La quête de soi

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La quête de soi

Message  Lienasem le Lun 14 Mai 2018, 16:57

Chacun de ses pas infligeait un bruit métallique au grossier couloir de roche dans lequel il progressait, se propageant en écho sur des distances qu'il ne connaissait pas. Chacun des dits pas venaient également couvrir ceux de celui qu'il suivait, bien plus léger dans son accoutrement de tissu. Lui savait où ils étaient, ses sens ne se limitant généralement pas à ceux que son fragile corps humain autorisaient d'ordinaire.
Du moins il prétendait savoir, mais après un temps impossible à évaluer, sans doute plus d'une dizaine d'heures, passé à marcher en ligne droite sans rien voir d'autre que de la roche magmatique à perte de vue, le protecteur, d'ordinaire indifférent à ces détails, commençait à perdre patience.

« La galerie descend. Qu'est-ce qui vous dit que nous n'allons pas atteindre le centre d'Azeroth ? »

Son guide s'immobilisa avant de faire pivoter son buste et tourner la tête vers lui. Le capuchon qu'il portait rendait son visage difficile à deviner, et la seule source de lumière dans les tréfonds était la sphère lumineuse à l'extrémité du bâton sur lequel il s'appuyait. Il le balaya du regard un instant, l'air un brin agacé par la question. Son visage reprit néanmoins bien vite l'expression à la fois calme et flegmatique qui le caractérisait d'ordinaire, alors qu'il ouvrait la bouche pour répondre.

« Tu en a marre, Sirius ? »

Le ton sous-entendait une question sérieuse et aussi un brin de condescendance, mais rien d'étonnant, l'arcaniste lui parlait souvent comme on parlerait à un adolescent ou un enfant.

«  Non. J'ai... commença le protecteur, cherchant un mot avant de poursuivre. J'ai hâte, mais je ne comprend pas ce qui est à l'origine de cet endroit. La terre ne fait pas ça seule.
- Non effectivement, elle ne le fait pas. Ma théorie la plus viable serait qu'une machine foreuse Sombrefer ait creusé cette galerie en suivant une pente descendante d'environs dix degrés.
- Pourquoi les Sombrefer feraient-ils ça ?
- Dur à dire. J'imagine que nous le saurons en arrivant au bout.
- Vous ne savez pas ce sur quoi nous allons tomber, donc ?
- Je n'arrive pas à projeter mon esprit correctement aussi loin. Quelque chose bride mes pouvoirs.
- Quelque chose de dangereux ?
- Possible. Probable, même. Les profondeurs du monde ne sont pas habitées par des êtres franchement hospitaliers, en général. Mais je perçois quelque chose d'intéressant, tout au bout. Probablement ce qui a attiré les nains.
- Donc, si je résume bien, vous ne savez pas grand chose à part qu'il y a sans doute quelque chose au bout de ce tunnel que vous ne devriez pas trouver normalement.
- C'est grossièrement résumé, mais c'est à peu près ça.
- Et vous voulez y aller quand même ?
- C'est même précisément pour cela que je veux y aller.
»

Le protecteur observa son guide en silence un instant, rajustant sa posture dans un grincement de plaques. L'arcaniste ne changerait pas d'avis, s'il l'avait emmené c'est qu'il était déterminé à aller jusqu'au bout. Et qu'il pensait que cela allait être dangereux.

«  Combien de temps, encore ?
- Une journée, une journée et demie, à cette allure.
»

Il aurait bien soupiré mais il ne pouvait pas, et l'enthousiasme ordinaire de son compagnon dans ces situations était quelques peu communicatif. Il se contenta donc de lui emboiter le pas lorsque ce dernier reprit son avancée dans les ténèbres des profondeurs.

Ils marchèrent ainsi pendant plusieurs heures, sans rien voir d'autre que la pierre noire et le boyau circulaire de trois mètres sur trois la perforant sur une distance incalculable. Peu de paroles échangées et une seule pause, lorsque le chercheur repéra finalement des marques caractéristiques des foreuses sur la roche, anciennes mais tout de même. Sirius voyait peu d'intérêt à l'information mais l'autre tenait visiblement à confirmer sa théorie. Cela eu au moins le mérite de renouveler un peu son enthousiasme et donc le faire marcher plus vite.

Ce bénéfice fut néanmoins de courte durée et finalement, le guide, visiblement éreinté par leur progression, décréta une pause. Lui-même aurait été capable de continuer ainsi pendant des jours avec aisance, mais les humains étaient plus limités. Encore que son maître s'en tirait bien, surtout pour un de ceux qui portaient des robes, généralement plus faibles physiquement.

«  Tu ne sais pas ce que tu manques.» Lança ce dernier tout en s'écroulant en position assise contre une des parois.

