n’y avait qu’une seule chose d’importante sur ce monde, et c’était l’amour, avec un grand A. L’Amour de la vie, de la paix, des autres, de l’autre quel mqu’il soit, et ce sans se préoccuper de genre, de statut, d’âge ou de race comme elle avait dû le ravaler quelques temps plus tôt.

Aussi la conversation à bâtons rompus avec le diacre l’avait-elle fortement impressionnée. Et dans la journée du lendemain une idée avait mûri, simple et évidente. Elle aimait écrire, elle avait besoin de partager et d’aimer, il fallait donc qu’elle mêle ses deux passions, et pour ce faire devenir écrivain public.

C’était tellement évident ! Comment n’y avait-elle pas pensé plus tôt ?!?

La soirée du dimanche avait totalement validé l’idée.

Rislon Milouin avait accepté que la Gazette puisse être son lieu de travail ou du moins une boîte aux lettres qui lui donnerait une notoriété plus rapide. Le prêtre avait proposé de l’aider et elle avait même pu proposer ses services à un futur marié venu justement à la Cathédrale pour préparer son mariage.

Il ne restait plus qu’à demander à la patronne de la Chope de bien vouloir faire office de relais avec des affichettes placardées, voire de lui permettre de voir ses clients sur place et tout s’imbriquerait parfaitement.

La nouvelle vie de Lysange Delabay semblait pouvoir enfin démarrer.

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Re: Lysange, écrivain public.

Message  Lysange le Mar 27 Mar 2018, 11:35

Après un premier entretien réussi pour l'écriture de voeux de mariage, et l'accord de Doubhée Sacco-Beckris, patronne de la Chope Sucrée, d'être point-relais pour sa nouvelle activité, Lysange était passée chez l'imprimeur pour faire réaliser une série d'affichettes à placarder dans les endroits passants en ville.



NOUVEAU sur Hurlevent

à votre service

ECRIVAIN PUBLIC


Un texte un peu compliqué à écrire ?

Courrier administratif
Lettre d’amour ou de rupture
Plainte ou  requête
Prière ou oraison
Vœux de mariage

Faites appel à une professionnelle de l’écriture !


Lysange Delabay
plume indépendante à votre service,
se déplace à domicile.

Ecoute bienveillante. Tarifs raisonnables. Délais rapides.

Pour la contacter, demander à Mme Doubbhée Sacco-Beckris à la Chope Sucrée, à Mr Rislon Miloin à la Gazette de Hurlevent, ou directement par courrier à Lysange Delabay, 3 quai des Mages à Hurlevent.

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Re: Lysange, écrivain public.

Message  Lysange le Lun 09 Avr 2018, 10:39

Entendre dans la bouche d’un autre le texte de vœux qu’elle avait écrit pour son mariage fut une expérience merveilleuse pour Lysange.

Car ce texte correspondait tellement bien au marié, qu’il représentait comme une récompense dont elle n’avait pas du tout envisagé la portée. Entendre les commentaires amusés sur le récit de cette rencontre transposé en petit poème sans prétention, l’avait transportée de joie simple. Enfin elle avait trouvé sa place.

Ce premier texte avait valeur symbolique, et le marié avait donné son accord pour qu’elle s’en serve pour faire sa promotion. Aussi le recopia-t-elle sur un livre d’Or qu’elle montrait aux clients qui en faisaient la demande.


Aujourd’hui je suis là pour clamer
Que de nos vies mêlées à jamais,
Je ferai un monde presque parfait,
Car tu es, pour toujours, mon aimée.

Et pour marquer ce jour en rimes,
Voici l’histoire de deux mercenaires
Qui bien qu’au départ adversaires,
Unissent en ce jour leur vie intime.

Lorsque je t’ai vue la première fois,
J’aurai pu en faire des tonnes.
Mais je n’ai trouvé que le mot « conne ».
Clair, je ferais mieux de me taire parfois.

Pas étonnant que tu m’aies jeté,
Engueulé, traité de tous les noms,
Je n’méritais pas ton attention,
Comme un idiot je m’étais planté.

Heureusement, le temps a passé.
De ton côté la vie t’avait déçue,
Et quand nous nous sommes revus,
Entre nous le courant est passé.

Comme j’avais un contrat à remplir,
J’t’ai proposé de m’accompagner,
Pendant des semaines on a voyagé,
Laisser naître notre amour et grandir.

Je t’ai embarquée pour le soleil,
Mais tu n’avais jamais vu la neige,
Alors j’ai vu comme un privilège,
Du monde te montrer les merveilles

Partis début trente huit par la mer,
Tu m’as ram’né en urgence par portail,
Et depuis que je suis au bercail,
De toi, je ne veux plus me défaire.

Juli, sans toi, je ne serai pas là,
Tu m’as sauvé et tu m’as conquis.
Voilà pourquoi je le dis ici
Ma vie j’veux la passer qu’avec toi.




Écrire pour les autres s’avérait donc bien une vocation qui ne demandait qu’à s’épanouir. Peu lui importait le prix qu’on payerait, c’était une chance qu’elle ne voulait pas laisser passer et elle fut ravie d’entendre l’Evêque Archipiade suggérer qu’elle puisse aider tous les promis qui en feraient  la demande auprès des officiants. Une proposition qui l’avait touchée, même si elle aurait aimé que l’Evêque accepte aussi son aide pour la mission dans le bois de la pénombre en compagnie du diacre. Il faut croire que son gabarit et ses talents littéraires ne convenaient pas à ce genre de mission. Le diacre était parti combattre avec les autres, sans elle, alors elle lui avait laissé un mot. Heureusement il était revenu entier, d’après le courrier qu’il lui avait envoyé en réponse. Et elle s’était étonnée de sa propre inquiétude, ravie de voir qu’elle recommençait à vibrer à l’unisson des autres.

Tout semblait donc se mettre en place pour qu’elle retrouve la joie de vivre qui l’avait quittée, mais c’est une autre rencontre qui acheva de la remettre sur pieds.



Il donnait l’air de s’ennuyer, elle cherchait un peu de calme près du lac. La conversation s’était engagée sur une baignade qu’elle n’envisageait pas, et très vite ils en étaient venus à parler … de mariage. D’abord celui auquel elle avait participé en tant qu’auteure, et, curieusement, d’un mariage totalement hypothétique… celui d’une dénommée Dame Delabay et d’un dénommé  Sieur Mahoney.

Bien évidemment tout était dit sur le ton de la plaisanterie, mais la conversation s’était éternisée tard dans la nuit, sur un ton badin qui lui avait redonné rires et sourires, joie et optimisme, sans compter une idée de lettres au vieux Ben, même mort, qui lui avait immédiatement plu.

« Mais c’est une super idée ça ! Je vais le faire ! »
« J’espère que vous me les lirez alors… ».
« Promis ! »

La rencontre avait eu lieu dans la nuit du sixième au septième jour. Dès le lendemain la première lettre pour Ben s’inscrivit dans un cahier qu’elle lui dédia.


Hurlevent, le 8 du mois 4, année 38.

Ben, te moque pas de moi, c’est un gars que j’ai rencontré hier qui m’a donné l’idée de t’écrire. Je sais bien que là où tu es, tu ne risques pas de recevoir cette lettre et celles qui suivront sûrement. Mais je crois que cela va me faire du bien de te raconter ma vie, comme me l’a suggéré le type que j’ai rencontré samedi soir.

Alors, pour commencer, il faut que je te dise que quand tu es mort, j’ai eu un passage à vide. Je sais bien que tu n’aimes pas me voir triste, mais tu dois bien t’en douter, sans toi, déjà que j’étais triste pour ce que tu sais, du coup la vie n’avait plus aucun  goût. Alors j’ai traîné à la Baie, mais sans faire trop de bêtises, un peu comme si tu allais réapparaître à la seconde où je me mettrais dans une situation pas nette.