Le protecteur l'imita contre la roche à l'opposée, ce qui ne le séparait de son interlocuteur que d'une distance négligeable. Il serait volontiers resté debout, mais il prenait peu à peu l'habitude de faire comme tout le monde afin de ne pas sortir du lot plus que de raison.

«  Ce que je manque ? Interrogea-t-il le guide alors que ce dernier conjurait quelques victuailles autour de lui.
- Le réconfort après l'effort. Tu ne connaîtra jamais ça.
- Vous dites cela pour compenser la sensation désagréable d'être faible et limité.
»

Ce genre de remarque adressée par un serviteur à son maître aurait généralement été mal reçue. Mais le protecteur ne tenait pas cette tendance à la raillerie de nul part et l'arcaniste laissa échapper un ricanement qui résonna dans les ténèbres aux alentours.

«  Et je connais le réconfort. Je pense. » Ajouta-t-il après plusieurs instants.

Son interlocuteur interrompit un mouvement destiné à porter une gourde à ses lèvres pour l'observer en silence avant de répondre.

«  Comment pourrais-tu ? Le questionna-t-il avant de reprendre et boire plusieurs gorgées.
- Il y a des situations désagréables. Comme cette marche interminable. Lorsqu'elles s'arrêtent, je suis réconforté. »

La gourde fut de nouveau écartée et finalement refermée, le tout par la gestuelle précise mais pleine d'amplitude qui caractérisait le sorcier.

«  Tu peux être satisfait par le passage d'une situation peu appréciable à une situation plus normale. Mais est-ce que tu ressens vraiment l'émotion en question ?
- Comment puis-je le savoir ?
- Mhh. C'est compliqué. C'est lié au bien-être. Et le bien-être est plus facile à percevoir lorsque l'on le perd pour quelque chose de désagréable, puis qu'on le retrouve. Dans quels moments est-ce que tu te sens particulièrement bien ?
- Lorsque je me bat. Et lorsque je parle de choses que je comprend mal, aussi.
»

L'autre ouvrit la bouche pour répondre, mais Sirius reprit avant lui.

«  C'est moins flagrant avec vous. »

Un haussement de sourcil suivi d'un bref silence. Quelques secondes.

«  Et pourquoi ça ?
- Je ne parle qu'à vous, tout le temps ou presque, depuis aussi loin que je me souvienne.
- Si tu t'es déjà lassé de moi, mon pauvre, j'ai bien peur que tu ne sois pas au bout de tes peines.
- Pourquoi dites-vous ça ?
- Parce que tu ne vas probablement parler qu'à moi, ou presque, aussi longtemps que tu existeras.
»

Le passage du temps et son échelle étaient des notions que le protecteur peinait encore à bien appréhender. Ses souvenirs ne remontaient pas très loin. Du moins à l'échelle de la vie de son maître. Et lui-même n'était pas bien ancien en comparaison avec le monde dont ils exploraient les tréfonds, d'après ses propres dires.

Ainsi il ne se posait jamais vraiment de questions en lien avec le futur. Son interlocuteur venait, involontairement sans doute, de faire germer une idée au creux de son esprit. Un questionnement. Combien de temps cela allait-il durer et surtout, que ferait-il après ? L'arcaniste n'était pas éternel, ils le savaient tous deux, aussi sa réponse était-elle perturbante.

«  Et si vous cessez d'exister avant moi ? »

Il sentit immédiatement le changement dans le regard que lui portait son créateur, ce dernier repoussant lentement la ration qu'il s'apprêtait à entamer. Sirius sut immédiatement ce qui allait se passer et s'il ne pouvait pas s'y opposer véritablement, il l'aurait voulu.

«  C'est le plus probable, vous le savez et vous ne pouvez pas juste me.. » commença-t-il avant de s'interrompre brusquement.

Le sorcier avait levé une main alors que des cercles violacés couverts de runes apparaissaient entre et autour de ses doigts. L'effet avait été immédiat.

L'esprit du protecteur fut prit dans les entraves de pouvoirs face auxquels il ne pouvait rien. L'emprise des sortilèges sur son être était totale, puisqu'il était ces même sortilèges, de bien des manières. En quelques secondes, les dernières phrases de la conversation en cours furent effacées et tout revint à la normale. Sirius reprit machinalement là où il pensait en être resté, sur le même ton que la première fois :

«  Comment puis-je le savoir ? »

L'arcaniste l'observa un instant, l'air presque triste pendant une fraction de seconde, avant de répondre rapidement et reprendre son repas.

«  Tu ne peux pas, j'en ai peur. Maintenant laisse moi souffler. Nous avons encore du trajet à couvrir après ça. »

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