J’ai dû rester presque deux mois sans trop savoir ce que je faisais, et j’avoue que j’en ai pas beaucoup de souvenirs, alors je peux rien te dire de cette période. Mais ne râle pas, sinon je m’arrête de raconter !

Après… j’ai fini par me dire que je devais trouver une occupation, un travail, un truc, qui me redonnerait envie de vivre. Alors j’ai rendu les clés à Maria et j’ai pris la route pour la capitale, d’où je t’écris. J’y suis depuis quasi cinq mois, je commence à avoir des amis, pas beaucoup, mais je sais tu serais fier de moi, et ça me fait plaisir d'y penser.

J’ai encore des tas de choses à te raconter, mais je ne veux pas que ma lettre soit trop longue, surtout que j’ai promis de la lire au gars que j’ai rencontré et dont je vais certainement encore te parler parce que… ben tu sauras plus tard !

Bisou, tu me manques tu sais.

Ta Lyly.

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Re: Lysange, écrivain public.

Message  Lysange le Jeu 12 Avr 2018, 20:07

« Parce que vous êtes du genre à faire du charme pour attirer quelqu’un vers vous et ensuite vous désintéresser de la personne ?». Elle s'affaissa. « ….. !!! …. Non mais… est ce que je donne vraiment l’air d’être ce genre de personne ?».  Pour un peu elle l’aurait bien planté là, le laissant seul à la terrasse de la Chope.

« Mais pourquoi ça vous déplaît, alors, d’être attirante ? Vous voudriez être différente ? Parce que ça vous chagrine là … ». Une chose était certaine, le concernant, il avait l’art de poser ce genre de questions dérangeantes auxquelles elle allait immanquablement essayer de répondre, quand bien même cela lui faisait mal.

«  Mais non, c’est pas ça…. ». Elle s’échauffait, de plus en plus désemparée devant celui qui ne semblait pas comprendre pourquoi elle s’inquiétait d’être aussi « lumineuse », comme il disait. « De toute façon, si c’est naturel, je vois pas ce que que je peux y faire ! ».

« Ou alors … vous n’êtes pas romantique et ça vous déplaît de… ? ».
« Mais non… C’est tout le contraire  ! »
 .
Elle soupira, décidément il piquait à chaque fois là où cela faisait mal. 
« C’est juste que c’est dangereux.  Parce que donner, ben y’a pas de problèmes, ça je sais faire ! Mais après.. hein… il se passe quoi, si l’autre il prend et il en redemande encore et encore ? Ben je me perds moi. Parce que je vais pas savoir m’arrêter toute seule. Donc je me méfie, mais pas des autres, de moi».

Il avait sourit, n’ayant apparemment aucune conscience de sa détresse, pourtant sincère. Mais comme souvent, Lysange redevenait rapidement gaie et comme insouciante, alors la conversation avait repris, naturelle, enjouée.

Plus tard ils avaient parlé de regard et il l’avait incitée à regarder au fond de ses yeux, lui demandant ce qu’elle y voyait. Et cela l’avait embarrassée à nouveau. Car comment lui dire, que malgré tout ce qu’elle pouvait y voir, de bon, de beau et de prometteur, elle n’y voyait pas, ou peut-être pas encore, ce qui l’avait fait chavirer quelques mois plus tôt.

C’est pourquoi, en rentrant ce soir-là chez elle, malgré la fatigue qui aurait dû l’éteindre au fond de son lit, elle se cala devant sa petite table, prit la plume et l’encrier offerts par Mairi, et ouvrit le cahier qui était destiné au vieux Ben, pour lui ouvrir son coeur et tenter de l’apaiser.


Tu sais, Ben, depuis quelques jours, j’ai peur.

J’ai peur parce que je vois bien que j’ai pas l’air tout à fait guérie.

Je sais bien qu’il reviendra plus, Neals, puisqu’ils ont retrouvé sa trace à Gadgetzan où il a été battu à mort dans l’arène, c’est le père de Jacob qui me l’a dit, et il a été formel. Mais j’ai peur de plus jamais retrouver ce truc spécial qui passait entre nous deux, tu sais, par delà les mots ou les regards.

Ce soir, y’a le gars dont je t’ai déjà parlé qui a voulu que je le regarde au fond des yeux, pour lui dire ce que j’y voyais. C’est sûr, je vois bien que c’est un type bien, même mieux que bien, il est très bien ce gars là. Je vois bien aussi que je m’ennuie jamais avec lui, et que ça faisait longtemps que j’avais pas autant eu envie de rire ou de dire des bêtises. Depuis Jacob en fait. Je vois aussi que c’est quelqu’un en qui on peut avoir confiance, et ça c’est important. Mais…

Oui, bon, je t’entends de là où je suis, hein ! Qu’est ce que je veux de plus alors ?

J’en sais rien. Franchement, je ne sais pas. Mais ça me hante, et ça m’empêche de me laisser aller. Je le vois bien, que si je voulais, je pourrais avoir un amoureux, comme Clara qui ne se pose pas autant de questions. Mais… Jacob serait là il se moquerait de moi, et il me dirait que j’ai pas changé. Et il aurait raison.

Je croyais pas pourtant. Non, je croyais pas. J’étais sûre d’avoir mis ça dans un coin de ma tête, bien au fond, bien caché, bien emprisonné. Et voilà que ça ressort. Peut-être parce que justement, il se passe quelque chose ? 

Je ne sais pas. Non, vraiment, j’en sais vraiment rien et là, tu vois, j’aimerais bien que tu sois là pour me remettre les idées en place avec une bonne claque sur l’arrière de ma caboche de têtue avec ton rire qui emplissait la pièce de vibrations.

Peut-être que tu avais raison, c’était pas le bon, Neals, même si c’était génial. Le bon il va arriver bientôt, ou il est peut-être déjà là et je le vois pas. Peut-être.

Tu sais…. je me souviens bien que j’arrêtais pas de me plaindre que tu étais trop ceci ou pas assez cela, mais tu me manques, Ben, c’est fou comme tu me manques.

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Re: Lysange, écrivain public.

Message  Lysange le Sam 14 Avr 2018, 14:08

La chose était entendue, ce gars-là piquait là où ça faisait mal.

Jamais elle n’aurait imaginé que ces petites conversations anodines sur un muret puissent la pousser à se remettre en question, pourtant ce fut encore le cas.

Rentrée tard chez elle, elle tournait en rond, ne trouvant pas le sommeil, quand elle vit sur sa table la plume, l’encrier et le cahier pour Ben, laissés là depuis la veille.

Un éclair lui transperça le ventre, presque à la faire tomber à terre. Elle devait demander pardon à Neals, c’était devenu urgent tout à coup. Arès tout si la technique marchait pour Ben, il n’y avait pas de raison que cela ne marche pas aussi pour celui qu’elle tardait à oublier.

C’est avec fébrilité qu’elle s’empara de la plume.


Neals, je sais bien que tu ne recevras jamais cette lettre, mais je me dis que peut-être de là où tu es, le Valhalla des guerriers qui tapent au marteau comme des fous sur leurs adversaires, tu m’entendras. Et puis cette idée d’écrire aux disparus ne vient pas de moi mais je trouve qu’elle me réussit bien.

Tu sais, au début j’étais trop triste pour être capable de me remettre en cause et puis... il y a eu Jacob, puis ensuite Raphaël, qui sont tous les deux partis, peut-être parce que je ne leur donnais pas tout ce dont ils rêvaient ...  pourtant je ne cherchais pas à leur faire du mal, j’étais juste moi, lumineuse il parait, mais j’espérais encore ton retour.... et puis là il y en a un autre qui me pose des tas de questions qui m’obligent à réfléchir sur ce que je suis, ce que je fais et ce qu’apparemment je pousserais à faire, avec mes façons d’en vouloir jamais comme il faut.

Je croyais que j’étais guérie de toi parce que j’avais réussi à t’oublier, un peu, mais surtout me convaincre que tout était de ta faute parce que tu m’avais abandonnée. Mais hier soir j’ai compris que si tu étais parti te battre jusqu’à en mourir, c’était de ma faute.

Alors je t’écris pour te demander pardon.

Tu comprends, j’étais trop triste pour me souvenir que si tu as quitté le bateau c’était parce que moi je m’étais enfuie et que tu voulais me retrouver. Tout ça parce que j’étais affreusement jalouse. Tout ça parce que j’ai cru que je supporterais pas de devoir te partager un peu.  Tout ça parce que j’en voulais trop de toi.

C’est toujours pareil, soit on veut quelque chose de moi que je veux pas donner, soit c’est moi qui en veut trop.

Tu sais, maintenant que j’ai compris, je m’en veux énormément et je sais pas que faire d’autre que t’écrire cette lettre que tu ne recevras jamais. Je sais bien que tu ne m’as jamais attendue pour te battre et te mettre en danger, mais j’ai compris que cette fois-là j’aurais mieux fait de me taire et surtout prendre patience.

Alors peut-être que si tu entends ma lettre comme une petite chanson d’adieu, tu pourras me pardonner ?

J’espère en tout cas que tu vas bien là où tu es.

Lys’

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Re: Lysange, écrivain public.

Message  Lysange le Mar 17 Avr 2018, 12:19

Une nouvelle page du cahier destiné à son tuteur décédé a été griffonnée avec rage dans la journée du 17 courant.

Bon, là tu vois Ben, tu me manques comme tu m’as jamais manqué parce que je suis triste de pas pouvoir me caler dans les bras de quelqu’un en qui j’aurais une totale confiance.

Si Jacob avait été là, il aurait été content, parce que pour une fois, c’est moi qui lui aurait demandé le câlin qu’il réclamait presque chaque jour, avant qu’il parte.

Et c’est moi qui l’aurait réclamé, ce câlin, parce que je suis bien sûre qu’il aurait su, lui, me défendre hier soir, sans aller parler de Neals qui aurait sauté à la gorge du type qui m’embêtait pour lui casser la gueule, à coups de poing bien sentis, et proprement encore. Histoire de lui faire ravaler sa langue de petit con frustré que je le regarde pas.

Tu vois, t’avais encore raison en me disant de ne pas m’enticher du premier venu sous prétexte qu’il me fait rire, parce que là, de le voir s’amuser et sourire alors que moi je vivais très mal le harcèlement de l’autre abruti bourré, et bien ça m’a rendue encore plus triste, sans compter que ça m’a énervée pour toute la nuit et que là, encore ce matin où je t’écris, j’en ai le sang qui bouillonne tellement que j’arrive même pas à me concentrer sur le travail, tu vois un peu !

Bref, tout ça pour dire que tu me manques trop,  et que j’oscille entre t’en vouloir de pas avoir su rester en bonne santé pour que tu puisses m’engueuler gentiment et me remettre sur pied, et te pleurer, pour les mêmes raisons.

Si t’étais pas mort, je te ramènerais par la peau des fesses, parole de Lyly.

PS : Bon, bonne nouvelle quand même, il y a des gens qui me font confiance et je vais peut-être pouvoir me présenter pour être Grand Electeur, pour élire ensuite le Chancelier. Je sais bien que ça t’aurait fait doucement rigoler, mais moi ça donne un sens à ma vie ici, et ça, tu vois, tu peux pas me le reprocher. Parce que c’est ce que tu m’as seriné tout le temps qu’on était ensemble, que c’était important de trouver sa place dans la société. Alors Camembert d’Alterac !

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Re: Lysange, écrivain public.

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